‹ Les antiquitez [sic] et chroniques de la ville de Dieppe [microforme]Chapitre 6 sur 61 · REX · texte numérisé non relu

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blecourt et de la Chastaigne”ave qu'ayant fait prisonnier le comte de Belin avec le colonel des Lorrains et taillé en pièces plus de trois cents des leurs, il chassa les autres hors des tranchées. Ainsi la face des choses changea en un moment. Quant au mareschal de Biron, après qu’il fut sorti hazardeusement d’entre les mains des ennemis, il arrêta, avec le colonel Galati, les Suisses fuyards, lesquels, retournans sur leurs pas avec autant d'assurance et de fidélité qu’ils avoient eu haste de s’enfuir auparavant, s’en allèrent joindre Châtillon, qui avoit déjà pris la première tranchée et se remettoit en ordre pour donner l’assaut à la Maladerie.

Le Roy, s’estans luy-même courageusement avancé jusqu’en ce lieu-là (a), y fit mettre pied à terre au baron de Biron et à environ cent gentilshommes, qui estoient accourus de divers endroits pour se ranger près de luy, et, les ayans mis aux premières files de son infanterie, leur dit qu’ils donnassent en même temps dans la tranchée. Cet assaut, qui dura bien un quart d’heure, fut sanglant et furieux ; mais les lanskenets de Collate, aussi lassez du combat que du chemin et chargez de toutes parts, plièrent enfin; il en demeura plusieurs sur la place, et les autres, estans repoussez ou chassez, abandonnèrent le poste de la Maladerie, les piques des Suisses et les mousquetades des François les hastans de fuir avec autant de vitesse qu’ils avoient eu de ruse et de facilité à les surprendre.

Pendant que tout se passoit ainsi (b), le Roy, dont la merveilleuse diligence pourvoioit partout au besoin, courut à la teste du duc de Montpensier, suivi de soixante

(a) Le mème Davila, -- (b) Le même Davila.

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chevaux qu’il avoit ramassez avec grande peine, et s’en alla vigoureusement attaquer l’escadron du duc d’Aumale, qui déjà couroit en bas de toutes parts, comme maistre de la campagne. Si bien qu’après trois quarts d'heure de combat opiniâtre, il passa d’un bout à l’autre au travers de ses gens, et le mena battant jusques au haut de la colline. D’un autre costé, le Grand-Prieur, qui avoit esté contraint de se retirer, estant secouru au besoin par les compagnies des lances de l’Archant, de Montataire et de la Force, qui estoient passées les dernières à la bataille, fit en même temps tourner le dos à la cavalerie légère de la Ligue, et ainsi elle se retira à toute bride sur le chemin qui menoit à Martin-Eglise ; ce qui fit que le duc de Mayenne, après avoir considéré qu’il se faisoit tard, que ses gens estoient lassez de combattre, que les munitions de guerre que l’on avoit esté contraint de laisser derrière à cause des incommcditez du chemin ne paroïssoient point et que l'infanterie en manquoit, ayant employé ce qu’elle en avoit à combattre toute la journée, fit sonner la retraitte et se rendit à son premier logement.

Celuy qui a composé les Mémoires de M' de Sully à dit (a) que, lorsque les choses estoient désespérées, un brouillard qui avoit esté espais tout le matin s’abaissa tout à coup, et que le canon du château d’Arques, découvrant l’armée des ennemis, il en fut tiré une volée de quatre pièces, qui firent quatre belles ruës dans leurs escadrons et les arrêtèrent tout court; et qu’enfin, trois ou quatre volées suivantes, ayans produit de merveilleux effets, les mirent tellement en désordre qu’ils furent obligez de se retirer en leurs quartiers.

(a) Les Memoires de Monsieur de Sully, au chap. 28 du tome premier.

