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deux hayes. Le clergé des deux parroisses, qui s’estoit mis en devoir d’aller au devant de ce grand archevesque, passa au-delà de la barrière et il l’attendit à l'entrée du Pollet. Y estant arrivé, la jurisdiction d’Arques alla le saluer, mais les Eschevins et les plus notables de la ville se contentèrent de le complimenter sous la dernière porte, comme firent aussi Mess’ les curez Quant à M' le Bailly, il fit sa harangue sur le pont, et le clergé, qui s’estoit cependant avancé vers la ville, conduisit cet illustre prélat en l’église de Saint-Jaques, au bruit de dix ou douze coups de canon, qui furent tirez tant du ‘vosté du quay que du haut de Ja tour de la porte du pont. Estant sorti de cette église, il alla chez Mons’ Osmont, Bailly de Dieppe, et il y demeura seulement jusqu’au lendemain après midy, qu’il en partit pour aller coucher à Torcy et de là à Rouen.
Environ ce temps-là (selon que quelqu'un a remarqué) un navire Holandois, de quatre cents tonneaux et de vingt et deux pièces de canon, entra dans le port de Dieppe ; mais, l’onzième de septembre, on eut une beaucoup plus grande satisfaction, lorsque l’armée navale du Roy arriva à la grande rade de cette ville (1). Car elle estoit composée de l’Amiral, qui estoit de 800 tonneaux et de 50 pièces de canon de fonte, de 36, de 24 et de 18 livres de bale; du Vice-Amiral, qui estoit de 600 tonneaux
(1) Voyez sur cette expédition A. Jal, Abraham du Quesne et la marine de son temps, tome I, p. 202 et suiv. Le récit de cet auteur, appuyé sur des documents nombreux et authentiques, est plus complet que celui d'Asseline ct difficile à concilier avec celui-ci sur plusieurs points de détail, où cependant il n'est guère admissible que le chroniqueur dieppois ait pu se tromper; comme par exemple le retour en rade de Dieppe du Berger, que A. Jal assure être rentré directement au Havre pour y être désarmé.
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et de 46 pièces de canon de fonte, du Grand Suédois, de 600 tonneaux et de 46 pièces de canon de fonte; d’un autre, nommé le Berger, de 32 pièces de canon; de deux autres de 36 pièces et de six autres de 20 à 30 pièces ; de deux frégates et de douze brülots. Mons! le duc de Vandôme, qui en estoit général, en ayant eu avis, partit de Compiègne, et vint avec tant de diligence à Dieppe qu’il y arriva sur le soir de ce même jour. Le lendémain, il fit sortir du port de cette ville un bateau de 30 tonneaux, quatre barques, deux doubles chaloupes et douze chaloupes hunées (1), qui allèrent en rade, où elles restèrent jusqu’au 13 de ce mois, qu’il en fit partir le Vice-Amiral et neuf navires de guerre avec cinq brülots, et tous ces petits vaisseaux de Dieppe, avec ordre de prendre tous ensemble la route de Calais et de joindre le secours que l’on avoit dessein de faire entrer dans Dunkerque. Ce que toutesfois ils ne purent exécuter, parce qu’ils furent rencontrez de l’armée Angloise, qui les attaqua et les prit, à la réserve de quelques-unes des barques Dieppoises, lesquelles, pour estre légères et avoir costoyé le rivage, eschappèrent à leurs ennemis et se sauvèrent à Calais. Mais le Berger, qui s’estoit tiré de la meslée et n’avoit osé passer outre, retourna à la rade de Dieppe. Et c’est tout ce que nous pouvons remarquer sur cette année.
Pour ce qui est des suivantes, elles nous apprendront ce que nous allons voir, tant pour le regard de ce qui se passa sur mer, que pour le regard de ce qui se passa sur terre, dont on doive conserver le souvenir.
