‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 104 sur 156 · Pline. Ep. VII · texte numérisé non relu

Pline. Ep. VII

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maîtres; dans le doute, ils étaient cens(^s assassins^ Certaines lois s'étaient adoucies, cela n'est pas douteux ; mais en bien des cas, combien la vie des hommes était souvent légèrement traitée I Martial plaisante agréablement au sujet d'un questeur qui, pour s'épargner la peine de parler ou d'écrire, se contentait de tirer son mouchoir. Ce geste suilisait au bourreau et l'accusé était condamné. C'était, dit-il, le Thêta, (le verdict capital, dirions-nous) de ce juge expéditir, et lorsqu'il était enrhumé du cerveau, il fallait que ses collègues surveillassent ses gestes pour qu'une distraction de sa part ne fit pas tomber une tète *.

Le droit de famille s'adoucissait, cela est vrai ; pourtant la famille romaine était bien Âpre encore. Sans doute, le droit de vie et de mort sur l'enfant adulte était restreint, contrôlé, et du reste abandonné plutôt que dénié *. Hais

1. C'est ainsi, je crois, qu'il faut entendre Paul, 10, { 1. Dig» ad S. C. Silanian, • Sub divo Trajano constitutuai est, de suis servis quos yivus inanumiserat, qusestionem haberi. » — Car, pour les esclaves affranchis par testament, ils étaient déjà, d'après un sénatus-consulte de Néron, assimilés, sous ce rapport, aux autres esclaves. Yoy. encore Tac, inn. XIXI, 32; Paul., 5eni., V,5; 1,3, B,Dig. ad S. C. SUani

Le roman d'Apulée témoigne même que le droit de vie et de mort du maître sur l'esclave se pratiquait encore assez fréquemment. Des esclaves colons, à la nouvelle de la mort de leur maître, désertent la la ferme (mutati domini novUatem meluentes). — Un esclave coupable d'adultère est, par les ordres de son maître, dépouillé de ses vêlements, frotté de miel et attaché près d'une fourmilière, il est ainsi rongé par les fourmis. — Un cuisinier qui s'est laissé voler un morceau de viande va pour se pendre, « ce qui est la mort ordinaire des esclaves. » Apulée, Méiam,^ VIII, in fine.

2. Exprimeret quoties rorantem frigore nasum, Letbalem juguU jusserat esse notam.

Bpigr., VII, 37.

3. c Ghoz bien des peuples sagement policés, il est licite au père d'enchaîner, de vendre et même de tuer son fils, sans aucune citation en justice et sans l'accuser d'aucun crime, v Dion Chrysost,. de Ser-

318 LIVmE MI. — CONCLUSION.

le droit sur l'enfant nouveau-né était à peu près absolu. Ni l'infanticide commis par les parents, ni l'abandon du nouveau-né, ni Tavortement ne me semblent avoir été punis par la loi avant Tépoque de Septime Sévère ou d'Alexandre Sévère. Et, interdite ou non par la loi, la pra* tique de l'a vertement, nous le savons, n'en était pas moins universelle i ; les plus pauvres s'y croyaient contraints, et surtout les plus riches la trouvaient commode.

D'un autre côté, ce que la puissance paternelle avait de cruel lui était bien rendu par la révolte filiale. L'impatience du flls de toucher la succession paternelle était proverbiale dans l'antiquité. Slace n'a pas assez de cris d'admiration pour un Dis qui sincèrement, du fond du cœur, trouve que son père a trop peu vécu *. Et les inscriptions

Vitule, OraL, 15, p. 240. Yoj. Dionys. Halic, II» 15, 16, 20 ; Aalu- Gclle. V, 19; loi 10, Cod,, de palria polest (VIII, 4).

1. Fréquence des infanticides, Terlull., ApoL, 9: — des aTortements, TertuU., ibid.; Minut. Félix, 30 ; Tacite, Germ,, 19 ; 8è- Dèque, adHelv.f 16. — On y employait des médicaments que Pline décrit. HisU nat., XX. 21. XXVII, 5, 9.

QuaB stériles facil atque bomines in ventre necandot

Gonducit

Juvénal., Sot., VI, 697.

Bed Jaoet aarato tIx uUa puerpera leclo.

Jbid,t 553 et 602.

Baraque in hoc avo quas velit esse parens.

Ovid., in Nuée, 23.

2 Geleres genitoris fllius an nos

Rara fides I pigrasquc putat properasse sorores.

Pater est qui fletur t adeste

Otque hominesque sacris.

