‹ Les antiquitez [sic] et chroniques de la ville de Dieppe [microforme]Chapitre 26 sur 61 · LA = = LA · texte numérisé non relu

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de même calibre, laissa non-seulement du monde dans l’habitation des Dieppois, mais aussi des marchandises propres pour la traitte, et fit voile ensuite vers les isles du Cap de Vert, à dessein d’y traitter celles qu’il avoit dans son bord. Néantmoins, comme il trouva que l’isle de Saint-Vincent estoit inhabitée, il y mit de ses gens avec une pièce de canon, laquelle ils placérent sur une éminence pour mieux deffendre leur poste contre ceux qui eussent voulu leur en disputer la possession. Enfin, après ces expéditions et ces routes, ce capitaine prit celle de Dieppe, où il arriva heureusement, environ le mois d’octobre de l’année 1642 (a), et où, environ quatre mois auparavant, les sieurs La Thuy-Hallé et de Bretteville, conseillers du Roy au grand conseil de Sa Maiesté, estoient venus, pour y establir un siége présidial, un bailliage et une mareschaussée, suivant que le conseil avoit ordonné sur quelque requeste qui luy avoit esté faite.

Presqu’aussitost que ces Messieurs furent arrivez en cette ville, ils en firent donner avis aux officiers des jurisdictions d’Arques, du Neuchâtel, de Cany, de Caudebec, et à ceux des autres endroits qui devoient relever de ce nouveau: présidial, leur enjoignant en même temps de se trouver à Dieppe, en habit décent, le mercredy cinquième jour de juin, auquel ces députez devoient en faire l’establissement dans la chambre de la Halle aux Draps. En effet on disposa dez lors tout ce qui estoit nécessaire pour l’exécution de ce dessein, et le jour qui avoit esté marqué estant venu, le sieur du Thuy-Hallé, accompagné du sieur de Bretteville, se rendit en ce lieu là, et, en la présence de plusieurs conseillers par com-

ça) Le sieur Policien

mission, d’un avocat et d’un procureur du Roy, lesquels prirent leurs séances à l’imitation des officiers du Parlement, y fit une harangue à la louange de la justice et de ce présidial de Dieppe. Ces deux Messieurs, qui avoient esté députez pour faire cet establissement et tiroient chaque mois mille livres de pension, prirent le soin et la peine de remuer toutes choses à son avantage. Entre autres, ils firent de nouvelles ordonnances et donnèrent des règlemens, tant pour le regard de la police de cette ville que pour le regard de celle de la banlieue, au préjudice de Mons’ le Bailly de Caux et de Mons’ le Bailly de Dieppe (a). Ils firent venir devant eux les gardes des mestiers, et ils leur défendirent d’eslire des maistres et des gardes devant tout autre juge. Bien davantage, ils voulurént donner des gardes à des mestiers qui n’avoient jamais eu de Maistrises. Mais la ville s’y estant opposée, leur prétention fut sans effet. Ils ne laissèrent pourtant pas de faire valoir des lettres de Bulle, qu’ils accordoient aux catholiques qui désiroient estre “aistres de quelque mestier.

Six mois ou environ après l’establissement de ce présidial (qui jusqu’alors avoit semblé estre au regard des autres jurisdictions ce qu’estoient les plumes de l'aigle au regard de celles des autres oyseaux, lorsqu'elles estoient mises ensemble), Monsieur du Thuy-Hallé installa en sa place M' de Gruchy, sieur de Robertot, gentilhomme voisin de Dieppe et conseiller du Roy en sa Cour de Parlement de Mets, et il partit de Dieppe au mois d'octobre ensuivant, ainsi que fit M' de Bretteville le vingt-deuxième de ce même mois. Mais le partisan

(a) Les Chroniques de Paris témoignent que les juges consuls créés à Paris par le Roy Charles 9 estoient pour juger les différents, mais entre les marchands,

resta en cette ville, attendant l’occasion de vendre les autres charges.

* De même que Mons’ de Robertot prenoit la qualité de lieutenant général au bailliage et siége présidial de Dieppe, ses sergeans se disoient exploitans par tout le royaume de France. Et (selon qu’il est à croire) ce présidial fut érigé avec les mêmes droits et les mêmes prérogatives que le Roy Henry II accorda à ceux dont l’histoire fait mention (a). Quoy qu’il en soit, au moins est-il certain qu’il subsista seulement jusqu’à l’an 1648(b), auquel, par un arrest du Parlement de Paris, il fut interdit, et son parquet ayant esté démoli, le premier jour de septembre, par des officiers de la jurisdiction d’Arques, suivant la commission qu’ils en avoient eu de la part du Parlement de Rouen, chaque jurisdiction reprit ce qui lui appartenoit.