L'an 1653, on célébra un jubilé, le 2 jour de mars. Si
(1) M. Jal, qui désigne ces navires par le nom de corvettes, fait observer qu'ils n'avaient rien de commun avec nos coryettes modernes.
ce fut avec tant de piété et d’édification que plusieurs Religionnaires de Dieppe en furent touchez; un ministre en fut si fort indigné qu'il escrivit un livre, que Mess"* de la justice firent brûler en plein marché par la main du bourreau. Les catholiques eurent alors bien de la satisfaction, mais ils n’en eurent pas moins le 22 jour d’aoust, lorsqu'ils virent que quatorze religieuses de la Visitation de Sainte-Marie, deux prestres et deux missionnaires s’embarquèrent sur un Heu de Hambourg pour aller à Danzith, selon le désir de la princesse Marie, femme du Roy Casimir, laquelle les avoit demandées, et vouloit les establir dans ses Estats d’une manière aussi belle et aussi avantageuse qu’estoit celle dont on a parlé dans la relation qui en fut donnée au public vers le mois d’aoust de l’année 1654 ; presqu’au même temps que deux grandes flustes Suédoises, de 300 tonneaux chacune, entrèrent dans le havre de Dieppe, chargées de sel, qui fut d’autant plus nécessaire et plus précieux que les bateaux de cette ville y apportèrent cette année, avec l’aide de ceux du Tréport, environ deux millions deux cent cinquante milliers de maquereaux frais (a), suivant la supputation d’un certain Dieppois qui hantoit ordinairement le port, et qui (de même que les Athéniens faisoient autresfois) se divertissoit à débiter où à escouter des nouvelles des bons ou des mauvais succez des voyages.
L'an 1655, Mons’ l’Archevesque de Rouen retourna à Dieppe, et le lendemain il bénit la chapelle qui avoit esté dressée depuis peu au bout de la chambre du conseil de la Maison de Ville. Pendant que ce prélat en faisoit la cérémonie, une compaguie de bourgeois s’estoit rendue à la place du Marché, où, après que cette sainte action
{d) Selon le MS. que quelqu'un s laissé.
eut esté achevée, elle se mit en devoir de la solenniser par la descharge de leurs mousquets et de six petites pièces de canon que l’on y avoit préparées.
Le 5 jour de may de l’année 1656, le colonel Lokart, envoyé de la part de milord Cromwel, qui avoit esté élu Protecteur d'Angleterre et d’Escosse et d'Irlande, arriva à Dieppe ; ayant esté reçeu fort honnorablement par Mons’ de Montigny, M" les Eschevins furent le complimenter.
Le lendemain sixième jour de ce mois (selon le Père Dom Pierre de Saint-Romuald) (a) ou bien seulement le 2 jour (selon la relation qui en fut donnée au public) plusieurs habitans de cette ville furent extrêmement surpris de ce que, sur les cinq heures après midy, un gros tourbillon de feu estant tombé dans la mer, elle enfla de sept pieds plus qu’à l’ordinaire et emporta par son impétuosité plusieurs bateaux qui estoient dans le port.
Mais, le 15 jour d’aoust, on vid à Dieppe un autre spectacle, qui fut d'autant plus agréable qu’il ne monstra que des choses très précieuses et très saintes, dont la translation fut aussi magnifique et aussi pompeuse que nous allons dire (b).
Tout estant préparé pour une si célèbre cérémonie dans le couvent des Pères Minimes de Dieppe, à qui les corps de saint Victor et de sainte Pauline avoient esté accordez par Sa Sainteté, et Mons’ l’Archevesque de Rouen, en suite des proceds-verbaux qui se font en pareilles occasions, ayant ordonné qu’elle se feroit le jour de l’Assomption de Nostre-Dame par Mons’ le Curé de Saint- Remy, son député en son absence, on transporta, à quatre
{a) Dom Pierre de Saint Romuald, religieux fueitlant en son livre des Ephémérides ou Journal Chronologique et historique -- (b) Selon l'Impriné qui en a esté fait et débité un peu après cette cérémonie,
heures du matin, dans la chapelle de Nostre-Dame-de- Bon-Secours, les chasses dans lesquelles on devoit mettre les précieuses reliques de ces saints ; et sur les huit heures, pour éviter la confusion et le désordre du peuple, elles y furent portées secrettement, afin d’y estre enfermées en présence de M' le Curé de Saint-Remy qui s’y rendit avec son clergé, de Mons’ le Gouverneur et de plusieurs autres personnes de considération.
