‹ Les antiquitez [sic] et chroniques de la ville de Dieppe [microforme]Chapitre 38 sur 61 · PAR DE · texte numérisé non relu

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la magnificence, c’estoit une niche de bois doré qui n'avoit pas encore parü et dont le dessein estoit fort beau et le travail aussi rare qu’on en puisse voir. Sa largeur estoit de 28 pouces, sa hauteur et ses autres dimensions estoient à proportion. Elle contenoit, au fond, un lustre de même grandeur, qui servoit à renvoyer aux yeux plusieurs agrémens, comme une petite couronne de sculpture fort délicatement faite, qui pendoit sur le soleil, comme des chérubins et autres figures qui estoient au dedans de la niche, pour luy donner la forme d’un petit paradis, lesquels surprenoient d’autant plus en paroissans que l’on ne voioit point l’endroit d’où ils partoient. Cette niche avoit trois pans, les colonnes en estoient torses et selon l’ordre de Corinthe. Sur les tors il y avoit une vigne très joliment représentée. Les colonnes estoient garnies de leurs chapiteaux, architraves, frises et corniches. De l’architrave sortoit un nœud très bien fait, où estoient attachez deux petits agrémens qui retomboient sur les colonnes et remplissoient le rond de la niche. Au-dessus de la niche, estoit une couronne impériale, autour de laquelle des tresfles et des fleurs de lis estoient rangées. Les courbes de la couronne estoient chargées de feuilles d’acanthe et aboutissoient à une grande fleur de lis couverte des mêmes feuillages. Les festons et les guirlandes, qui y estoient, avoient toute la gentillesse que l’on pouvoit souhoitter. Mais ce qui la rendoit digne de l'estime des plus habiles, c’est qu'il paroissoit une si grande délicatesse de travail dans tout cet ouvrage, qu'avec l’artifice de la dorure qui la couvroit entièrement, elle ressembloit plutost à une pièce d’orfévrerie qu'aux ouvrages de sculpture ordinaire. C’estoit dans ee petit paradis que le Saint-Sacrement estoit exposé,

au milieu d’un beau soleil enrichi d’un grand nombre de perles et de pierres. Cette belle niche estoit posée sur le tabernacle, eslevé d’un escalier de cinq marches, sur la dernière desquelles, à costé du tabernacle, estoient deux gradins montans chacun de sept degrez jusqu’à la. hauteur de la corniche de l’impériale. Des derniers degrez de ces gradins sortoit un demy cercle, qui se levoit par derrière autant que son impériale et qui, par le moyen de plusieurs cierges dont il estoit chargé, esclairoit merveilleusement le tableau de saint François, que l’on voioit au-dessus, avec l’ornement qui a esté décrit. Sur ces degrez des gradins, estoient entremeslez de très beaux chandeliers d’argent cizelez et des Anges dorez. Le devant des mêmes gradins estoit couvert de riches tableaux, de la hauteur de pied et demy, à cadre très bien ouvragé et très bien doré, lesquels se rendoient justement à costé d’un magnifique canon à fond d’azur et à lettres d’or, dont le cadre estoit ovale. doré et enrichi d’une guirlande très bien travaillée, au sommet duquel il y avoit un grand fleuron, d’où sortoit un feston avec tout l'agrément possible, le tout d’une sculpture autant recherchée qu’il falloit pour mériter d’estre le centre de cet autel.

Les cinq marches estoient garnies de quantité de chandeliers d’argent et de vases de pareil métal, dont le bel ordre formoit une agréable perspective, dans laquelle on voioit deux grands reliquaires faits de caret, c’est-àdire d’une sorte d’escaille, qui est la plus belle de celles que l’on apporte de l’Amérique, et dont on fait en la ville de Dieppe de très beaux ouvrages. Ces reliquaires sont des chefs-d’œuvres en cette sorte de travail, la beauté de la dorure jointe à celle de l’escaille Les rendans tout à fait

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esclattans. Aux deux costez de ces chasses, estoient placées deux statuës d'argent d’une hauteur très considérable.

Il n’est pas possible de s’imaginer l'effet que toutes ces richesses produisoient et un grand nombre d’autres que je passe sous silence, parce que la relation, qui en a esté donnée au public peu de jours après cette solennité, en a fait un assez ample récit et que je ne veux pas estre ennuyeux.

Le dehors de cette église n’estoit pas sans embellissemens. On tendit devant son portail une verdure, sur laquelle on exposa le tableau du saint dans un fort joli cadre porté par des Anges et environné d’un magnifique trophée, composé de plusieurs symboles qui représentoient ses saintes actions. Il estoit aussi composé de ses armes, de celles du pape Alexandre VII, de celles du Roy, de celles de Mons’ l’Archevesque de Rouen, de celles de la ville et de celles de la Visitation.

