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furent pas comparables à czux dont nous venons de parler, car ils n’y prirent que des-némoires e! des livres, “ant pour en faire voir les méchantes figues que pour en faire des allumettes, dont ils se servirent pour mettre le feu aux bancs du presche, au milieu duquel ils avoient esté attisez en forme de bûcher, un peu avant que Mons’ le Gouverneur y fut arrivé pour y donner ordre et dissiper (ainsi qu’il fit) les entreprises de ces factieux. Il est vray que, s’ils furent obligez de céder à la force, ils ne laissèrent pas pour cela d'entretenir leur passior et de chercher l’occasion de la contenter. Ce qui fit que s’estant offerte dez le lendemain, lorsque douze ministres sortoient de la ville pour aller au Pollet et de là aux endroits d’où ils estoient venus, ils les poursuivirent si vivement jusqu’au bout du pont, qu’ils eussent esté très maltraittez à coups de pierres, si Mons’ Dablon, qui estoit de garde ce jour-là, ne se fut opposé avec sa compagnie à cette violence et arrêté ces mutins. Néantmoins ils n’en demeurèrent pas là, car le même jour ils retournèrent au presche, mais, parce que l’on y avoit mis des soldats du château pour le garder, ils se virent obligez de rentrer dans la ville et d’y demeurer en repos.
Au reste, quoyque les ordres que l’on donna pour maintenir la tranquillité publique furent plus que suffisans de rendre le calme aux esprits des Religionnaires, ils furent pourtant (à ce qu’on tenoit) agitez nuit et jour par des soupcons et des inquiétudes qui leur firent prendre ombrage de tout ce qu’ils voyoient faire aux catholiques comme s'ils eussent coniuré leur perte, surtout après qu’ils eurent esté avertis que plus de deux cents ecclésiastiques, tant curez que simples prêtres du
pays de Caux, accompagnez de plusieurs gentilshommes, portans des surplis et suivis d’un très grand nombre de peuple, s’estoient mis en chemin pour venir processionnellement à Dieppe. Mais tout ce monde estant arrivé en cette ville, le 8 jour de juin, ils eurent bientost après suiet de s’assurer, voyans qu’ils ne s’y estoit transporté que par une piété et un zèle extraordinaires, et que, bien loin de se faire craindre, il désiroit se faire aimer, puisqu’il estoit sans armes, qu’il n’avoit en ses mains que des livres de prières et des chapelets, et qu’il accompagnoit avec beaucoup de modestie et de dévotion le Très- Saint Sacrement, que M" Gaulde, grand vicaire de Mons’ l’Archevesque portoit pompeusement et comme en triomphe (1).
Aux approches de cette procession, qui estoit venüe ce jour-là d’Ouville-la-Rivière, où elle avoit fait la dernière station d’une marche de plus de huit lieuës, le clergé de Saint-Jaques alla joindre celuy de Saint-Remy, et estans en corps et en chappes, furent la recevoir audelà de la porte de la Barre, et la conduisirent, au chant des hymnes et des cantiques qai avoient esté composez en l'honneur du Saint-Sacrement, jusqu’en l’église de Saint-Remy et de là en celle de Saint-Jaques, après avoir passé par la Grande-Rue, que le clergé occupa depuis le carrefour du Puits-Salé jusqu’à la fontaine du Marché. De sorte que l’on peut dire que ce fut la plus grande procession que l’on eut jamais veuë dans la ville de Dieppe.
(1) Sur cette grande procession du Saint-Sacrement à travers le pays de Caux, voyez l'abbé Cochet, les Eglises de l’Arr. d’Yoctot, tome IF, p.142, où la procession même dont il est ici question est décrite par un chroniqueur Dieppois anonyme, dont nous espérons un jour mettre en lumière le travail excellent; et lAlmanach liturgique du diocèse de Rouen, pour 1866, p. 61
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Au commencement de juillet, on entreprit la construcrion de la porte qui est à l’extrémité de la cloture du Pollet et au pied du fort Chatillon. Sa maçonnerie a esté presqu’entièrement faite de pierres de taille très tendre. D’où est venu que, bientost après qu’elle a esté achevée, elle a commencé de tomber en ruine en divers endroits, qui oni esté faits trop mignardement, ce semble, pour une porte que l’on a bâtie en la manière de celles que l’on voit aux villes de guerre, je veux dire d’une moyenne grandeur, avec un pont-levis, un guichet et des herses.