Alors le Père Correcteur de ce couvent présenta toutes les attestations, lettres, proceds-verbaux et la députation, dont la lecture ayant esté faite à haute voix, Mons’ le Curé procéda à la bénédiction des chasses avec les cérémonies ordonnées par l'Eglise, pendant que la musique entonnoit des motets très mélodieux en l’honneur de ces saints, dont les corps furent laissez en dépost dans cette chapelle jusqu’à l’heure de leur translation.
Sur le midy, Mons’ le Gouverneur envoya des soldats pour garder aux portes des maisons, où plusieurs enfans de familles, qui devoient honorer cette solennité, se préparoient pour se ranger sous le chef de leur troupe, et, à deux heures après midy les tambours commencèrent à battre la marche de quarante de ces enfans, qui estoient avantageusement vestus en soldats, et qui se rendirent au château pour y attendre l'heure de la procession, tandis que les haut-bois allèrent prendre trente jeunes filles pour les conduire en une maison proche de la chapelle, et qu’une troisième troupe, composée de seize jeunes garçons vestus en Anges, se rendirent, aux fanfares de leurs trompettes, dans le lieu où les corps saints avoient esté laissez.
Sur les quatre heures, le clergé des deux parroisses de Dieppe, avec les Pères Capucins et les Pères Minimes,
se trouvèrent dans la chapelle de Nostre-Dame-de-Bon- Secours, et, aussitost que les portes furent ouvertes, seize prestres, revestus d’aubes et de dalmatiques de velours rouge chamarré de passement d’or, se présentèrent pour charger sur leurs espaules ces sacrez dépôts, huit de la parroisse de Saint-Remy ayans reçeu la chasse de Saint-Victor, et un pareil nombre de ceux de la parroisse de Saint-Jaques celle de sainte Pauline.
A peine furent-ils hors de la chapelle, que l’on vid partir du château: un petit escadron de soldats, l’enseigne déployée et en très bel ordre, la troupe des filles sortit aussi du lieu où elles estoient demeurées et €le prit son rang en la cérémonie. Les premiers, estans venus au son des tambours, marchèrent devant {a chasse du saint et les autres devant celle de la sainte, au chant des airs pieux que les hauts-bois faiscient retentir.
Mais toutes les bannières et les croix des Charitez et Confrairies de la ville, au nombre de plus de quarante, marchèrent les premières, et précédèrent les Pères Capucins, qui estoient suivis d’un jeune garçon habillé en Ange, tenans une trompette qu’il embonchoit de temps temps, pour avertir le peuple de rendre le respect qui estoit dû aux saintes Reliques de ces deux glorieux martyrs. Deux autres alloient sur ses pas, aussi richement ornez que le premier, et portoient un flambeau allumé, accompagnans le chef d’un saint, précieusement enchassé et porté par deux autres Anges habillez de même que les précédents.
Les Pères Minimes les joignoient, ayans au milieu d’eux un autre chef porté par deux Anges, qui estoient accompagnez de deux autres, qui estoient suivis de la bande des hauts-bois, dont les airs mélodieux rendoient
cette marche très agréable. Après eux, les croix et le clergé des deux parroisses parurent en la manière et en l’ordre que nous avons représentez ailleurs, à l’occasion de la grande fête de la ville. On y vid ensuite la bannière de sainte Pauline, représentans d’un costé l’image de la sainte et son martyre de l’autre. Elle estoit portée par une jeune fille vestue de taffetas blanc, et assistée de deux autres, habillée: de même estofe, à dessein de luy ayder tour à tour à porter ce pieux estandart. Une jeune fille parée en Reine se fit voir un peu après, ayans une couronne sur la teste et un laurier en la main, garni d’une grande quantité de rubans de toutes couleurs. Pour ce qui estoit de ses vestemens, ils estoient enrichis de perles et de diamans dont l’esclat estoit merveilleux. Elle avoit à ses costez deux petites filles, qui tenoient sa robe, et elle estoit suivie d’une autre qui estoit des mieux parées, et, dans ce pompeux appareil, elle marchoit à la teste de la mignarde troupe des filles, lesquelles - alloient deux à deux, tenans un laurier en la main entrelacé de rubans, et estans si joliment vestuës qu’il ne se pouvoit rien adiouter à la beauté et à la magnificence de leurs habits, non plus qu’à leur bonne grâce et à leur modestie, qui attiroient également les yeux d’un chacun. De sorte qu'avec une contenance si convenable à celle de la sainte, elles précédèrent sa chasse, laquelle estoit soutenue et portée par les ecclésiastiques de la parroisse de Saint-Jaques, et accompagnée de quatre Anges, qui tenoient des flambeaux allumez.
