‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 103 sur 156 · Martial reproche k Javénal sa rie de sollicitear · texte numérisé non relu

Martial reproche k Javénal sa rie de sollicitear

Sudatriz toga te ventilât. XII, 18.

2. Voy, Martial, qui invente même un mot pour exprimer le malbear de Bouper chez soi : triste domicanium. Y, 78 ; voy. aussi Lucien, de Mereede eanductis ; S omnium sire Gai lus, p. 710; (/« Parasitis, p. 788 ; de Morib. phiiosoph., p. 20, 21. - Sur la haine du parasite grec contre le parasite romain, haine que lui rend bien Juvénal, voy. Lucien, dé Merced, eond,, p. 245. — Sur les ombres, Horace. Sat,^ II, Tui, 22; Bp,, L ▼, 28; Plutarq., Propos de table, VII, 2, VIII, 8.

3. Sur cette différence de régime, voy. Martial, IH, 80. — A« contraire, Pline, ci-dessus, 1. 1, p 445-448.

HÉsuMÉ DE l'Époque antonine. 313

état et qu*elle aimait beaucoup. Aux jours où jouait ce personnage, les courtisans de la succession étaient tous à leur poste au théâtre, allant, venant, criant, applaudissant, puis en hâte ils couraient à la maltresse lui décrire les gestes et les succès de son favori. Elle ne s'y laissa pourtant pas prendre, et quand elle mourut, elle légua des bagatelles à ces amateurs de théâtre, laissant toute sa fortune à un héritier qui n'allait jamais au spectacle ^.» Puisque je parle des spectacles, qu'il me soit permis d'ajouter combien, dans la passion qu'on y mettait, il y avait d'abaissement pour la dignité humaine. Les professions théâtrales, on le sait, étaient légalement infâmes ; le pantomime était flétri ; le gladiateur était, selon les bienséances traditionnelles, le dernier des hommes, quelque chose de pire que le bourreau et â peine meilleur que le sicaire. Et ce jugement de Topinion sur les hommes de la scène n'était pas, il faut le dire, trop sévère : d'autant qu'à cette époque de décadence, (comme â notre époque, ce que la scène avait eu de plus élevé, la tragédie de Sophocle et la comédie de Ménandre, était en plein discrédit. Mais, malgré ce jugement de l'opinion, il y avait des hommes libres, des ingénus^ des citoyens romains, des chevaliers, des sénateurs, des matrones, des consulaires, pour choyer, entourer, accompagner Thistrion, pour faire queue dans Tantichambre du pantomime, pour s'éprendre du gladiateur ou du cocher, pour Tencourager, pour l'imiter, pour monter sur les chars ou pour descendre dans l'arène en face de lui ou â sa place, quelquefois par besoin, mais quelquefois aussi par goût et par

1. Pline, Bp, YII. 25, YIII, 18. Bar les chasseurs d'héritage, Toy. Horace, 5a^, II, v; Ju vénal, Sai., 111, V, XII ; Épiclète, tn Ârrian^ IV, 1 ; Lucien, Dialogue des morts, p. 118, 122.

31 i LTVRB Yll — CONCLUSION.

passion. Et^ indépendammeot de ces fous déjà très-nombreux, on voyait tout le monde, on voyait l'opinion ellemême, malgré les jugements de l'opinion, adorer les spectacles tout en méprisant les acteurs, que dis je, adorer les acteurs eux-mêmes en les méprisant. On poussait jusqu'au délire cette rage du spectacle, symptôme des peuples en décadence que rien de vrai n'a plus le pouvoir de passionner. Ces Romains, muets au Forum, vociféraient au tbé&lre ; ne se battant plus sous les drapeaux pour leur patrie, ils se battaient au cirque pour la couleur d'un morceau de drap * . On prenait parti au théâtre pour tel pantomime, à l'amphithéâtre pour tel Thrace ou tel UirmlUon, au Cirque pour tel cocher ou tel cheval ; et le sang romain, qui ne coulait plus guère sur les champs de bataille, se mêlait là au sang des gladiateurs ou au fumier des chevaux. Les hommes les plus graves cabalaien tau théâtre, {favere^ oxoudàCfiv). Épictète* nous peint un procurateur d'Épire qui, pour faire plus de bruit, faisait vociférer avec lui tous ses esclaves, provoquait le public et était bafoué par ses administrés ; du reste cela arrivait même aux empereurs. Épictète nous peint encore un homme qui, voyant courir au cirque un cheval qu'il aime, ému, ne peut plus regarder, cache sa tête sous son manteau ; puis, quand on lui annonce que son favori a gagné, se trouve mal de joie. A la mort de [Félix, cocher de la foction rouge, un de ses admirateurs se jeta sur le bûcher où Ton brûlait son corps, et ce suicide fit tellement honneur à son parti que le parti contraire ^éprouva le besoin de le décréditer ; il prétendit que cette mort n*était pas