Cependant, la guerre, qui estoit entre la France et l'Angleterre, continuant encore, chaque parti mettoit incessamment des navires en mer pour exécuter des nouvelles entreprises sur son ennemy. Le sieur de Circé, chevalier de l’ordre de Nostre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, et commandeur des vaisseaux armez en guerre par le grand maistre des chevaliers de cet ordre pour le service du Roy très chrestien, partit, le 3 de juin, avec tous ceux de son escadre, de la rade de Dieppe, sur les neuf heures du soir. Ayant fait voile vers l'Angleterre et ayant rencontré sur sa route un navire ennemy, qui donnoit la chasse à quelques marchands françois, alla'aussitost dessus. D’abord il l’attaqua avec tant de fureur qu’il le réduisit à l’extrémité ; mais,

lorsque le sieur de Circé l’accrocha et voulut s’en rendre le maistre, il fut blessé d’une grenade qui luy creva les yeux et emporta une de ses mains, et bientost après il fut tué d’un coup de mousquet, dont il fut frappé à la teste. Et le navire anglois, à la faveur de ce funeste accident et de celuy qui arriva par le feu qu’une autre grenade mit à la chambre du sieur de Circé, eut le loisir de couper l’amare, qui le tenoit attaché, et de se retirer (comme il fit à toutes voiles) dans un des ports d’Angleterre. Ce ne fut pas toutesfois sans avoir perdu en cette occasion plus de soixante de ses hommes. Du costé des François, outre le commandeur, il y eut près de trente hommes qui furent tuez ou blessez, entre lesquels fut trouvé le chevalier de Villemor, selon que l’on apprit de l'équipage de leur vaisseau qui entra dans le port de Dieppe.

Cette guerre ne dura pas longtemps après une si sanglante rencontre, car, le 9 d’octobre, la publication de la paix fut faite en cette ville au son des trompettes et des tambours et au bruit des descharges des canons du château, des vaisseaux du port et de la mousquetterie des douze compagnies des bourgeois, qui s’estoient rangez en la place du Marché, d’où ils saluèrent par trois fois le feu qui avoit esté allumé devant l’Hôtel-de-Ville par Mons’ de la Boissière, maior de cette ville et gentilhomme de race très vertueuse et très encienne, selon que j’ay déjà dit.

Les habitans de Dieppe prirent une bonne part à l’allaigresse que cette paix causa à la France, et pour en donner des marques esclattantes, ils allumèrent, sur le soir de ce jour-là, des feux dans les ruës et des chandelles aux fenestres de leurs maisons et les deux nuits suivantes.

Le Roy, (dont la merveilleuse prudence applique ses soins infatigablement au temps de la paix aussi bien qu’en celuy de la guerre) se souvenans des bons services des Dieppois et de la favorable entrée de son vaisseau dit le Dragon, voulut leur en donner des témoignages d'estime et de bienveillance. Pour cet effet, Sa Maiesté ordonna en son Conseil d’Estat, le 27 d’octobre de l’année présente 1667, que l’on exécuteroit de point en point, selon sa forme et teneur, le règlement qu’elle y fit sur les choses contenuës dans le proceds verbal, qui avoit esté dressé, le 21 de mars dernier, par messire François de Harlay, alors archevesque de Rouen, par Mons’ Barrin, marquis de la Gallissonnière et Monsieur Berrier, conseillers du Roy en ses conseils, etc., et par luy nommez pour connoître l’estat des affaires de la ville de Dieppe ; pour y maintenir les officiers et habitans dans une bonne union; pour choisir quelques-uns d’entre eux de probité et d’expérience, et capables de servir à la Maison de Ville; pour examiner les moyens d’aquiter ses dettes ; pour y establir le commerce et les manufactures, augmenter le nombre des gens de marine, les disposer à entreprendre, comme ils ont fait par le passé, les navigations et les voyages de long-cours, visiter les murailles, les portes et les ponts-levis de cette ville; pour connoître ce qui estoit nécessaire afin de mettre en bon estat le quay, le port et son entrée ; pour voir à la bonté et seureté des rades et en faire pescher les anchres, establir des pilotes, des baliseurs et autres officiers capables d’en faciliter l'entrée avec assurance à ceux lesquels y arriveront; pour examiner aussi ce qui se pouvoit faire, tant pour bannir de Dieppe et de ses fauxbourgs l’oysiveté et la fainéantise par l’establissement d’un Hôpital-Général,

que pour remettre la ville en sa première splendeur. Ce qui fut fait les années suivantes.

