‹ Les antiquitez [sic] et chroniques de la ville de Dieppe [microforme]Chapitre 25 sur 61 · A RS T · texte numérisé non relu

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senta au Roy, qui eut la bonté de leur en accorder la permission, en faveur de M' le cardinal de Richelieu, à l'exclusion de tous les autres marchands françois.

Comme ces vaisseaux furent équipez avec beaucoup de diligence et conduits avec bien du bonheur, ils arrivèrent en Sénéga, l’an 1638. D'abord, chaque Dieppois se mit en devoir de rendre ses services à la compagnie. Les uns firent monter sur la rivière des barques chargées de marchandises qu’ils devoient traitter avec les nègres. Les autres s’occupèrent à construire, avec des briques et d’autres matériaux qu’ils avoient apportez, une habitation pour la seureté des hommes et de ce qu’ils avoient de précieux. Mais cette habitation, qui fut la première que les chrestiens avoient faite en ce paysà, ne subsista que jusqu’au temps que nous marquerons sur l’an 1661.

Cependant, le Roy ayans demandé à la ville de Dieppe un emprunt de 75,000 livres (a), qui furent enfin réduites à 30,000 par la faveur de M' de Longueville, M" les Eschevins furent occupez à en faire la levée sur deux cents des plus notables bourgeois, auxquels cette ville fut obligée de payer plusieurs parties de rente, suivant la résolution qui en avoit esté prise et signée sur le registre de la ville, le 13 jour de mars.

Ce ne fut pas tout, car, l’an 1640, Monsieur Paris, M'° des Requestes et intendant de la province de Normandie, estant arrivé à Rouen, à dessein d’y lever un impost pour la subsistance des armées du Roy, la ville de Dieppe fut taxée à 30,000 livres. Mess'* de Ville, pour trouver une telle somme, suivant la résolution qui en avoit esté prise en pleine assemblée, se mirent en devoir

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d'aller aux huit quartiers de cette ville, chacun d’eux estant accompagné de deux des plus noïables bourgeois de l’une et de l’autre créance, pour apprendre et marquer les prix des louages des maisons, et en recevoir cinq solz pour livre, dont les locataires en devoient payer deux. Mais, après que l’on eut reconnu par cette recherche la suffisance des habitans de Dieppe, on trouva bon de changer d’avis et de faire la taxe sur le pied de leur revenu.

Lorsque ces Messieurs marchoient par la ville pour l'exécution de ce dessein, le sieur Jean de Clieu et le sieur Pierre Estancelin (tous deux fort zélez pour la religion et la patrie), firent une chose digne de remarque, en ce qu’ils s’avisérent, pour contenter leur curiosité et celle de bien des gens, ’observer en cette occasion, avec les autres catholiques qui les accompagnoient, les biens des Dieppois et le nombre de leurs personnes, en sorte qu'après en avoir fait une supputation exacte, ils trouvèrent, contre l’opinion commune, qu’il n’y avoit à Dieppe qu'un Religionnaire contre six à sept Catholiques, et mêmes qu’autant que ceux-ci surpassoient ces autres là en nombre, ils les surpassoient autant en richesses, pourvu toutesfois que l’on joignit les biens de plusieurs Catholiques pour les comparer à ceux de quelques-uns des plus opulens Religionnaires, dont le party fut pourle moins autant humilié par la connoïissance qu’il en eut que par la défense qui lui avoit esté faite, dez l’onzième jour de janvier, par Mons’ le Gouverneur, de tenir leurs escholes dans Dieppe, suivant le commandement exprez qui leur en avoit esté fait, conformément à l’arrest donné pour ce suiet par Mons’ le Chancelier, le 9 d’aoust 1639, à la sollicitation de M' l'Archevesque de Rouen, et signifié

au sieur Jean Daval, qui estoit alors un de leurs anciens (à).

Les Pères Chartreux de Gaillon s’estans aussi servis de l’occasion, qui s’estoit présentée assez favorablement, Mons' le Chancelier estant alors logé au château de M" l’Archevesque, taschèrent d’obtenir un arrest pour faire démolir le presche, parce qu’il estoit bâti sur leur fief de Caude-Coste. Mais en ayant seulement obtenu un mandement pour faire appeler au conseil les Religionnaires de Dieppe, à qui il fut signifié le 17 jour du même mois de janvier 1640, le conseil ordonna, avant que de faire droit sur la définitive, que les Eschevins seroient ouys sur la commodité ou incommodité de ce temple, et que cependant les choses demeureroient en leur estat. Si bien que les catholiques de Dieppe n’eurent point de plus grande consolation que celle que la Providence Divine leur donna, au mois d’avril de cette anuee ou de l’année 1641 (selon certains mémoires) (b), à la venue des religieuses de la Visitation de Sainte-Marie. La dame Magdeleine de Puche leur ayant donné mille livres de rente pour leur fondation, elles furent envoyées en cette ville par celles de leur couvent de Rouen. Elles furent logées en la grande maison de M" d’Ancourt, dans la rue du Haut-Pas, et, après y avoir fait disposer quelques chambres et une petite chapelle, elles y firent leurs exercices de piété jusqu’à l’an 1643, qu’elles en délogèrent pour s'installer au fauxbourg du Pollet, dans plusieurs maisons, dont ces religieuses firent en partie leurs demeures et en partie leur église.

