‹ Les antiquitez [sic] et chroniques de la ville de Dieppe [microforme]Chapitre 31 sur 61 · NIL AMPLIUS · texte numérisé non relu

NIL AMPLIUS

Au costé gauche estoit le troisième, qui représentoit un autre jeune conquérant, qui estoit monté à l’avantage, et l'Amour, qui sortoit du Ciel, luy apportant un rameau d’olivier. Il avoit pour devise :

TE STANTE VIREBIT.

De là les princes allèrent à l’église de Saint-Jaques, où Mons’ le Curé, en surplis et en chappe, les reçeut avec les cérémonies accoutumées et leur fit une belle harangue, après laquelle il les conduisit dans le chœur, où le Te Deum et le Domine Salvum fac Regem furent chantez en deux chœurs de musique. Les cloches y tinrent leur partie, et donnèrent à connoitre par leur carillon combien cette feste estoit grande et solennelle.

Les cérémonies estant achevées, le clergé demeura en cette église, mais les princes en sortirent et allèrent au château, où Mons’ de Villers, qui en estoit lieutenant et avoit fait mettre la garnison sous les armes, les reçeut avec tout l’honneur et tout le respect possible.

Cependant les compignies des bourgeois, ayans eu le temps de rentrer dans la ville, allérent se ranger en bataille dans la place du Port d'Ouest, et, le château ayant commencé de saluer les princes, leur mousqueterie luy répondit par des descharges réitérées. Les canons que l'on avoit à ce dessein disposez sur les rampars, tant du costé [de la vallée] que du costé de la mer et en plusieurs autres endroits, en firent autant ainsi [que] ceux du fort du Pollet. De sorte que les princes, qui considéroient du

château tout ce qui se passoit dans la ville, en eurent bien de la satisfaction et de la joye.

Après tout, Mess'® de Ville prirent congé de Leurs Altesses, mais Monsieur de Montigny les retint et leur donna à soupé, aussi bien qu’à une partie de la noblesse. Mons’ de Villers se comporta de la même manière envers ceux qui voulurent rester avec luy. L’Hôtel-de-Ville et les habitans firent bientost après esclater leur joye par un très grand nombre de feux et de lanternes qu'ils allumèrent sur les 9 heures. Ils firent aussi voler dans les airs plusieurs belles fusées, dont l’effet donna bien du plaisir aux Princes.

Le lendemain mercredy, 25 de juin, le corps de ville et ceux des jurisdictions furent au château pour y saluer Leurs Altesses. Les capitaines y montèrent aussi avec leurs lieutenants et leurs enseignes. Les ministres du presche en firent autant au nom des Religionnaires, et les princes, ensuite de tous ces devoirs, descendirent en la ville, et furent entendre la messe en l’église des Pères Jésuites, d’où ils retournèrent au château. Sur les 3 heures après midy, ils allèrent à pied en l’Hôtel-de-Ville, estans accompagnez de six Eschevins et de la jeunesse, qui marchoit après leurs gardes. Lorsqu'ils y furent arrivez, le premier Eschevin les complimenta et les mena en la chambre du conseil, où ils demeurèrent jusqu’à ce que les habitans fussent assemblez en la grande sale. Cependant on déchargea plusieurs pièces de canon que l’on avoit rangées pour cet effet en la place du Marché.

Les habitans s’estans assemblez en la grande sale, les princes y entrèrent et s’assirent sur deux fauteuils d’une hauteur égale, que l’on avoit placez dans le bureau entre les chaires de Mons’ de Montigny, de Mons’ de Villers

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et de Mess"' les Eschevins, et Mons’ le comte de Dunois, faisant l'ouverture de l'assemblée, dit, en la présence d’un grand nombre de gentilshommes et de bourgeois, qu’il estoit venu avec son frère pour prendre possession du Gouvernement comme par survivance, suivant les lettres du Roy, lesquelles avoient [esté] leuës en ce lieu, dont ils avoient obligation à Sa Maiesté et à Son Altesse leur père, et qu’il assuroit la ville de leurs bonnes volontez. De quoy le sieur Simon Dablon leur fit de trèshumbles remerciemens au nom de toute la ville.

Le même jour, Mons' de Montigny fit présent aux princes d’un cheval barbe et d’un petit navire très bien équipé et armé de quatre petites pièces de canon de fonte. Mons’ le comte de Dunois, ayans laissé le cheval à Mons’ le comte de Saint-Pol, se contenta du vaisseau, qui fut mis à l’eau le lendemain 26 du muis, et exposé à la marée de trois heures du matin, afin d’en donner à Mons’ le duc de Longueville, qui estoit retourné à Dieppe le soir précédent, et aux princes ses enfants, le divertissement que nous allons voir.

Comme ce vaisseau esloit seul sous ses voiles assez avant vers l’eau, un brigantin, qui le découvrit, vint sur luy pour le reconnoitre. Mais s’en estant approché, ce petit vaisseau luy lascha sa volée et l’obligea de se retirer. Quelque temps après, on vid paroitre une flote de douze vaisseaux qui portoient des pavillons othomans et faisoient leur route pour arriver en rade, et, comme si c’eut esté par un bonheur assez surprenant, une autre flote de dix vaisseaux, qui estoit dans le port et attendoit le temps de la marée, en sortit avec les pavillons françois et alla défendre le vaisseau que ses ennemis avoient fait attaquer par un de leurs brigantins, qui donna

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