Le 20 jour de ce mème mois, les prineipaux habitans de Dieppe, ayanseu des nouvelles du mariage de nostre Invincible monarque Louys-le-Grand, avec la Serenissime Marie-Thérèse d’Austriche, fille unique de Philippe EV, Roy d’Espagne, en firent rendre à Dieu des actions de grâces par un Te Deum qui fut solennellement chanté dans l’église de Saint-Jaques, en la présence de tous les corps de justice et de toutesles personnes les plus considérables de cette ville. Et pour en témoigner leur joye, ils firent allumer trois grands bûchers devant l’Hôtel-de- Ville, au bruit des descharges du canon du château et de quelques autres endroits, et de la mousqueterie des huit compagnies des bourgeuis, qui estoient rangez en bataille, et qui firent ensuite des feux devant leurs maisons. Ce ne fut pas tout, puisque les ruës, qui furent pendant trois jours embellies par des festons et d’autres marques d’une joie extraordinaire, furent aussi éclairées pendant trois nuits par des luminaires que l’on entretint anx fenestres.
Peu de temps après une si grande joye, les Dieppois eurent suiet de déplaisir, en ce qu’un vaisseau, dont l’ar-
mement avoit esté fait à Dieppe, enleva cette année, ou au plus tard l’année suivante, plusieurs nègres de la coste Emanegueta (a) et fit, par cette entreprise, que depuis ce temps-là les sauvages de cette coste de l’Afrique ont eut une haine si implacable et si funeste contre les François, qu’ils en massacrèrent plusieurs lorsqu'un de leurs vaisseaux y aborda.
Le 8 jour de janvier de l’an 1660, on eut avis qu’un autre fâcheux accident estoit arrivé à un autre navire qui estoit parti de Dieppe au mois de may de l’année précédente pour aller à Madagascar. La relation qui en fut donnée au public portoit que, le 10 jour de juin ensuivant, il fut rencontré par trois corsaires d’Algier, et qu'après un combat de trois heures, une bale de canon mit le feu à ses poudres, en sorte que le vaisseau même, six recolets de la province de Paris et les gens de l’équipage furent brûlez à la réserve de dix-sept, tant matelots que passagers, lesquels se sauvèrent de cet embrasement et tombèrent entre les mains des barbares.
Le Saint-Louys fut plus heureux, car il arriva en Senega et retourna à Dieppe le 7 d’octobre, chargé de 30 tonneaux de gomme, dont le cent valoit cinquante livres. Outre le grand nombre de cuirs qu’il avoit dans son bord, il apporta des plumes, du morfi({), de l’ambre, de l’or et 200 perroquets et 16 guenonnes. Lorsque ce vaisseau partit de Senega, il laissa l'habitation des Dieppois en très bon estat, sous la conduite du sieur Louys Caullier, commis de la compagnie des marchands de
(a) Selon le sieur Delbée, dans le Journal qu'il a composé au suiet du voyage fait en Guinée, l'an 1669.
4) Morfi, Morfil ou Marfil, c'est le nom qu'on donnait aux dents d'éléphant non travaillées, ni débitées, telles qu'on les achetait des nègres de la côte,
Dieppe, de Rouen et d’ailleurs. Je diray en passant que cette habitation estoit dans une petite isle de la rivière de Senega, à une lieue de la mer, et que les Dieppois avoient esté contraints de s’y establir et d’y retirer leurs marchandises, voyans que la mer avoit percé la barre de l’embouchure de cette rivière et qu’elle renversoit les bâtiments de l’habitation que le sieur Caullier avoit fait construire environ l'an 1658, après que celle du capitaine Lambert, dont nous avons parlé ailleurs, eut esté sapée par les vagues de cet élément et tombée en ruines un peu après sa mort.