La bannière de saint Victor venoit après. Comme elle représentoit d’un costé ce généreux chevalier Romain, elle faisoit voir son martyre de l’autre. Aussi estoit-elle portée par un petit soldat qui avoit un casque en teste,
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chargé de toutes sortes de rubans disposez en forme de panache. Il estoit suivi de quarante autres, qui estoient la pluspart habillez à la Romaine, et couverts de toiles d’or et d’argent, et ornez d’une prodigieuse quantité de rubans de diverses couleurs. Ils avoient aussi le casque en teste, paré d’aigrettes et de plumes, le bouclier en nne main et l’espée nüe en l’autre, monstrans une mine maiestueuse, et spécialement leur, jeune chef. Quant à leur enseigne, il se faisoit distinguer tant par cette devise : CHRISTUS REGNAT IN SUIS, écrite en lettres d’or sur son estandart, que par son addresse à le bien manier.
Ensuite de tout le clergé et de tant de belles troupes, qui conduisoient les Reliques de saint Victor et de sainte Pauline comme en triomphe par les rues de Dieppe, Mons’ le Gouverneur marchoit, estans accompagné de Mess'® de Ville, qui estoient en habits de cérémonie, et suivis d’une foule extraordinaire de peuple qui termina une si solennelle procession, dont la marche fut saluée par un grand nombre de coups de canon, de mousquetades et de boettes, qui furent tirées, tant au Marché que sur la porte du Pont, sur le quay et sur les vaisseaux du Port.
Enfin après que l’on eut achevé le tour de la ville et fait six poses, pendant lesquelles on chanta en musique des motets au suiet de cette feste, la procession se rendit dans l’église des Pères Minimes, où les corps saints furent mis sur deux tables devant le grand autel, et où des voix, qui furent agréablement meslées avec des instruments, chantèrent le Te Deum Laudamus.
Après ce cantique de louanges et ces actions de grâces, M' le curé de Saint-Remy, ayant chanté l’Oraison accoutumée en telle occurence et fermé la solennité par la
bénédiction du Saint-Sacrement, fut conduit en sa parroisse par les Religieux de ce couvent. Chaque compagnie des enfs:s le fut aussi en la maison de leur chef, avec cette différence que celle des soldats s’en retourna au bruit des tambours, celle des filles au son des hautsbois et les Anges aux fanfares des trompettes. Et le tout se fit à la veuë d’un concours de peuple aussi grand qu’il avoit esté au temps de la procession.
Quant aux Pères de l’Oratoire de Dieppe, ils s’efforçoient d'achever la nouvelle église qu’ils avoient entrepris de bâtir depuis quelques années sur les ruines de la Halle-aux-Draps, que Mons’ l’Archevesque leur avoit accordée. Si bien qu'après beaucoup de soin et de diligence, l’ayant rendue en estat d’y célébrer les sacrez mystères et le service divin, le Père supérieur de leur maison (suivant la permission qu’il en avoit obtenue) en fit la bénédiction au mois de novembre, et, le jour de la Saint Martin, il y chanta la première messe. Les murailles de cette église sont faites de pierres de taille ; elles sont hautes et bien percées, et leur comble, qui est couvert d’ardoise, est fort et eslevé. Mons’ le duc de Longueville en posa la première pierre avec les cérémonies accoutumées, tandis que des musiciens entonnoient des motets très bien concertez et très agréables. On a observé que le premier corps que l’on y a enterré a esté celuy du père Clerel, Dieppois. Et c’est tout ce que je peux dire, v'ayans pû trouver sur cette année, non plus que sur la suivante, aucune chose digne de remarque.
