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de 150, les autres retournèrent en leur logement, sans faire aucun effort digne de gens de cœur. Le comte d'Auvergne, accompagné des sieurs de Richelieu, du Pont-de-Panne, Marcilly et Pluvinel, fit icy un très heureux combat ; car, avec ses chevaux-légers, il défit cent hommes d'armes, et mit en déroute trois mille hommes de pied qui venoient loger à Martin-Eglise, dont quatre cents demeurèrent estendus sur la place, et dix-sept capitaines furent faits prisonniers. Davila a remarqué (a) que le mareschal de Biron, ayans alors gagné la Maladerie, fit faire en diligence de fort grands retranchemens, et qu’il y mit douze compagnies de Suisses et trois cents harquebuziers françois ; il adioute que ce mareschal ne s’y fians pas entièrement, il voulut qu’on fit encore plus bas une autre grande et haute tranchée, éloignée de la première un peu moins de cinq cents pas, dans laquelle il fit entrer les Suisses de la garde du Roy. Ce qui fut exécuté d’autant plus à propos que le duc de Mayenne, ayans fait reposer ses troupes pendant trois jours, retourna à Martin-Eglise, le 21 jour de septembre, et que, s’estans résolu de forcer les tranchées, non-seulement il encouragea ses gens à faire leur devoir, mais aussi fit son ordre de nuit, sans battre le tambour ni sonner la trompette, pour passer la rivière. Le même autheur a aussi fait mention qu’il fit, cette même nuit, reconnoitre le Pollet, et qu’il fut trouvé si bien fortifié, et les forts si bien défendus de la ville, qu’il fut jugé presque inaccessible de tous cotez.
Le Roy, qui en estoit parti dez le soir, et estoit retourné sourdement et en grande diligence à Arques, y
(41 Davila, en son His
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disposa avec un merveilleux ordre tous ses soldats. Le Grand-Prieur avec les chevaux-légers, les sieurs de l’Archant et de la Force, avec leurs compagnies de lances, furent mis aux avenues des ponts ; et les autres au lieu de la plaine où l'infanterie françoise avoit pris poste parmi la vase et les marais; plusieurs autres estans au bas du chemin de la colline gauche, qui estoit occupée par le duc de Montpensier, par la noblesse et par les compagnies de Rambures, de Hallot et de Mignonville ; et d’autres encore sur la même colline, où estoit le mareschal de Biron avec un escadron de Suisses soutenu par les harquebuziers. L’artillerie d’Arques estoit toute tournée du costé de la plaine, vers la seconde tranchée, derrière la Maladerie, et le colonel Galati regardoit les ennemis de front, en sorte que de là les Suisses avec leurs mousquets pouvoient battre et incommoder beaucoup l’armée de la Ligue à mesure qu’elle descendroit.
L’autheur des Mémoires de M. le duc de Sully, dit, entre autres choses (a), que le Roy sépara la cavalerie, en deux, et mit 300 chevaux auprès de sa personne au dessus du chemin qui traverse les terres labourables voisines de la forest, et environ autant au dessous, à costé du grand marais qui est à main gauche; et que Sa Maiesté entra elle-même en garde dez le soir, craignant que l’ennemy ne fit un effort pendant l'obscurité pour gagner le bout de la chaussée, distante d’une demye lieue de Martin-Eglise. La nuit toutefois s’estant passée sans alarme, le Roy, à la pointe du jour, se fit apporter à déiüner dans une grande fosse, où il fit asseoir en rond toutes les personnes de qualité, dont M. de Sully estoit du
(a) Les Memorres de M de Sully, au chap 28 du premier tonu
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tomates. 17%
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nombre. Mais comme chacun déiünait de bon cœur, pensans s’en aller prendre du repos après ce repas, on commençÇa de donner une alarme bien chaude; car les vedettes perdues avoient reconnu que toute l’armée ennemie se rangeoit en ordre de bataille, et le sieur de Belin, qui s’estoit avancé jusque dans la forest d’Arques et avoit esté pris et amené à Sa Maiesté, luy dit que dans deux heures il auroit sur les bras trente mille hommes de pied et dix mille chevaux, et qu’il ne voyoit pas là des forces suffisantes pour leur résister. Celuy qui a composé ces Mémoires, et qui estoit présent à tout ce qui se passoit au camp, témoigne que Sa Maiesté lui répartit agréablement : « Vous ne les voyex pas toutes, Monsieur de Belin ; car vous n'y comptex pas Dieu, ni le bon droit qui m'assistent. » Si bien qu’incontinent après, chacun fut obligé d’aller au lieu qui luy avoit esté marqué, et s’y mit en la meilleure posture qui luy estoit possible. Le duc de Mayenne, estant venu de grand matin pour assaillir le bourg d’Arques et la Maladerie que les royaux avoient fossoyée et garnie de gens de guerre (a), et ayant trouvé ses ennemis si bien en deffence, pour ne combattre tout d’un temps au désavantage des siens et contre une armée qui estoit si ferme en ses ordres et toute preste à donner, se résolut incontinent à faire retraitte (b); car l'expérience lui apprenoit qu’il n’y avoit aucun moyen de traverser la plaine et de monter à la colline gauche, si l’on ne gagnoit premièrement les deux tranchées du Roy, lequel, d’un lieu haut et élevé, nuisoit beaucoup à ceux d’en bas et battoit en ruine dans la campagne. Ce chef de la Ligue estant retourné au
a) Selon Dupleix, -- (b\ Davila, au livre 10.