L’heureux retour de ce vaisseau apporta de grands profits à Dieppe ; mais Monseigneur le Daufin, estant venu au monde le premier jour de novembre, causa bien de la joye à cette ville, qui se mit, peu de jours après, en devoir d’en donner des marques, tant par le Te Deum qui fut chanté solennellement par les orgues et la musique de Saint-Remy, que par les descharges réitérées de la mousqueterie des huit compagnies des bourgeois, rangez en bataille, et par le grand feu de toute l'artillerie du château et des autres endroits, qui luy répondirent de la bonne sorte.
Mais que ne devoit-on pas faire, Quand ce Prince en son Orient, Parut dessus nostre hémisphère, De même qu'un soleil riant, De qui la bénigne influence, Fait espérer qu'une abondance De ce qu’elle a de précieux Comblera de biens ce bas monde, Et rendra la terre féconde, La [réchauffant] partout en parcourant les cieux.
Une autre sorte de bonheur vint à Dieppe du costé de la mer, où les pescheurs de cette ville (selon que quel-
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qu’un a remarqué) prirent aux mois de may et de juin de l’année 1662 une si grande abondance de maquereaux, que vingt bateaux en apportèrent en certaines marées, en chaque bord, le nombre de trois et de quatre mille, ce qui fit que le cent de ce poisson ne valoit que 40, 50 et 60 solz, encor bien qu’il fut gros et de bonne nourriture ; en quoy on reconnut évidemment que c’estoit une manne que la divine Providence envoyoit au pauvre peuple de Dieppe et du pays voisin, dont une partie fut en très grand danger de mourir de faim, parce qu’alors le bled estoit très rare et très cher, et qu’il n’avoit le moyen d’en acheter. Cette pesche, qui fut si avantageuse, ne se fit pas pourtant sans une grande agitation, ni même sans péril, parce que cette sorte de poisson ne se prend que pendant un gros temps, d’où vient que Von dit ordinairement qu’il demande la mort de son maistre. Eu effet, les vents furent environ ce temps-là si furieux qu’ils enlevèrent deux lames de plomb du clocher de Saint-Jaques. Néantmoins ce mal causa un bien, en ce que les marguillers de cette église, ayans apperçu les cloux de ces lames, jugèrent qu’il ne falloit différer davantage à visiter sérieusement et de près ce clocher, afin de remédier promptement au mal que l’on y découvriroit. Ils y furent donc, et ayans trouvé qu’une partie des principales pièces estoit entièrement gastée, et que mêmes il estoit prest de tomber en ruine, on prit la résolution de le démolir et de faire construire en sa place celuy qui subsiste à présent (1) et qui répond si bien à la grandeur et à la beauté de cette église parroissiale.
Le sieur Pierre Estancelin, qui exerçoit depuis un an
1) Ce nouveau clocher fut détruit dans le bombardement de 1694.
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la charge de marguiller, en donna le modèle, et, sans attendre plus longtemps, fit mettre généreusement la main à l’œuvre au mois de juillet, quoyque le Trésor de Saint-Jaques eut alors très peu d’argent et qu’il n’y eut pas grande apparence que le peuple y put contribuer par des aumônes, à cause de la cherté des vivres. Mais Dieu, qui avoit eu la bonté d’avertir qu’il estoit temps d’exécuter cette.entreprise, y pourvut si bien, qu’ayans permis le remboursement de quelques rentes, qui estoient deuës à cette église, et inspiré plusieurs personnes aisées et pieuses de donner des sommes considérables, on travailla incessamment à ce grand ouvrage, en sorte qu’il fut achevé l’année suivante. Jay remarqué qu’il a esté fait de grosses poutres de bois de chesne, dont les liaisons sont très bonnes et le nombre si grand que l’on pourroit dire qu’il contient une petite forest. Il est construit en forme d’une pyramide à huit angles, mais d’autant plus merveilleuse qu’elle est percée à jour en autant d’endroits, à cause des deux lanternes qui la composent et sont eslevées l’une sur l’autre, à la hauteur de la grosse tour; ce qui fait que le globe, qui est sur le toict de la dernière et au pied de la croisée, paroit petit, bien qu’il soit assez grand pour contenir deux hommes. Au reste j'ay appris que la dépense de ce clocher s’est montée à plus de quatorze mille livres, sans y comprendre les sommes qui furent tirées des matériaux de celuy que l'on avoit détruit, et que l’on avoit bâti d’une manière grossière et massive pour mieux résister à l’impétuosité des vents. Je pourrais adiouster que le bon ménage, tant du sieur Estancelin que du sieur Guerard, qui lui avoit succédé en la charge de marguiller, a esté beaucoup estimable.