Mais l’année 1658, une gelée extraordinaire estant survenue, quelques-uns nous ont donné suiet d’en parler. Elle commença le 23 de décembre de cette même année, et continua jusqu’au 19 de février de l’année 1659, avec
une aspreté si extrême, qu’elle rendit (au temps que la marée estoit basse) l’eau du port assez ferme et assez solide pour soutenir plusieurs personnes, qui la passèrent et repassèrent à pied sec vis-à-vis de la porte de la Vase. Ce ne fut pas tout, elle fit mourir un très-grand nombre de poissons dans le sein de la mer, laquelle, ne pouvans les souffrir non plus que les autres corps morts, les jetta bientost après sur les bords de son rivage. Cette excessive rigueur du froid mortifia seulement les oyseaux de passage et de rivière aussi bien que ceux de la campagne, mais ce fut de telle sorte qu’ils perdirent tous beaucoup de leur vigueur naturelle, et qu’à faute de cœur, ils se laissèrent approcher et tuer aisément par les chasseurs. Une prodigieuse espaisseur de neiges couvroit cependant le pays voisin, où il y eut beaucoup de désordres et de dommages ; car le temps s’estans adouci et modéré et le chaud ayans succédé au froid, elles produisirent des déluges d’eaux, dont les inondations emportèrent des maisons, des bestiaux et tout ce qui s’opposoit à leur cours violent et précipité.
Le reste de cette année 1659, bien loin d’estre fatal, fut grandement favorable à la ville de Dieppe aussi bien qu’à toute la province, en ee qu'après que Mons" de Longueville eut présenté à Leurs Maiestez Mons’ le comte de Dunois et Mons’ le comte de Saint-Pol, ses enfans, ils en reçeurent toutes lc; marques d’estime et d’affection, le 5 jour d’avril, et qu'ils prestèrent entre leurs mains le serment pour le gouvernement de la Normandie.
Son Altesse, très-satisfaite des avantages et de la gloire de ces deux jeunes princes, trouva bon de venir à Dieppe, le mercredi 18 jour de juin, et de faire sçavoir à son
arrivée qu’ils s’y rendroient aussi le 24 de ce mois. Messieurs de Ville, profitans de cet avis, se mirent aus-
sitost en devoir de travailler aux préparatifs d’une aussi
honorable et aussi magnifique réception que le temps
pourroit leur permettre. Entre ce qu’ils firent de plus
considérable fut la compagnie de soixante et dix jeunes cavaliers des meilleures familles de Dieppe, laquelle ayant monté en bon ordre au château et fait monstre en sa première cour en la présence de Son Altesse, fut trouvée fort leste et sa cornette blanche assez belle, tant à cause de son estofe qu’à cause de cette devise écrite en lettres d’or : OMNIA SECUM.
Le 24 jour de ce mois, les bourgeois eurent ordre de se ranger sous leurs capitaines, lesquels, aux approches des princes, qui avoient couché au Neuchâtel, conduisirent, à une heure après midy, six de leurs compagnies auprès du village d’Estran, où Mons’ de la Boissière, gentilhomme d’une très ancienne et très vertueuse noblesse et maior de la ville de Dieppe, leur fit former deux bataillons de mille hommes chacun. Cependant deux autres compagnies gardoient les deux principales portes de cette ville.
Sur les deux heures, Mons’ de Montigny monta à cheval et marcha, à la teste de plus de cinq cents gentilshommes, jusqu’au village de Martin-Eglise, à dessein d’y rencontrer et saluer les princes, qui venoient en carrosse en cet endroit là. La compagnie des jeunes cavaliers dont nous avons parlé sortit bientost après de la ville, et continua sa marche jusqu’à ce qu’elle eut fait rencontre du carrosse des deux princes. qu’elle suivit, après que son capitaine, qui mit alors pied à terre, leur eut témoigné ses respects et leur eut fait offre de sa
troupe et de sa personne avec des paroles proportionnées au suiet. Le corps de justice sortit à trois heures de la ville et alla au Pollet, Le clergé des deux parroisses et les Pères Minimes en firent autant. Mais le corps de ville s'arrêta à la barrière, ayans un daiz de velours cramoisi, paré des armes des princes, et un carreau de même estofe, sur lequel on avoit attaché avec un cordon d’or et de soye six clefs de la ville, lesquelles estoient d'argent.