Ainsi le bailliage de Dieppe rentra dans les droits dont il avoit jouy depuis plus de cinq cents ans. Car (selon M' Dablon) la jurisdiction d’Arques ayant esté démembrée aprés l’eschange de Dieppe et d’Andely, une partie fut convertie en une haute justice laquelle eut deux degrez de jurisdiction, un (dit-il) de Sénéchal, et l’autre de Bailly Vicomtal, lesquels furent après réunis par Edit, et Mons" l’Archevesque fut remis en la possession de la grande chambre de la Halle aux Draps, où la jurisdiction du bailliage se tenoit autresfois, lorsque Mess" les Archevesques logeoient, quand ils venoient en cette ville, dans l’ancien bâtiment de pierre appelé le Manoir seigneurial, lequel, pour ce suiet, quelques-uns d’entre eux rendirent plus beau et plus commode, comme fit Messire Guillaume de Vienne, par la construction du large degré de pierre,

a) Dupleix en Heury 2 sur l'an 1592 plutost qu'en l'an 1548. -- (b) Le sieur Policien

par le grand perron qui le termine à l’entrée de la haute sale de ce manoir, et par la porte de maçonnerie qui est sur le bord de la rue du costé du quay, sur laquelle on voit encore ses armes. Les successeurs de ce grand prélat y firent aussi d’autres ouvrages, jusqu’au temps du magnifique Georges d’Amboise, lequel y fit travailler, l'an mille cinq cents treize, et de l’illustre cardinal de Bourbon, qui embellit ce lieu, ou plutost ce palais archiépiscopal, par des peintures et par ses armes, qu’il fit attacher au devant de ce perron et à divers endroits des chambres de cet hôtel.

La guerre que le Roy avoit avec l'Espagne, l’Empire et leurs Alliez, consumoit du monde et de l'argent. De sorte que, pour réparer ces pertes, Sa Maiesté obligea la ville de Dieppe de payer le dixième denier du louage de chaque maison située en franc alleu, et donna en même temps des commissaires pour lever des soldats dans les pays étrangers, et spécialement dans l’Escosse, d’où, l'an 1643 (a), douze ou quinze cents hommes vinrent débarquer à Dieppe, au mois de septembre, d’octobre et de novembre.

Un peu auparavant, le capitaine Thomas Lambert estoit parti de cette ville et avoit pris la route de Senega, où enfin estant arrivé heureusement, il deschargea ses provisions de guerre et de bouche, et se résolut d’y demeurer et de fortifier son habitation d’une si bonne manière qu’il se mit en estat de ne plus craindre les insultes des nègres de ce pays-là. Pendant qu’il y fut, il fit touiours paroître combien il estoit résolu et brave en la guerre, et magnifique dans son habitation. Jay appris de bonne part que, non-seulement il s’y faisoit servir en vaisselle

{a) Le sieur Policien,

d'argent, dont ane partie çonsistoit en cinq ou six bas- | sins dé soixante ou soixante et dix livres chacun, mais aussi qu’il s’y faisoit voir vestu de riches habits, comme si, par cette conduite, qui estoit touiours accompagnée d’un port grave et maiestueux, il eut voulu trancher du petit souverain, et inspirer des sentimens d’estime et de respect à ses gens, et, aux sauvages qui l’approchoient, de la crainte et de l’admiration.

Cette humeur hautaine et ambitieuse que ce capitaine affectoit fut (ce semble) la cause qu'il refusa de payer les droits ou coutumes que certains Roitelets exigeoient des Dieppois lorsque leurs barques montoient sur la rivière et passoient devant leurs terres, et qu’il y en eut un qui entreprit d’attenter sur leur vie et sur leurs biens. Ce qu’il fit secrettement, venant de nuit, de plus de 20 lieues, avec 200 nègres, à dessein de surprendre le capitaine Lambert et mettre le feu à ses barques, ainsi qu'ils eussent fait, s’il ne se fut pas tenu sur ses gardes et ne les eut repoussez par le feu continuel de sa mousqueterie, qui tua plusieurs de ces barbares et obligea les autres de se retirer au pays d’où ils estoient venus. Ainsi ces Dieppois (de même que plusieurs autres avoient fait ordinairement et continuoient de faire dans la pluspart des pays étrangers), ménageoient la traitte de Senega avec toute l'application et la générosité possible. De sorte que, sous la conduite d’un si bon commandant, ils remplissoient leurs magazins de marchandises dont ils chargeoient les navires de Dieppe qui venoient de temps en temps, et dont les habitans de cette ville, aussi bien que ceux de Rouen, retiroient de très grands profits, et tout le royaume beaucoup de commoditez (1).