Pour l’exécution de ces grands desseins, il fut aussi ordonné qu'entre autres choses la Maison de Ville seroit à l'avenir composée de Mons’ le Gouverneur, ou, en son absence, du Lieutenant pour Sa Maiesté au gouvernement de la place, de Mons’ le Lieutenant-Général de la justice d’Arques, ou de Mons’ le Bailly de la justice ordinaire de Dieppe, lesquels serviroient alternativement, chacun une année, sans que d’autres officiers desdits sivres pussent prétendre de remplir la place, et de quatre eschevins et quatre conseillers, d’un syndic et d’un greffier. Quant aux autres assemblées publiques et à celles des processions, Sa Maiesté voulut que les officiers de ville tinssent toujours la droite et le premier rang, et les officiers royaux la gauche, avec ceux de la Justice ordinaire et ensuite les officiers de l’Election, du Grenier à Sel, de l’Amirauté et des traittes foraines.

Les officiers de la Maison de Ville devoient avoir la connoissance de toutes les affaires ordinaires. De plus ils devoientfaire les règlemens, qu’ils jugeroient à propos, pour la police et pour le nettoyement tant de la ville et fauxbourgs que du quay et du port. Selon le même règlement, l’on devoit tenir en la Maison de Ville une assemblée générale des habitans, le dimanche qui précède la feste de Saint-Michel (ainsi que l’on ave accoutumé), pour y nommer et choisir, à la pluralité des voix des mêmes habitans, un eschevin et un conseiller pour entrer en la place de ceux qui devoient en sortir. Et le lendemain du jour de la nomination de ces officiers, les employs de la ville devoient estre distribuez en quatre classes ou colléges, composez d’un eschevin et d’un

conseiller, afin que chacun eut soin des affaires de son département, pour en faire rapport au bureau de la ville, le régler à la pluralité des voix.

Outre les marchez que Sa Maiesté fit faire de tous les ouvrages dont nous venons de parler, elle donna ordre à Mons’ de la Gallissonnière de procéder, le 2 jour de juillet, à l'adiudication au rabais des palissades qui sont à l’entrée du port, depuis le petit fort de Montigny jusqu’à la teste de l’ancienne jettée que l’on appeloit le Casquais. Néantmoins, comme il y avoit déià au milieu de cet espace, depuis environ l’an 1637, une jettée d’environ 45 toises, les pallissades que l’on entreprit cette année furent plantées aux extrémités de l’ancienne. Mais elles furent beaucoup plus longues, tant du costé de la mer que du costé du Pollet, et incomparablement plus belles et plus fortes. Car (selon le devis qui en fut fait par le sieur Thomas Gouye, maitre charpentier de la ville et adiudicataire de ces nouveaux ouvrages) la palissade ou jettée, qui est vers le rivage de la mer et au-delà du Casquais ou Casquet (par comparaison aux testes des rochers que les Flamans appellent Kiscassen et nos François Casquettes), est double et longue d’environ 50 toises et haute de 30 pieds, sur 24 de largeur par le bas et de 14 par le haut. En sorte que son premier étage, qui est de douze pieds, sert de baze au second qui est entièrement fait de grosses pièces de bois de chesne, à la réserve de deux solles longueraines. Les pointes et les couples sont seulement esloignez l’un de l’autre de six pieds, mais toutes les autres pièces sont plantées coste à coste entre ces couples et ces pointes. L'autre pallissade, qui a esté jointe à l’autre bout de l’ancienne du costé du Pollet, est de 8 toises. Les pointes sont de six pieds en

six pieds, et entre chaque pointe sont posez quatre faux-pouls de 16 pieds de longueur et de ü et de 12 poulces de grosseur. En sorte que toutes ces pièces de bois se joignent, avec toute la justesse possible et toute la fermeté que donne la fermeture à tenon, dans une solle grosse de dix et douze poulces et assise sur la roche, aussi bien que celle de la grande jettée, qui est vers l'embouchure. Ces travaux, qui sont aussi beaux et aussi hardis que l’on puisse voir, ne furent pourtant achevez qu'après que le Roy en eut donné la commission l'an 1675.

Suivant le même règlement, que Sa Maiesté donna cette même année 1667, un Hôpital-Général devoit estre establi dans Dieppe où dans ses fauxbourgs, et pour en faciliter l’establissement et l’enfermement des pauvres, les rentes, qui estoient deues à l’Hôtel-Dieu de cette ville, devoient estre continuées sur {e pied sur lequel elles avoient esté payées auparavant aux receveurs de cet Hôtel-Dieu. Mais lorsque l’on appliquoit ses soins à mettre Dieppe dans le bon estat et le bon ordre que le Roy avoit souhaitté, cette ville souffrit des désordres et des misères extrêmes dont la peste l’affligea l’an 1668.

Ce mal contagieux, qui avoit esté apporté de Rouen par une femme de Dieppe, s’y prit et s’y fortifia tellement, que, peu de jours après son retour, il donna la mort à son mary, à la fin du mois d’aoust, et à trois de ses enfans, au commencement de septembre, et quelques jours après à quatorze autres personnes. Ceux qui ont observé ce qui se passa alors à Dieppe, ont remarqué que 105 personnes moururent de ce mal au mois d'octobre et qu’en novembre il y en eut 104 et plus de 40 ou 50 maisons infectées.