se
logement de Martin-Eglise, pour tenir le Roy dans l’incertitude et empescher qu’il put reconnoître de quel costé il vouloit donner, fit faire plusieurs escarmouches, tantost vers le Pollet, tantost vers les tranchées. Mais, le vingt et unième de septembre, il se résolut de tenter fortune (a), et commanda pour cet effet au comte de Belin, l’un des mareschaux de camp, qu'avec le régigiment Alleman du comte Jacques de Collate, et les régimens d'infanterie de Tremblecourt et de la Chastaigneraye, il allât tout droit investir la Maladerie [où est la chapelle Saint-Etienne] (1) pour commencer l'attaque par cet endroit là. Le comte mena ses gens le plus secretment qu’il put par un chemin couvert et mal aisé, jusqu'à ce qu’il se vit assez près des tranchées. Mais les Allemans, lassez du voyage et de la difficulté des lieux, outre qu’ils jugeoient que l’attaque ne se feroit qu'avec peine à cause de la hauteur de la tranchée, s’avisèrent d’avantager leur entreprise par le moyen de l’addresse, si toutesfois la tromperie se peut ainsi appeler. Ils mirent donc leurs chapeaux sur la pointe de leurs piques, et, en levant les mains, donnèrent à connoître par là que leur dessein estoit, non pas d’assaillir et de combattre ce poste, mais de se jeter dans le parti du Roy (2). Ce que les autres ayans cru d'autant plus facilement que le bruit couroit partout qu’ils ne cherchoïieni qu’à se révolter parce que le duc ne les payoit pas, les lusserent venir jusqu’à la tranchée sans les empescher et sans leur faire aucun mal. Après qu’ils y furent arrivez et qu’ils eurent
(a) Davila, là même.
(1) Cette note a été anciennement ajoutée à la marge du MS. (2) Remerquez ce stratagème ignoble, renouvelé depuis par d’autres Allemané“s.
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confirmé de bouche ce qu'ils avoient fait entendre par signe, ils furent aidez à monter sur la tranchée par les soldats de la même nation qui leur donnèrent la main. Néantmoins, ils ne furent pas plutost en haut que, tournans la pointe de leurs piques et des armes plus courtes, ils se mirent à charger les Suisses et les François, qui qui, pour n'avoir appresté leurs mousquets ni leurs harquebuzes, se voyans ainsi surpris et (comme ils disoient) trahis et assassinez, tournèrent le dos sans résistance, et ainsi, pleins de terreur et de confusion, commencèrent à prendre la fuite vers le penchant de la colline, pensans être plus en seureté dans la plaine. Tremblecourt et la Chastaigneraye, divisez en deux escadrons volants, voyans ce commencement, sortirent du bois aussitost, et, sans perdre temps, coururent à toute bride vers la même tranchée, où, s’estans mis à costé du bataillon Alleman, donnèrent ensemble avec chaleur sur la seconde tranchée, leur courage et leur fougue s’augmentant par le bon succez que leurs gens venoient d’avoir. Cependant le mareschal de Biron estoit là accouru, pour encourager le colonel Galati à la deffence des retranchemens, mais, par la surprise de la Maladerie, l’attaque fut si soudaine et si rude que les Suisses des gardes commencèrent à plier, et le mareschal de Biron fut jetté en bas, tellement que ce poste fut gagné par les ennemis avec une incroiable vitesse.
Le duc de Mayenne, ayans appris que les siens avoient bien commencé, ne voulut pas négliger une si belle occasion d’aller plus avant. Il commanda pour cet effet au duc de Nemours et au comte de Sagonne d’avancer avec leurs chevaux-légers à la main droite des tranchées que
l’on avoit gagnées, et au duc d’Aumale de tirer à gauche avec douze cents chevaux; et luy, par même moyen, autant que l'assiette du lieu le put souffrir, suivit avec le reste de l’armée divisé en plusieurs escadrons.
Le Roy, qui estoit bien fâché d’avoir inopinément perdu les tranchées et voïoit que la nécessité l’obligeoit de combattre à toute force, incita par des paroles puissantes le duc de Montpensier à s’en aller contre le duc d’Aumale, et le Grand-Prieur à charger d’un autre costé le duc de Nemours et les chevaux-légers de la Ligue (4). Alors le Grand-Prieur, jeune d’années, mais désireux de gagner de l'honneur et de faire quelque hardy coup de sa main, pour vanger en quelque manière la mort de Henry IIT, se mit à la teste de sa compagnie, et, baissant en même temps la visière de son heaume, commença de galoper contre l’ennemy (1); mais, dez lors qu’il eut
(a) Davila, là même.