t. NuDc fa?or panno, panoum amani Piin%, Ep,, IX, 6. 1. UI, 4

RÉSUMÉ Dl L*ÉPOQUS ANTOVIIfE. 315

volontaire et que l'homme avait été asphyxié par les par* furas^ Cette passion du cirque et du théâtre a été, dans rempire romain» de toutes la plus universelle, puisque nulle condition n'y a échappé ; de toutes la plus durable» puisqu'elle a survécu même au paganisme et s'est continuée pendant des siècles dans fiyzance. On peut la tenir pour un des grands signes de la décadence. .

En tout cela, si ces divers genres d'abaissement et de dégradation ne flétrissaient que les esclaves, les pauvres, les prolétaires, on les plaindrait. Mais c*est l'homme libre et le plus libre, le citoyen, le riche, le puissant, l'orgueilleux qui s'avilit ainsi. U aurait honte de s'humilier, et il se dégrade. C'est un consulaire, qui fait, aux pieds d'un sale vieillard, le métier de captateur d'hérédité, essuie la bave de sa bouche et lui répète qu'il est le plus beau des hommes, dans l'espoir d'être un jour couché sur son testament. Ce sont des sénateurs et des matrones auxquels il faut défendre par des lois répressives d'accompagner pour leur faire honneur les pantomimes dans la rue ou de com« battre dans Tarène à côté des gladiateurs. La dégradation est d'autant plus complète qu'elle est moins obligée.

En ce siècle, enfin, malgré les incontestables progrès que nous avons signalés, on n'était pas humain. L'escla*^ vage subsistait, et quoique les princes en eussent adouci certaines conséquences, ils en laissaient d'autres se maintenir. — Tel, le droit de torture juridique contre tout esclave, non pas seulement accusé, mais témoin ; de sorte que, dans une enquête criminelle ou même civile, on n'interrogeait pas un esclave en justice sans le mettre sur

I. Invenitur in actit... unum e faTentibu. etc. .. Pline, Hift. nal., VU, 53, Si.

346 LTVRE Vir. — CONCLUSION.

le cbevalet, et que, dans un inventaire après décès par exemple, le tortureur était aussi indispensable que serait chez nous le notaire ou le conlmissaire-priseur^ Marc Aurèle lui-même admet et confirme ce droit de torture *. — Telle, la peine de mort contre tout esclave qui s'était introduit dans Tarmée *. — Telle encore la peine de mort contre tout esclave vivant dans la maison où son maître avait été tué *. Quant aux affranchis, la question était douteuse. Dans une affaire de ce genre qui se présenta au sénat, les esclaves ayant été, comme de juste, envoyés en masse au supplice, les gens sévères voulaient en faire autant pour les aSt*anchis; le doux Pline proposa de les mettre seulement à la torture et, s*ils n'avouaient rien, de les absoudre; le sénat, moins sévère que les premiers opinants, ne fut pas aussi débonnaire que Pline, et se contenta d'exiler* ; quant à Trajan, il voulut régler la question pour l'avenir et décida qu'esclaves et afiï'anchis seraient nonseulement torturés, mais mis à mort, à moins qu'ils ne prouvassent qu'ils avaient tout fait pour défendre leur

1. Le Digeste, 2, { 11. 12, { 19, 21, de (fussUonitm (XLYIII, iH\ cite des rescrits de Trajan qui menlionneot ce principe du droit. H y en a d'autres d'Hadrien.

2r'Ii établit que la torture peut être renouvelée. Dig., 16, pr. de Qusslionib, (XLVIIi, p. 18). — Que reaclaye (par exception aa principe ancien) peut être torturé pour porter témoignage contre son

quand ^ , . ^

appartenant à une ville peut être soumis k la torture quoiqu'un citoyen de la ville soit intéressé dans l'enquête (Dig. 6, 1 1, de divisionererum.) (I, 8).

S. Pline, Ep, X, 38.

4. Voy. Paul., Sent., III. 6. Dig. ad S, C. Silanianwn (XXIX, 6} ; Cod. quiinis ut indignis. J'ai parlé de cette loi et d'une de ses plus atroces applications; Tableau du monde romain. L. III, Ch. i, { S.

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