Au mois de janvier de l’année 1669, la peste, au lieu de s’amortir et de cesser (ainsi qu’il arrive ordinairement pendant les froidures de l’hyver) en devint, ainsi que fait le feu, plus violente et plus embrasée. De sorte qu’elle estouffa plusieurs personnes et gasta six maisons ce même mois. Elle fit de semblables ravages aux mois de may et de juin; mais, au mois de juillet, elle infecta 40 maisons en huit jours, tant au quartier du Portduët qu’en celuy du Moulin-à-Vent, où il y avoit plus de menu peuple. La misère et le peu de propreté de ceux du Poilet furent une grande disposition à recevoir et entretenir le mal; aussi, depuis le 15 de juin jusqu’au 15 de juillet, cinquante de leurs maisons en furent gastées. En un mot, cinq cents catholiques de Dieppe mourarent de ce mal en ce même mois de juillet, selon le témoignage des chapellains et des clercs des Charitez. Pendant le mois d’aoust, cette maladie contagieuse fit de plus grands ravages, tant en cette ville qu’au fauxbourg de la porte de la Barre et qu’au hameau d’Epinay. Le Registre de la Charité de Sainte-Magdeleine porte qu’il y mourut 312 catholiques et cent ou six vingt Religionnaires. Une si effroyable désolation ayans touché sensiblement M'° de Ville fit qu’ils informèrent dez le même mois M" Colbert, secrétaire d’Estat, et que ce seigneur, en ayans compassion, leur envoya (outre les trois mille livres qu’ils avoient déià reçeuës) l’ordre de recevoir une pareille somme qu’il avoit obtenue du Roy, pour subvenir à la nécessité la plus pressante des pauvres habitans.

Les six premiers jours de septembre, la Charité du Saint-Sacrement porta 104 corps en terre, dont 39 moururent en un même jour Le 9 de ce mois, 28 maisons furent prises, et le douzième 40 personnes moururent,

entre lesquelles on compte 18 Religionnaires. Mais le 1? de ce mème mois, onze cents soixante et quatre personnes furent mises tant dans l’hôpital de la prairie que dans les huttes et les cabannes des environs. Et (selon que quelqu'un a dit) 776 des habitans moururent dans la ville, 34 dans le fauxbourg de la porte de la Barre, et 270 dans celuy du Pollet, entre lesquels il y avoit 403 Religionnaires. Messieurs de Ville, estans extrèmement estonnez de voir Dieppe affligée au point que nous venons de marquer, se mirent en devoir d'en écrire, le 7 et le 9 de ce même mois, à Mons’ de la Vrillière, secrétaire d’Estat, et de le prier instamment de représenter au Roy le grand besoin que cette ville avoit d’estre secourue de ses libéralitez. Ce qui réussit d’une manière d’autant plus consolante et avantageuse, que Sa Maiesté eut la bonté d'envoyer cette lettre à Messieurs de Ville, avec cette addresse :

A nos chers et bien amez les Maire, Eschevins, Officiers et Habitans de nostre ville de Dieppe.

Chers et Amez, Nous apprenons, avec bien du déplaisir, nua-seulement la continuation de la maladie contagieuse en nostre ville de Dieppe, mais encore l'augmentation de jour à autre. Et comme il est à propos de ne rien négliger pour en arrêter le progrez et d'employer toutes les précautions nécessaires à cet effet, Nous vous faisons cette lettre pour vous mander et ordonner très expressément de suivre ponctuellement les avis que le sieur Inard, qui est très expérimenté au mal, vous donnera, soit pour le traitement et soulagement des pauvres pestiférez, soit pour la conduite de ceux qui décéderont, en faisant observer ponctuellement les ordres de police qui ont esté et seront rendus cy-après, vous assurant que 2 nostre part Nous vous donnerons tous les secours que faire se pourra en ce rencontre. Ne faites donc faute d'accomplir nostre intention, car tel est nostre plaisir.

Donné à Saint-Germain-en-Laye, le 43 de septembre mille six cents soixante et neuf.

Signé : LOUIS, et plus bas PniLiPeaux.