Pour le regard des paroissiens de Saint-Remy, ils furent occupez (suivant l’ordre de Mons’ de Montigny) à célébrer un service solennel pour l’âme de Son Altesse Henry d'Orléans, duc de Longueville et Gouverneur de la province de Normandie. Cette cérémonie se fit le 23 jour de may, en la présence de Mons’ de Montigny, de Mess'* de Ville, de tous les corps de justice et d’une grande partie de la noblesse du pays voisin. Le Père Alexandre du Moucet, jésuite, y prononça avec succez l’oraison funèbre.
L'année suivante, le Parlement de Rouen s’estant assemblé le 9 de septembre sur le suiet de deux déclarations du Roy pour l’establissement d’une compagnie de commerce des Indes Orientales, plusieurs de ses officiers y souscrivirent, etc. Et, le 14 de janvier de l’année 1665 (a), deux navires de la Compagnie des Indes Occidentales partirent du port de Dieppe et prirent la route de ceux qui les avoient devancez un peu auparavant par l’ordre des principaux marchands de Rouen, lesquels composoient une des directions particulières de cette Compagnie. La relation de Paris, qui en a fait mention, porte aussi que l’on préparoit quatre autres vaisseaux pour les faire partir au commencement de février.
Mais, Monsieur le duc de Montausier ayant succédé à Mons’ le duc de Longueville en la charge de Gouverneur de la Normandie, fit son entrée à Dieppe le 28 jour de may. Ce seigneur, qui estoit dans un carrosse à six chevaux, estoit précédé par 26 gardes et suivi de 16 autres et de six valets de pied. A son arrivée, il fut complimenté par M de Ville et salué de deux volées de canon de 1 5 coups chacune. Et les bourgeois, qui estoient
(a) Selou la relation 1e Paris.
sous les armes au nombre de quatorze cents, y répondirent de la belle manière par les descharges de leurs mousquets. Bientost après, les corps de justice furent s’aquitter de leurs devoirs, en sorte que Mons’ le Duc, qui partit ensuite de Dieppe avec son train et un nombre considérable de noblesse, en fut très satisfait.
Peu de temps après, je veux dire vers la fin du mois de juin (4), un autre navire arriva au port de Dieppe. Si bien que ce fut au temps que Mons’ Colbert, secrétaire d’Estat, assura le sieur Guillaume Denis, prestre de Saint-Jaques (1), par une lettre escrite de sa part, qu’il ne perdroit aucune occasion de faire valoir son appliquation au Roy ; après luy avoir témoigné, par une autre lettre du 18 de may, qu'il continuoit d'apprendre avec plaisir qu’il enseignoit le pilotage aux jeunes gens et qu’il les mettoit en estat de rendre service au Roy et à leur patrie, et qu'employant ses soins pour le même suiet, il pouvoit croire qu’il se mettroit en estat à son tour de mériter les grâces de Sa Maiesté, à quoy il contribueroit de tout son cœur, pour luy donner ainsi occasion de les luy départir, Ce ne fut pas tout l’honneur et le bonheur dont nostre Dieppois fut comblé, car ayant pris peine de satisfaire en toutes manières à Mons’ Colbert, ce seigneur, passant des promesses aux effets, non-seulement luy fit délivrer, le 12 de juin de la présente année, la somme de six cents livres de gratification, mais aussi il l’assura,
(a) Selon la même relation.
