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Le sanctuaire, estant plus digne, estoit aussi incomparablement mieux orné. Ce qui le rendit très esclattant ou (si nous l’osons dire) charmant aux yeux de tout le monde, fut que lon commença de voir, en ces jours solennels, un rétable et divers ouvrages de peinture faits depuis peu. Les colonnes de ce rétable estoient de l’ordre lonique dorées aux bazes, aux chapiteaux et aux corniches, et le reste en blanc, selon qu’il se pratique aujourd’huy. D’un costé estoit la statuë de saint François de Sales, dans une niche entre deux colonnes, tenant en sa main ces mots au milieu d’un soleil : Vive Jésus! et de l’autre estoit celle de saint Augustin, avec un cœur embrazé.
Ces deux images, qui sont restées dans cette église, sont des plus grandes que l’on fasse, et leur dorure estant très riche, on peut dire, sans exagérer, qu’elles sont des plus belles pièces que l’on voye.
Pour les peintures de ce sacré lieu, e’estoit un platfond très brillant, où l’on voioit dans un ciel saint François avec ses habits pontificaux, et à Pentcur de luy des troupes d’Anges sur divers cartouches tenans des devises. Enfin il y avoit de grands iestons, qui descendoient sur les costez de la grille du chœur et sur d’autres endroits pour y donner l’agrément nécessaire. Il y avoit aussi une grande arcade en forme d’arc triomphal eslevé sur le balustre, au sommet de laquelle paroissoient les armes de l’illustre maison de saint François de Sales, entre des festons, des cornes d’abondances et des fleurons à confusion (1), Sur les costez, en descendans estoient dépeints deux grands Anges à demy euuchez, qui invi-
(t) Confusion comporte ici le sens de profusion.
toient à la célébration de cette auguste feste, l’un avec
ces paroles : Venite et videte solemnitatem, l’autre avec
celles-cy : Quoniam mirificavit dominus sanctum suum.
Tous ces ouvrages ainsi nouveaux, et qui (comme on peut penser) envoioient un esclat très vif, servirent au reste de l’ornement de l’autel et de tout le sanctuaire |
d’un fond très beau. L'ordre de tout ce que l’on employa Ë
pour le relever fut qu’au lieu du tableau ordinaire du
retable, on mit sur un beau fond, fait d’un très riche
vuvrage argenté, celuy de ce grand saint, dont le quadre
estoit non seulement doré, mais encore embelli de plu-
sieurs guirlandes et fleurons d’un travail très délicat. On
lui donna pour accompagnement deux grands lustres de
vermeil doré, quatre tableaux à ovale aussi dorée et
plusieurs autres gentillesses, dont l'agrément joint à
l’esclat que le fond d’argent jettoit, et au feu que faisoient
une infinité de cierges, qui estoient devant, faisoient pa- |
roître ce bienheureux comme au milieu d’un empyrée.
Ce tableau, avec tout ce qui l’accompagnoit, estoit sous
un grand pavillon de brocard d’or doublé de toile d’argent
qui sortoit du fond d’un grand cartouche qui estoit sur l’architrave du retable, avec le chiffre de la Visitation, et | venoit rejoindre les deux premières colonnes. Sous les replis de ce pavillon sortoient des bras de vermeil doré apportant plusieurs lumières, des chandeliers de chrystal et des lustres qui redoubloient admirablement l’esclat de | toutes ces choses.
L’autel avoit tout l’ornement que peuvent produire les plus beaux chandeliers d’argent et de vermeil doré, meslez avec des vases de mème façon, et plusieurs beaux reliquaires, en forme de statuës, placez dans l’ordre que nous dirons. Mais ce qui en relevoit merveilleusement
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