En quoy ce grand monarque, qui avoit donné ordre de faire distribuer deux mille eseus, outre les mille qu’il avoit auparavant envoyez pour la subvention des pauvres, tant malades que sains, fit bien voir sa compassion et son amour envers la ville de Dieppe et la conservation de ses habitans, lesquels en furent d’autant plus à propos soulagez, qu’il y eut au mois d’octobre une plus grande désolation et que, de 1,500 personnes qui furent à l’Event (1), onze cents furent nourries par ces grandes charitez de Sa Maiesté, et par celles que plusieurs personnes de qualité envoyérent de Paris, de Rouen, d'Amiens et du Havre-de-Grâce. Plusieurs gentilshommes des environs de Dieppe, prenant part à la misère de ces habitans, contribuèrent aussi à les faire subsister. L'air estoit cependant tellement corrompu, qu’en certains jours, 20, 25, 30 et 35 maisons en estoient infectées. De sorte que, depuis le 18 d’octobre jusqu’au 26 de ce mois, non-seulement il y en eut 192, mais aussi il y eut dix-huit cents personnes qui en moururent. Il est vray que, les deux premières semaines de novembre, la peste se modéra, mais elle ne laissa pas de gaster 50 ou 60 maisons chaque semaine et d’oster la vie à plus de sept cents personnes, tant en la ville et en l’hôpital de la prairie, qu’au fauxbourg du Pollet et aux lieux de l’Event. Et ce fut le dernier effort de ce redoutable fléau, dont la justice divine se servit pour punir et purger la ville et

(4) Event, lieu en plein air où l'on purifiait, à l'aide de parfams, les personnes venant d'un pays infecté de la peste.

ses fauxbourgs des ordures et des péchez de leurs habitans, et spécialement des libertins et des filles mal eslevées ; car la pluspart de ces 5’: 43 de gens fut atteinte d’épidémie, ou mal populaire, €: °c un fut privée de la vie à la fleur de son âge, après en avoir abusé avec une insolence publique et scandaleuse. Si bien qu’en cela l’on a vu la vérité du sentiment d’un sçavant homme, Tertulien, lequel a dit, il y a longtemps, que la peste estoit tonsura insolescentis generis humani.

Ce mal, qui avoit esté jusqu'alors aussi violent que nous avons vu, se modéra les deux mois suivans et, le 27 de février de l’année 1670, il cessa entièrement (Dieu le voulant ainsi) de faire ses ravages, par l'effet d’une froidure excessive et d’une gelée extraordinaire, qui commencèrent deux jours avant la feste de Noël et continuèrent jusqu’à la moitié de janvier, et qui rocommencèrent depuis le troisième de février jusqu’au 27 de ce même mois. Mais ce fut avec tant d’aspreté, que cette froidure non-seulement surpassa celle du grand hyver (dont on parle tant) mais aussi l’industrie et l’expérience des plus habiles éventeurs de Rouen, puisqu’elle purifia le butin et les maisons des pestiférez et l’air corrompu de la ville incomparablement mieux qu'ils n’avoient fait avec leurs feux et leurs parfums. Chacun ayant vu un changement si subit et si surprenant, fut obligé d’avouer que c’estoit une faveur très particulière de Dieu et qu'il estoit juste de luy en rendre solennellement des actions de grâces. Néantmoins Mess'' de Ville trouvèrent bon de différer à s’aquitter de ce devoir, parce qu’ils eurent appréhension que ce mal ne fut pas tellement amorti, qu’il ne put encore se communiquer et faire de nouveaux progrez, de même qu’il avoit

fait l’année précédente, en laquelle Mons’ de Montigny fit au mois de juin le voyage de Nostre-Dame-de-Liesse, avec Mons’ de la Boissière et M" les Eschevins, pour accomplir le vœu que la ville avoit fait d’y présenter son image, faite d'argent, en reconnoissance de ce que, par son intercession, la peste avoit cessé quelque temps en cette année là. Mais quoy? l’Ange exterminateur n’avoit pas encore eu ordre de remettre son épée dans le fourreau ; la justice divine n’ayans pas esté satisfaite, ainsi qu’elle le fut en celle-cy, par la mort de sept mille neuf cents et dix sept personnes, sans y comprendre plus de cent autres, qui s’estoient réfugiées dans les villages voisins.

En effet, depuis le mois de février jusqu’au mois d'avril, il n’y eut (ce semble) aucune personne qui fut prise de ce mal contagieux. D’où Mess" de Ville jugèrent très bien qu’il y avoit lieu d’espérer plutost la continuation d’un si favorable intervalle, que de craindre le retour d’un si funeste mal, et qu’il estoit à propos (sans différer plus longtemps) d'en remercier Dieu. Dez qu’ils en eurent formé le dessein, ils en informèrent Mons’ l’archevesque de Rouen, et cet illustre prélat non-seulement leur écrivit qu’il ne sçavoit assez louer leur zèle et leur piété, mais aussi qu’il avoit une joye toute singulière de ce que Dieu les avoit délivrez du mal contagieux, ayans compati à leurs maux avec toute l’affection possible, comme estans très sensible au bien et aux disgrâces de la ville, ete. Pour ce qui estoit du jour auquel ils s’aquitteroient de ces saints devoirs, il leur marqua le dimanche de Quasimodo, qui estoit le 13 jour d'avril, Si bien que le clergé des deux parroisses, les Pères Minimes et les Pères Capurins joints ensemble, firent ce jour-là

Te 15 . 24

une procession générale, où Mess'"* de Ville et presque tout ce qu'il y avoit d’habitans catholiques assistèrent avec bien de la dévotion.