Après une fortune si diverse et des succez si dissemblables à leur commencement (a), les plus expérimentez ne doutèrent point que la victoire ne fut demeurée du costé du Roy, puisqu'il avoit deffendu ses postes et empesché les ennemis de passer sur la colline d’Arques, en quoy consistoit leur intention principale. Aussi Sa Maiesté s’en reconnut redevable au ciel comme d’une faveur très-insigne, et, pour n’en pas demeurer ingrate, elle voulut luy en faire rendre solennellement des actions de grâces, commandant (selon l’autheur du Journal) (b) que l’on fit pour ce suiet des processions à Dieppe. Ce même autheur adioute qu’elle loua grandement la fermeté et la valeur des Suisses, et qu’elle but à eux une verrée de vin, les appelant ses bons compères. Néantmoins, bien que les choses se fussent ainsi passées à l’avantage du Roy, le duc de Mayenne ne laissa pas de publier hautement que le succez en avoit esté avantageux pour luy-même (c), confirmant son dire par une cornette et trois drapeaux qui furent portez à Paris avec beaucoup d’osteatation, comme si ses soldats les eussent gagnez à la prise de la tranchée ou en quelque autre occasion de cette dangereuse et fameuse journée d’Arques, et lorsque (selon que le sieur Estancelin a attesté et juré dans son Journal) (d) toutes les enseignes du Roy estoient gardez en sa maison de Dieppe. D'où l’on peut aisément juger combien l’on apportoit d'artifices pour amuser les Parisiens, après que les veines de la Ligue eurent espanché à ruisseau (ainsi qu’a dit le sieur du Chesne) (e) le sang et la valeur qui maintenoit son enbonpoin (sic.)

(a) Davila, au lieu sus-allégué. -- (b) Le sieur Estancelin, en son Journal, -- (e) Davila, là même. -- (d) Le sieur Estancelin dans son Journal. -- (e) Le sicur André du Chesne, en son livre des Antig. et recherches des principales villes de France.

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En effet, (selon Davila) il y eut (sans y comprendre ceux dont nous fairons mention) plus de six cents hommes qui furent tuez sur la place, entre lesquels on compte le sieur de Sagonne et le baron de Saint-André, et deux cents seulement du costé du Roy(1). Quant aux troupes de Sa Maïesté, elles eurent (sans doute), outre la gloire et les louanges d’avoir bien fait, une bonne part des vivres et de l’argent que le sieur de Stafort, ambassadeur de la Reine d'Angleterre, apporta à Dieppe, le samedy 23 de ce même mois de septembre (a).

Le duc de Mayenne ayant résolu la nuit suivante (b), ou (comme porte le Journal) le dimanche 24 de septembre, de faire un dernier effort afin de chasser le Roy ou bien de le tirer hors de ses postes, sortit des villages dans lesquels son armée s’estoit logée et alla passer à l’autre costé de la rivière, par des chemins d’autant plus longs et plus difficiles qu’il luy fallut faire, au delà de ia forest et de ce bourg, un circuit de plus de quatre lieues. En sorte qu’après trois divers logemens, il arriva seulement le 26 de ce mois à la veüe de

(a) Selon le Journal du sieur Estancelin. -- (b) Davila.

(1) La reine d'Angleterre se tenait fort au courant des affaires du roi de France, aussi dès le jour même de la bataille d'Arques un de ses correspondants informait-il du résultat le ministre Walsingham : « Cejour- « d’hui, écrivait-il, il s’est fait un grand effort [de l'ennemi] au quartier « du Roy, où il a été reçu de mesme, car on tient qu'il est demeuré plus « de cinq cents des siens. Le Roy y a combattu à pied et à cheval; le « sieur de Basqueville y a esté blessé; on attend ici de jour à autre les « Ecossais. »

On attendait aussi de l'argent et des vivres dont Beauvoir la Nocle, envoyé du Roy près d'Elizabeth, s'efforçait de presser l'envoi : « Comme c'est dommage, disait-il, que nous ne sommes habillés en Cordeliers, car nous demandons toujours. » H. de la Ferrrière, La Normandie à l'Etranger, p. 258-259.

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