(t) Sur Guillaume Denys, Cauderon, et tout ce qui concerne l’école d'Hydrographie, Cf. Ch. de Beaurepaire, Recherches sur l'Instr. publique, tome IT, pp. 197 et suiv. Voyez aussi Ed. Frère, Manuel du Bibl. Norm , aux articles Denys, Cauderon.
Les ouvrages de G. Denys, cités plus loin par Asseline, furent imprimés à Dieppe, par Nicolas Du Buc.
par une lettre du 25 de ce même mois, qu’il auroit par an douze cents livres de gages ; néantmoins qu’il le coniuroit de réunir son zèle pour en faire un bon usage, et former un plus grand nombre de pilotes qu’il luy seroit possible.
Ce même seigneur fit, le même jour, addresser une lettre à Mess'" de Ville pour leur témoigner que le Roy (qui employoit tous les moyens que Dieu luy avoit mis entre les mains, afin d’establir le commerce et rendre la navigation florissante) avoit reçeu avec joye la proposition qui luy avoit esté faite d’establir une Escole d’Hydrographie dont chacun recevroit les leçons gratuitement, et qu’en conséquence Sa Maiesté avoit choisi le sieur Denis, prestre, qu’ils connoissoient, auquel elle fairoit donner des appointements raisonnables pour pouvoir subsister. Il adiousta qu’il les invitoit, pour répondre à une occasion si favorable d’exciter leurs enfants de faire, par ce principe et la succession de quelque temps, que la ville de Dieppe put de nouveau aquérir cette réputation qu’elle s’estoit touiours conservée pour les voyages de long-cours et la connoïissance des mers. Messieurs de Ville, ayans esté si bien informez du désir et du dessein du Roy, en eurent bien de la joye, et pour en donner avis aux habitans, ils en firent une déclaration authentique en l'assemblée qu’ils tinrent le 29 de septembre, ensuite de laquelle le sieur Denis fil, dez le lendemain, l’ouverture de son escole publique et royale, dont le brevet, qui fut signé par le Roy le 22 de novembre, fut expédié par Mons’ Colbert le 24 de ce même mois.
Je diray à ce propos que Monsieur le duc de Vandome, grand-maistre, chef et sur-intendant général de la navigation et commerce de France, fut le premier qui fit
esclater la capacité du sieur Denis, luy donnant, le dixhuitième de mars de l’année précédente, la commission de pilote-examinatèeur ou de professeur en l’hydrographie, et luy donnant la louange d’avoir aquis une grande expérience dans les sciences mathématiques (ce sont ses propres termes) auxquelles il avoit (dit-il encore) donné ses soins et son appliquation, principalement en ce qui regarde l’hydrographie ou l’art de naviger, selon qu’il en estoit informé par le rapport qui luy avoit esté fait de sa , personne, et par les témoignages des ouvrages qu’il avoit mis au jour sur cette matière digne de l’approbation publique. En effet, ses livres ne laisseront pas lieu d’en douter le moins du monde, si l’on veut faire la lecture, soit de celuy des Tables de la déclinaison du soleil et des principales estoiles du firmament, imprimé l’an 1663, soit de celuy de l’Art de naviger, perfectionné par la connoïssance de la variation de l’aimant, ou le Traitté de la variation de l'aiguille aimantée, imprimé l’an 1668 ; soit celuy du discours sur les Tables de la Déclinaison du Soleilet des principales et plus connoissables Estoilles du firmament, nouvellement supputées et corrigées, imprimé l’an 1669 ; soit, enfin, l’Art de naviger, dans la plus haute perfection, ou le Traitté des Latitudes, imprimé lan 1673; desquels on a fait tant d’estime qu’on les a transportez de Dieppe et débitez dans les meilleurs ports de France. Tellement que nous pouvons dire encore aujourd’huy, comme a fait autresfois :e fameux pilote Lucas Jants (a), que Dieppe est l’Escole de la navigation françoise, et que, si le nommé Jean Denis, capitaine normand, lequel découvrit (selon qu’un bon
(a) Le sieur Lucas Jants en l’épitre liminaire de son livre dit le Trésor et le Cabinet de la Navigation.