Peu de jours eprès, plusieurs navires de Dieppe allèrent trafiquer dans les pays étrangers, entre autres le Saint-Jean-Baptiste, lequel, estant retourné de Canada, entra dans le port de cette vilie, le 1 jour de décembre, et la Bergère, qui en fit autant le 3 jour de ce même mois, estant retournée de la Martinique, d’où elle apporta le nommé Matthéo Loppez, qui estoit député-ambassadeur du Roy d’Ardres vers le Roy de France (a), afin d’estre informé de la puissance de Sa Maiesté et de la faire assurer de ses services.

Cet ambassadeur (dont la charge estoit au pays d’Ardres ce qu'est celle de secrétaire d’eslat en France) ayans mis pied à terre au bout du quav, on le reçeut dans un carrosse avec ses trois femmes et ses trois fils, et on le porta dans une des maisons de la ville, au son de sa trompette, qui estoit en forme d’un gros vignot percé par le bout, qu’un nègre qui marchoit devant embouchoit , pour faire seulement retentir Tou Tou, trois ou quatre fois de suite. Cependant quatre autres nègres suivoient le carrosse et srrvoient de valets de pied.

Il resta quelques jours à Dieppe, où il fut défrayé par le sieur Jaques, l’un des directeurs-généraux de la compagnie des Indes Occidentales, lequel se trouva por hazard en cette ville. Lorsque Matthéo Loppez y séiournoit, il alla en l’église de Saint-Jaques; au commencement de la messe qu’il y entendit, il se mit à genoux ettira de son col un chapelet assez grand pour y faire

a) Le sieur Pelhie en l'histoire du nouveau vovage fait en Guinée

trois tours en la manière d’un triple collier. 11 me souvient que lorsqu'il estoit en cette posture et qu'il rouloit son chapelct, il jetta sa veuë sur une image de Saint- Michel et qu'après qu'il eut a;:erçu sous ses pieds la représentation du diable, qui avoit un visage noirâtre, ridé et affreux, il le regarda deux ou trois fois avec étonnement et (sans doute) avec autant de déplaisir que le sieur Delbée en eut, quand le grand Marabou (qui semble estre là seconde personne du Roy d’Ardres) luy fit voir, au coin de la sale de ses femmes, une idole du diable de la hauteur d’un enfant de quatre ans, de couleur blanche, parce (disoit-il) qu'il lavoit ainsi vû plusieurs fois.

Cet ambassadeur ne demeura à Dieppe que jusqu’au huit de ce même mois qu’il en partit pour aller à Paris, suivant l’ordre que le sieur Jaques avoit eu de la Cour, à qui il avoit donné avis de son débarquement. Laissant à part tout ce dont une Relation, qui fut donnée au public, à appris de remarquable touchant la conduite et la fonction de cet étranger, je me contente de dire que, comme ce fut un capitaine dieppois qui l’apporta en France, ce fut aussi un capitaine dieppois qui le reporta en son pays l'an 1671. Il est vray que son embarquement se fit au Hâvre-de-Grâce.

Le vaisseau, dit le Saint-Jean-Baptiste, de 300 tonneaux, dont nous avons parlé l’année précédente, partit encore de Dieppe en celle-ey, sur ja fin du mois de juin, pour Quebec qui est une. des habitations de Canada. Il y porta le sieur de la Boutcillerie, jeune gentilhomme du pays de Caux, lequel avoit deux charpentiers, deux maçons el quatre manœuvres, pour défricher les terres que

le Roy luy avoit données jusqu’à la concurrence de mille

arpens, situez entre les Trois-Rivières et Montreal. IL porta aussi en ce pays-là cent hommes et six vingt filles, qui furent amenées de Paris, dix asnes et anesses, cinquante moutons et brebis, des draperies, des merceries, des couvertures et beaucoup d’autres choses commodes à ceux de la Nouvelle-France, et propres pour la traitte de ce vaisseau, lequel en rapporta à Dieppe, le 10 de janvier de l’année 1672, dix mille livres de peaux de castor, à 4 francs et demy la livre, quatre cents peaux d’orignal, des pierres, du bois, de la poix et beaucoup d’autres choses rares, entre lesquelles il y avoit un orignal vivant et âgé d'environ six mois, uu renard et douze grandes outardes, que le sieur Lusson vint présenter au Roy. En ce même mois (selon un certain Journal) (a), outre le vaisseau dieppois qui chargeoit des eslans et des nappes de cerfs à Rufisque, principale ville du Cap-Vert, il y avoit une longue barque, armée de douze pierriers de fonte et montée par cinquante cadets bien armez et commandez par le sieur du Mesnil de Dieppe, qui cotoyoit le bord de là mer pour découvrir et pour sonder les endroits dangereux ou aisez de la coste de Malabar.