(1) Le Grand-Prieur, dont il est ici question, n’est autre que le jeunc comte d'Auvergne, depuis dac d'Angoulême, qui nous a laissé de la journée d’Arques un récit très-détaillé, mais écrit seulement de mémoire cinquante-huit ans après les événements qu'il relate. Voici comment il rapporte sa rencontre avec Sagonne : « Je chargeay Sagonne, lequel je reconnus monté sur un cheval turc nommé le Mosquat, armé d'armes argentées à bain, et un petit manteau d'écarlate. L'appelant au combat, il me cria : Du fouet, du fouet, petit garçon! et venant à moy, il perça mon cheval, qui estoit d'Espagne, depuis l'épaule droicte jusques sous la bande gauche de la selle, de sorte que ne pouvant retirer son épée qui estoit un cstoc que j'ay encore, il fut contraint d'arrêter quelque temps, ce qui me donna le moyen de luy tirer mon pistolet à la cuisse droite. »
Cf. Deville, Hist. du Château d’Arques, ch. x; et R. d'Estaintot, La Ligue en Normandie, pp. 8 et suiv.
Nous espérons donner un jour, dans la Bibliothèque Dieppoise, une série de documents permettant de reconstituer le récit le pius complet et le plus détaillé de la bataille d'Arques. Les précieuses collections de la Bibliothèque Nationale renferment notamment deux relations de ce combat, rédigées l'une par un Royaliste et l’autre par un Ligueur, qui
apperçu le comte de Sagonne, qui menoit un escadron de cavalerie, il l’appella par son nom et luy présenta un défy. Le comte l’accepta aussitost avec un courage résolu, et ainsi l’un et l’autre se chargèrent si vertement que le Grand-Prieur chancela deux ou trois fois et fut sur le point de cheoir d’un coup de pistolet qu’il reçeut audessous de la visière de son heaume ; mais enfin le comte de Sagonne, blessé de deux bales au costé et à la cuisse gauche, tomba mort de dessus son cheval. La cavalerie du Roy ne témoigna pas moins de valeur que son capitaine à donner dans celle des ennemis. Toutesfois le nombre en estoit si grand (jouit que pour le soutenir le duc de Mayenne avoit envoyé en queue deux compagnies de Reistres) que ceux du parti du Roy furent contraints de faire retraitte. Et parce qu’en la faisant ils ne laissèrent pas de s’opiniâtrer à la résistance, ils se trouvèrent poussez de fuire jusqu’au bas de la colline, sur le point que l'artillerie d’Arques y arrivoit pour deffendre les siens et arrêter la violence des ennemis dans la chaleur de ce combat, qui de part et d’autre fut rude et sanglant et où Bacqueville, lieutenant général du Grand-Prieur, fut tué. D'ailleurs, le duc de Montpensier, ayant fait rencontre des fuyards qui avoient abandonné les tranchées, d’où ils se retiroient avec précipitation du costé de la plaine, fut si fort choqué et mis en désordre, qu’il eut toutes les peines du monde à se développer (sic) de cet embarras; et, quoyqu’il fut là venu à dessein de se mesler dans l’escadron que conduisoit le duc d’Aumale,
n'ont point été publiées. Mais le Journal d'Estancelin a malheureusement échappé jusqu'ici à toutes les recherches. Quelques lignes d'Asseline, que l’on verra plus loin, prouvent que de son temps déjà ce précieux manuscrit avait beaucoup souffert.
il ne le fit pas néantmoins, mais s’espouvantant à cause du grand nombre de gens, se mit à faire des caracols et à donner le coup de pistolet en se retirans avec ses gens par le bas de la colline, où la cavalerie le poursuivit furieusement à toute bride.
Cependant le Roy, qui se trouvoit entre ces deux tro.ses, et qui, pour donner ses ordres, s’estoit avancé sans y penser jusqu’à la colline gauche, se vid si fort engagé au milieu des ennemis, qu’estant presqu’abandonné de tous et ne pouvans se résoudre à la fuite, se croioit perdu. Tellement que par cris, par prières et par menaces, il s’efforçoit tantost d'arrêter l’un, tantost de remettre l’autre, se plaignant tout haut de ce qu’en toute la France il ne se trouvoit point cinquante gentilshommes qui eussent assez de résolution et de courage pour mourir avec leur Roy (a). A vray dire, il n’y eût personne qui n’avouât que si le duc de Mayenne se fut avancé assez à temps avec le reste de l’armée, le Roy eut esté défait ce jour-là, et tous ses gens avec luy ; mais comme il conduisoit la cavalerie par un chemin difficile et plein d’embarras, l’appréhension qu’il avoit de la mettre en désordre le faisant marcher lentement pour en revoir les files donna temps au Roy de se remettre. Car cependant le seigneur de Châtillon, avec deux régiments d'infanterie françoise, quitta la colline gauche où du commencement il s’estoit logé; puis, attiré par l’extrême péril où il voioit ceux de son parti, il s’en alla [le] plus viste qu’il put du costé de la bataille, et alors crians au Roy : Courage, Sire, nous voicy pour mourir avec vous ; il chargea si vertement le régiment de Trem-
(a) Selon Davila et selon le Journal du sieur Estancelin, lequel en à parlé en ces mêmes termes.