Hu Le vingt-cinquiesme de mars de l'année mil six cens quarante-

L Lin avi end tit TT

Ce grand trafic ne s’exerçoit pas sahs de fâcheuses difficultez, lesquelles naissoient entre les marchands et les engageoïient dans de longues procédures, mais le Roy Louys-le-Juste, souhaittans que leurs différents et leurs proceds fussent promptement expédiez par le retranchement de ces procédures, députa M' de Gremonville, président au Parlement de Rouen, M' de Brinon, conseiller, et M' Le Guerchois, avocat du Roy, pour establir à Dieppe une jurisdiction de Prieur et consuls des marchands. Ils arrivèrent en cette ville le mardy 17 de may, le second jour d’après la feste de la Pentecoste, et, le lendemain, ils en firent l’establissement dans l’Hôtel-de- Ville. Ainsi, les marchands de Dieppe eurent la satisfaction de voir alors l’exécution des patentes que le Roy Henry-le-Grand avoit données pour ce suiet au camp d’Arques, au mois de septembre 1589, et celle des autres patentes données à Paris le 17 de septembre 1594 (a), pour faire vérifier les précédentes. À quoy néantmoins, selon que porte l'extrait et la déclaration du Parlement du 9 de septembre 1595, cette Cour ne put procéder, non pas mêmes l’an 1618, que M° l’Archevesque de Rouen, comte et seigneur de Dieppe, s’opposa à l’esta-

(a) Selon l'Invent, des Esc. de la M, de V.

» quatre, partit un navire de France du port de Dieppe, appartenant » auxdits seigneurs de la Compagnie (Française de l'Orient), du port de » quatre cents tonneaux, qui portoit quatre-vingt-dix François passagers » pour demeurer en l’isle de Madagascar, et arriva en la baye d’Antongil »* au mois de juillet, séjourna tant à ladite baye qu’à l'isle Sainte-Marie, » iusques au mois de septembre, et arriva dans le mesme mois à Man- » gafia et de là au Port-Dauphin » où il séjourna dix-sept mois. Ce navire s'appelait le Royal et son capitaine l'Ormeil ou Lormeile; il partit au mois de janvier 1646, chargé d’ébène, de cuirs et de cire, qu'il débarqua à Saint-Malo au mois de may de la même année. — Relation de l’isle de Madagascar, p. 209-210.

ÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉS

blissement de cette jurisdiction, aussi bien que M' l’Amiral. Le premier qui fut eslu prieur de cette nouvelle jurisdiction fut le sieur Jean-Baptiste Caron, ancien Eschevin de la ville ; les sieurs Pierre Martin et François Durant furent les premiers consuls, lesquels, après avoir presté serment entre les mains de M" les Commissaires, exercèrent les premières fonctions de leur charge dans la grande sale de l’Hôtel-de-Ville, Quatre autres bourgeois furent choisis pour estre semainiers pendant un mois, deux desquels estoient catholiques et les deux autres Religionnaires. Ce qui fut ainsi arrêté jusqu’à ce que l’on y eut pourvu. Depuis cet establissement, cette jurisdiction a esté exercée, et M'* du Parlement de Rouen n’ont pas manqué d’envoyer des députez pour pracéder à l'élection de nouveaux officiers.

Le bon ordre qui venoit d’estre donné pour la liberté du trafic et la paix des marchands fut suivi du désordre et du trouble que plusieurs escholiers excitèrent, estans indignez (je ne sçay pour quel suiet) contre le ministre Jean de Vauquelin, dont ils attaquèrent et battirent la maison à coups de pierre, à quatre heures du matin du jeudy 23 jour de juin de l’année présente. Le sieur Policien dit qu'ils voulurent enfoncer la porte, et même qu’il y en eut lesquels y entrèrent, et que le voisinage en prit une telle alarme que M' le Gouverneur fut obligé d’y envoyer des soldats pour arrêter l’insolence de ces mutins.

Les Religionnaires eurent encore quelques autres suiets de déplaisir l’an 1645 (a), car, vers la fin du mois d’avril, des malveillans entrèrent de nuit dans leur temple par une fenestre, et ils en emportèrent une horloge qui servoit

(a) Le même,

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