Lorque Mons le comte de Dunois et Mons! le comte de Saint-Pol passèrent vis-à-vis du château d’Arques, Mons’ de Rassent, qui en estoit gouverneur, les fit saluer de plusieurs coups de canon ; mais après qu'ils furent sortis de Martin-Eglise et qu’ils eurent commencé de marcher à cheval le long de la rivière, ils eurent le plaisir d’y voir voguer la galiote de Mons de Rassent et un petit navire de Dieppe, qui saluèrent ces princes de temps en temps par les descharges de leurs petits canons de fonte. Ce divertissement ayant continué jusqu’au lieu où les bataillons s’estoient postez, ils firent l’honneur aux princes de les escorter jusqu’au Pollet. Lorsqu'ils furent arrivez en ce fauxbourg, le sieur Aveline, lieutenant au siége de l’Amirauté, leur fit un discours pendant plus d’un quart-d’heure. Mais parce qu’il estoit malade et qu'il s’estoit efforcé pour se présenter le premier, son mal augmenta de telle sorte qu’il mourut presqu’en la même heure.
Les eslus et les officiers du magazin à sel, joints ensemble, complimentèrent Leurs Altesses par la bouche de Monsieur l’élu Susanne. Mons' Dablon, lieutenant général au bailliage, s’aquitta ensuite de ce devoir, en qualité de juge de la jurisdiction du bas de Hotot, dont Mons’ le duc de Longueville estoit le propriétaire. Mon-
sieur le Curé de Saint-Remy, filleul de Son Altesse (1), porta la parole pour le clergé, lequel entra dans la ville avec les corps de justice.
Cependant les princes s’estans approchez de la barrière qui est à costé du Ravelin du grand pont, le corps de ville se présenta pour les recevoir et leur offrit le daiz ; mais ils le refusèrent et Mons’ de Montigny leur ayant offert les clefs, Mons’ le comte de Dunois les prit et les bailla au sieur de Bretteville, capitaine, qui estoit capitaine des gardes et marchoit derrière Leurs Altesses, à costé du sieur de la Hoquette, leur Gouverneur. Le sieur Simon Dablon, premier Eschevin, les salua et leur fit une harangue au nom de tous les habitans de Dieppe, où chacun se rendit en cet ordre.
La compagnie de la cavalerie de la jeunesse marchoit la première. Les gardes de Son Altesse venoient ensuite et précédoient les ecclésiastiques que Mess" de Ville suivoient, accompagnans d’un costé et d’autre le daiz, qui estoit porté par quatre Eschevins, un peu devant les princes montez à l’avantage (2), et suivis des sieurs de la Hoquette et de Bretteville, de Mons’ de Montigny et de la noblesse. Tout ce beau monde estant devant l’Hôtelde-Ville y entendit plusieurs concerts de voix et d’instruments et vid trois grands tableaux que l’on y avoit exposez. L'un estoit celuy de Son Altesse de Longueville, au-dessus duquel on avoit représenté les armes du Roy, et au-dessous celle de la ville, avec cette devise :
FIRMIOR TUIS.
(4) C'était Me Henry Huyrer, docteur en théologie, curé de Saint-Remy depuis 1651, et sur lequel M. l’abbé Cochet donne une courte notice dans ses Eglises de l'Arrond. de Dieppe, p. 49, note.
(2) « En terme de manége, on dit qu'un homme est monté à l'avantage pour dire qu’il monte an bon cheval. » — Dict. de Trévoux, V. Avantage.
A son costé droit estoit le second, qui représentoit un jeune conquérant et une nymphe qui luy offroit un cœur ; sa devise estoit :