Deux mois apiès la venue de ces bonnes filles, Messire Guillaume de Montigny se fit porter aux eaux de

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Bourbon, espérant y trouver l'entière guérison de la paralysie dont il avoit esté atteint l’année précédente.

Mais au lieu d’y trouver un si souverain remède, il y rencontra la mort, au grand déplaisir de son illustre famille et de tous ceux qui connoissoient le mérite de ce brave gouverneur de Dieppe. Sa charge ayant esté presqu’aussitost donnée à Messire Philippes de Torcy, seigneur de la Tour, chevalier, seigneur et patron de Lindebœuf, le Torp et Druëil, conseiller du Roy, maistre d’hôtel ordinaire de sa maison, Gouverneur de la ville et château de Partenay, maistre de camp de dix compagnies entretenuës pour le service de Sa Maiesté, il vint en prendre possession, le mercredy 10 jour de juillet. Il y fut reçeu à la porte de la ville par deux compagnies de bourgeois et par M" les Eschevins, qui luy firent leurs complimens en cet endroit là, et le menèrent ensuite à l’Hôtel-de-Ville, où un magnifique disné avoit esté préparé. Je laisse à penser à la joye des conviez et aux coups de santé que l’on y but, pour dire qu'après le repas, Mons’ de la Tour fit lire ses lettres de provision et alla au château, où il demeura. Ce ne fut pas toutesfois pendant un long temps, car il fut obligé d’en partir peu de jours après, et d’aller, par l’ordre du Roy, à l’armée que Mons’ le Grand-Maistre commandoit dans l’Artois. Mais Madame sa femme, qui n’estoit pas venue à Dieppe pendant qu’il estoit lieutenant en la place de feu M" de Villerceau, arriva cette année en cette ville, et monta au château, après avoir esté reçeue à la porte de la Barre par une compagnie de bourgeois et M" les Eschevins, et elle y demeura avec bien de la satisfaction, jusqu’au temps qu’elle fut obligée d'aller à Arras pour y rester avec Mons! de la Tour, lequel avoit esté honoré de la charge

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de Gouverneur de cet importante place, aussi bien que de celle de mareschal de camp ; de sorte que la charge de Gouverneur de Dieppe demeura alors vacante ; mais Mons’ de Longueville y pourvût, et en gratifia bientost après Messire Philippes de Montigny, dont son Altesse connoissoit très bien les bonnes qualitez et les mérites. Et c’est tout ce que j’en peux dire pour le présent. Pour ce qui est de ce qui se passa encore de remarquable cette année en la ville de Dieppe, [ce] fut qu’au mois de juillet, d’aoust et de septembre, un nommé Charles Paris fit construire sur les voutes des escluses le moulin-à-vent que l’on y voioit, et qu'environ le mois d’octobre, le capitaine Thomas Lambert, qui estoit retourné depuis quelque temps du Senega à Dieppe, fit encore un voyage en ce pays-là pour y traitter avec les nègres et y faire achever l’habitation que les Dieppois avoient commencée l'an 1638 (1).

Ce capitaine ayans fait depuis un autre voyage en Senega avec le même navire, nommé le Saint-Jean- Baptiste, du port de 300 tonneaux et 24 pièces de canon

(1) Vers le même temps, quelques Dieppois s'étaient établis à Madagascar, à la suite du naufrage d’un navire de Dieppe commandé par le capitaine Goubert, « lequel avoit fait bastir une barque de quarante tonneaux, et s’en estoit retourné dedans en France, son navire estant couté à fond à l'Ance d'Itapère (près du cap de ce nom), soit par sa négligence, soit par la malice de ses calfadeurs, soit par l'exprès consentement de tout l'équipage ; car les capitaine et matelots avoient tout pris d'argent avant que de partir de Dieppe, à soixante ou quatr£-vingts pour cent * sur leur voyage, que la crainte de ne pas faire une charge bastante pour payer l'argent qu'ils avoient tous emprunté, leur fit à dessein laisser couler à fond leur navire, qui estoit encore assez bon, sur ses cables... Es passèrent environ vingt-cinq dans la barque et arrivèrent à Dieppe assez heureusement. Les François demeurez de l'équipage se mirent à traister de la cire, des cuirs et autres choses, dans le pays, pour leur compte. — Relation de l’isle Madagascar, p. 204-205. »

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