Le 18 d'avril, un fort beau Heu, doré et monté de huit pièces de canon de fonte, apporta à Dicppe Mons’ le duc de Monmouth, fils naturel du Roy d’Angleterre. Ce prince venoit en France, pour y scivir le Roy dans ses armées, en qualité de général de toutes les troupes angloises, escossoises et irlandcises, lesquelles estoient déià auparavant descendues à Dieppe et avoient défilé vers les lieux qui leur avoient esté marquez.

a) Le Journal d'un voyage fait aux Indes Orientales depuis l'an 1671 jusqu’à l'an 1672.

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Au inois de may, Mous' Colbert, secrétaire d'Estat, vint à Dieppe ; à son arrivée il y fut reçeu et harangué par Messieurs de Ville. Les ministres et les anciens du presche se mirent aussi en devoir de luy faire leurs complimens, mais lorsqu'ils furent en sa présence et qu’il eut avis qu’ils estoient Religionnaires, non-seulement il ne voulut pas les escouter, mais même il leur tourna le dos, leur disans qu’ils ne faisoient pas un corps. Le même jour, ce seigneur alla au bout du quay et, après avoir passé au Pollet par le moyen d’un bateau, il fut visiter de près les pallissades dont nous avons fait mention. Le lendemain, il alla voir le havre depuis un bout

jusqu’à l’autre, et ayant passé par la porte du Pont et par (À le Pollet, monta au fort qui en porte le nom, à dessein d’en observer l'assiette aussi bien que l'entrée du port, qui se trouva alors traversée par un amas de gallets que l'on appelle Pouïlles vulgairement. En sorte qu’il trouva bon de faire adiouster, au bout de la pallissade la plus avancée vers la mer, le détour et la teste qui la terminent et qui ont produit des effets aussi avantageux que l’on souhaittoit, tant pour le regard de l'embouchure du port, que pour le regard des Pouïllez, après que, par l’ordre du Roy, ce dessein eut esté exécuté l’an 1675 ou 1676. Ce grand homme ne imanqua pas de considérer s’il y avoit lieu de faire un canal au travers du Pollet et un bassin dans le havre de Dieppe, pour y recevoir les vaisseaux du Roy, selon le dessein que Sa Maiesté avoit formé dez l'an 1666, qu’elle envoya en cette ville Monsieur Berrier, conseiller de Sa Maiesté, Monsieur le chevalier de Clerville, commissaire-général des fortitications de France, et Monsieur Du Quesne, chef d’escadre et depuis lieutenant-général des armées navales de

France et l’un des plus braves enfans de Dieppe. Enfin, ensuite de ces visites et d’un léger repas, Mons’ Colbert partit de Dieppe et alla le même jour coucher à la ville d’Eu.

Ce qui se passa encore de remarquable à Dieppe fut que, vers la fin de cette année, deux Pères jésuites, qui avoient fait une celèbre mission pendant l’espace de deux mois, la terminèrent par la solennité de la canonization de saint François de Borgia, laquelle fut commencée par une procession que les deux parroisses firent par la ville au bruit du canon du château. La bannière du saint y fut portée, et en toutes les autres qui furent réitérées {ous les jours de l’octave avec beaucoup de dévotion, spécialement en la dernière, en laquelle le Saint-Sacrement fut porté, estant accompagné de plus de 80 prestres revestus de chappes, précédé de toutes les confrairies de la ville et suivi de Monsicur le Gouverneur, de tous les corps et d’une très grande foule de peuple. A quoy les panégvyriques, qui furent prononcez chaque jour, contribuèrent sans doute beaucoup, aussi bien que les beaux et les forts sermons des missionnaires.

Le vaisseau, dit le Saint-Louys, estoit cependant en mer, mais comme le Roy avoit déclaré la guerre aux Estats généraux des provinces unies des Pays-Bas, tant par mer que par terre, et enjoint à tous ses suiets de courir sus, etc., selon son ordonnance qui fut publiée à Paris, le 7 d'avril 1672, les ennemis se mirent aussi en estat d’en faire autant aux suiets de Sa Maiesté. De sorte que trois frégates Holandoises ayans rencontré le Saint- Louys, qui alloit à l’isle de Saint-Domingue, elles l’attaquèrent avec toute la vigueur possible ; mais ce vaisseau Dieppois se deffendit si bravement, que les frégates qui

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estoient de 18, de 12 et de 8 pièces de canon ét avoient bien du monde, furent néantmoins contraintes de se relirer, avec perle de plusieurs de leurs gens, et de laisser le Saint-Louys qui continua sa route et enfin arriva en celle isle, d’où il retourns après au port de Diepae, le 9 de septembre 1673, chargé de 8,000 roles de petun, de 1,300 cuirs et de 14,000 bastons de bois de campige.