autheur a remarqué) (a) la Nouvelle France, n’a pas esté un enfant de Dieppe, cette ville peut au moins se glorifier d’avoir un Denis qui forme des capitaines et des pilotes capables d’y faire des voyages et en toutes les autres parties du monde. Après tout, on peut dire qu’encor bien que les ouvrages du sieur Denis soient des plus difficiles, il semble néantmoins qu’ils luy tenoient lieu de divertissement, et qu’il les a faits avec tant de facilité qu'ils n’ont pu l’empescher de donner des leçons à ses escoliers ni des instructions aux pieuses personnes qu’il avoit sous sa conduite, afin de faire arriver les uns et les autres aux ports où ils prétendoient surgir heureusement. De sorte que l’on pouvoit à juste titre luy attribuer ces trois devises :
DiriGiT ILLE POLO DrRiIGIT ILLE SOLO DrriGir ILLE SALO
Cependant, le nommé Matthieu de Bruges pratiquoit si avantageusement l’art de naviger dans les armées navales du Roy, sous Mons’ de Beaufort et, après la mort de ce prince, sous Mons’ le comte d’Estrées, qu’il mérita la qualité de Pilote Maior.
Un autre Dieppois, nommé Cauderon, qui avoit esté prestre et compagnon des estudes et même de la profession du sieur Denis, n’eut pas un sort pareil au sien, parce qu’il prit une conduite différente et presque entièrement contraire, en ce qu’au lieu de maintenir son escole et composer des livres en sa maison, il s’appliqua à réformer les anciennes cartes marines et en former de nouvelles, et aller pour cet effet visiter les costes de
{a) Dom Pierre de Sainte-Catherine en ses cartes chronologiques.
Guyenne, du Poitou et de Bretagne ; où, après avoir esté connu et enfin reconnu par Mons' de la Mailleraye, qui en estoit Gouverneur, pour un habile mathématicien et un excellent maistre en l’Art de naviger, il monta, à sa sollicitation, sur un des vaisseaux que ce seigneur envoya aux Indes. Mais le sieur Cauderon n’alla pas bien loing, car, lorsqu'il commençoit de voguer en pleine mer, il tomba dans l’eau et il y périt malheureusement. Ce qui modéra le déplaisir de sa famille fut que le frère du deffunt, qui avoit beaucoup profité sous un tel maistre et hérité des cartes marines et des planches de cuivre qu’il avoit laissées, devint à son tour maistre d’hydrographie à Ja Rochelle. Mais il n’en tint escole ouverte que jusqu’au temps qu’il fut obligé d’accepter une charge considérable dans un des principaux navires de l’armée du Roy.
Vers l’an 1685, le sieur François Gaulette, natif du Pollet, tint, par ordre du Roy, une escole pour instruire en l’art de naviger les officiers de son armée navale, à l’exclusion des autres gens de marine et même des habitans de Toulon, où cette escole estoit ouverte et où il eut de très bons gages. Il est vray qu'après les leçons de cette escole chacun pouvoit y venir pour s’y faire instruire, d’où sans doute il aura tiré beaucoup de profits.
Pour ce qui est des cartes marines, je diray avec Mons’ Dablon que lé sieur Pierre des Cheliers (1), prestre à Arques, a eu la gloire d’avoir esté le premier qui en a fait en France. Aussi estoit-il un si habile géographe et astronome, qu’il fit une sphère plate au milieu de laquelle
(1) Pierre Des Cheliers, Des Celiers, Desceliers, Deschelliers d'après un acte authentique de 1537 (Arch. de la Seine-Inférieure, F. de Cherlemesnil), ou Descaliers suivant l'appellation populaire. Cf. Ch. de Beaurepaire, Recherches sur l'instruction publique, tome ITE, p. 197.