L'année suivante, les Estaits généraux des provinces unies des Pays-Bas eurent dessein d'exécuter une entreprise beaucoup plus avantageuse, lorsque, pour faire que la France fut le théâtre de la guerre, ou du moins détourner de leurs provinces les armes du Roy, ils mirent en mer (au temps que nous marquerons) une armée navale, sous la conduite du lieutenant-amiral Ruïter et du lieutenant-amiral Tromp, qui estoient leurs plus expérimentez capitaines, Elle estoit forte de 60 navires de guerre de 80, 70, 60, 50, 46, 40 et 32 pièces de canon, et de cinquante-deux autres vaisseaux, tant galiotes que brülots et autres bâtimens, destinez pour transporter environ mille bons soldats du comte Horne, et cent chariots qu’on avoient construits pour couvrir la cavalerie en rase campagne. Mais il arriva (selon que nous verrons dans la suite) que cette grande levée de boucliers fit plus de peur que de mal, le Roy ayans donné de bons ordres partout et fait mettre les frontières en estat de se bien deffendre avec ce qu’elles avoient de forces. Pour le regard de Dieppe et des lieux des environs, je diray que l’on y fit faire des reveuës ; ja première fut celle des trois compagnies des habitans du Pollet, lesquels se trouvèrent au nombre de 400 hommes, qui commencerent, environ le 18 ou ?9 d'avril, à monter

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au fort de ce fauxbourg. La ? fut celle des bourgeois de ‘ Dieppe, lesquels se trouvèrent au rendez-vous au nombre d’environ trois mille hommes seulement, tant à cause que l’on avoit rempli de gens de mer trois barques et trois chaloupes armées en guerre, pour donner la chasse à une frégate d’Ostende, qui avoit osé venir à la rade et y poursuivre, à la veuë de cette ville, les navires de ses habitans, qu’à cause que plusieurs autres estoient dispersez de tous costez, afin d’aider à sauver les biens de leurs amis que les ennemis de l’estat vouloient piller. Le dimanche 29 du même mois, une autre reveüe fut faite des paysans des 28 villages voisins. Comme ils avoient esté destinez pour garder la coste, ils furent envoyez, chacun à leur tour, aux embouchures des rivières et aux autres | endroits, où l’on avoit suiet de craindre quelque des- | cente.

Monsieur le duc de Roquelaure, un des premiers seigneurs de la Gascongne, ayant eu ordre du Roy de venir commander en la Normandie, en l'absence de Mons’ le duc de Montausier, qui en estoit Gouverneur, arriva à Dieppe le lendemain, accompagné de Mons’ de Montigny, qui avoit esté à sa rencontre avec ses gardes à cheval et environ soixante et dix tant gentilshommes que bourgeois assez bien montez. Ce seigneur estoit dans un beau carrosse, tiré par huit bons chevaux, suivi d’un

: chariot et de six grands mulets de bagages, de six gardes, couverts de casaques rouges garnies de galon d'argent, et de six valets de pied, couverts d’estofes de

cette couleur. Presqu’aussitost qu'il fut entré dans la ville, entre les huit compagnies de bourgeois, il se mit en devoir d’en visiter la situation, les murailles, les tours et Ics châteaux, et le tout lux avant semblé bien

avantageux et assez bien remparé, il témoigna que cette ville estoit capable de résister aux ennemis et qu’il en avoit vû de moins fortes, lesquelles avoient soutenu les efforts de ceux qui avoient entrepris de les attaquer. Néantmoins, parce que la boquée, ou chaussée de la mer, estoit occupée depuis un bout jusqu’à l’autre, en partie par les corderies et en partie par les jardins de certains particuliers, il commanda de les faire abbattre, suivant que le Roy l’avoit ordonné dez l'an 1667. Si bien que les propriétaires de ces maisons et de ces jardins furent contraints de les démoïir et de les ruiner, et de donner lieu par ce moyen à Messieurs de Ville de faire aplanir la chaussée en forme de glacis.

Au reste, on s’appliqua tellement à mettre la ville dans un meilleur estat, que, pendant la plus grande partie du mois de may, six cents hommes furent employez, nonseulement aux glacis, dont nous venons de faire mention, mais aussi à réparer certains endroits des murailles, à y faire des embrâsures, à fermer de certaines portes avec de la maçonnerie du costé du quay et du costé de la mer, à couvrir d’une demye tour la porte de la Halle et celle du pied du Moulin-à-Vent, à porter du canon sur les rampars de la mer et des marais, sur le ravelin du grand pont et dans le petit fort de Montigny, qui commande sur l'embouchure du port, à vuider les fanges du fossé, qui est vers les prairies, et à clorre de ce costé-là, avec une forte pallissade, l’espace du rampart qui estoit sans muraille depuis l’esperon jusqu’au corps de garde.

Pour ce qui est des pallissades qui furent faites sur le bord du fossé, du costé de la mer, elles furent plantées, depuis la porte du Moulin-à-Vent jusqu'à la porte Sailly, devant laquelle, aussi bien que devant les quatre

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