Suce, m, Sifv., ÏII. 21, c Tu aimes cet enfant, dit crûment Épiclètp, et il t'aime. Bien, mais entre tous deux, suppose un champ que l'un possède au préjudice de l'autre ; et tout ce que fenfant désirera, c'est de te voir enterré, et tout ce que tu souhaiteras, c'est la mort de l'enfant. Ne Ta

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sépulcrales, où le défunt que Ton honore est si souvent un jeune homme, si rarement un vieillard, où la douleur paternelle parle si souvent, où la douleur filiale tient si peu de place, attestent bien qu'alors comme toujours, mais bien plus alors qu'aux autres époques, l'affection était sujette à descendre, peu à remonter.

J'insiste sur tout ceci parce qu'il commence à se former parmi nous une école qui ne conteste pas seulement au christianisme sa vérité, mais sa puissance morale. On trouve charmant de dire que depuis Constantin César jusqu'au 14 juillet 1789, le progrès moral a été médiocre, et que les hommes des temps païens étaient de bien aussi honnêtes gens que ce qu'on appelle les ascètes, les mystiques, les anachorètes de la loi chrétienne. Voilà pourtant ce qu'ils étaient. Sans trop nous vanter, nous qui sommes encore un peu chrétiens et nos pères qui Tétaient un peu davantage, sommes-nous semblables à ces gens-là? Sommes-nous aussi malhonnêtes gens ? L'argent est-il chez nous aussi diflScile à mettre à l'abri des voleurs? Le serment est-il aussi souvent requis (sauf en matière politique

pas récrier : « Quel triste fils j'ai élevé I Le voilà tout prêt à me « mettre en terre I .. » Nul être animé n'en aime un autre autant qu'il aime son propre intérêt ; ce qui contrarie son intt^rôt, frère, père, fils, amant, maîtresse, il le bait, il le déteste, il le maudit I 6oD intérêt est son père, son frère, sa famille, sa patrie, son dieu. • Apud AnHan., H, 22.

Sénèque dit, sans s'en étonner le moins du monde : « Nous nous préoccupons de l'avenir de notre enfant, du soin de la mUice, da la succession future de nos parents. *• Ad Marcian, 9. Le superstitieux consulte des devins sur l'époque de la mort de son père. Ëpiclèie, il, 7 ; Ju vénal, VL

Faut il prendre au sérieux cet éloge que Ton fait de l'empereur Claude le Gothique? « 11 a aimé ses père et mère : doit-on s'en étonner ? Mais il a aimé ses frères ; c'est peut-être déjà uo sujet d'admiration. Enfin il a aimé ses proches ; en notre siècle n'esi-ce. pas un vrai prodige ? • (Trebellius PoUio )

320 LIVRK VII — CONCLUSION.

OÙ nous en faisons abus) et aussi inutilement requis? Avons-nous aussi peu de respect pour nous-mêmes ? Nous prosternons-nous aussi bas devant le riche qui nous donne à dîner, ou devant le vieillard dont nous ambitionnons rhéritage ? Sommes-nous aussi peu humains ? Sommes^ nous législateurs aussi durs, maîtres aussi cruels, pères aussi despotes, (Ils aussi ingrats que les Romains du temps de Marc Aurèle ou môme les Romains du temps de Caionî Certes, nous avons, et nous avons eu à toutes les époques, nos crimes, nos vices, nos corruptions, c'est-à-dire que, nous, chrétiens, nousr avons été souvent bien peu chrétiens. Nous avons parfois terriblement maltraité et outragé la pauvre chair humaine ; nous avons été parfois despotes bien durs et sujets bien abjects ; quand nous avons eu des esclaves, l'esclavage n'a guère été plus beau à voir chez nous qu'il ne Tétait chez les païens. J'avoue tout cela. Il y a cependant deux choses entre autres que les sociétés modernes (je ne dis pas les individus) n'ont jamais pratiquées ; deux choses qui, chez nous, ont toujours été, pour la masse honnête ou malhonnête, des choses abominables ; et avec lesquelles, au contraire, les anciens même les plus honnêtes, même les plus vertueux, même les contemporains, les amis et les précepteurs de Trajan et de Marc Aurèle, se déclarent parfaitement familiarisés ; deux choses qu'ils traitent fort légèrement, comme choses habituelles, journalières, indifférentes ; eux sages, eux philosophes, eux stoïciens, eux rigoristes I L'une de ces choses, c'est Tusage des combats de gladiateurs ; l'autre, c'est c^tte dépravation de mœurs qui a à peine un nom dans les langues modernes et que nous rencontrons à chaque pas dans l'antiquité.

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Sur la première question, tout a été dit. L'agonie humaine, arrangée et préméditée, qu'elle s'appelât combat ou supplice, donnée aux hommes comme spectacle et divertissement, comme le plus agréable et le plus recherché de tous les divertissements, c'est là une habitude qui, on doit le reconnaître, n'a pas son équivalent chez les peuples chrétiens. Aux époques que nous racontons, cette habitude était-elle ou non en progrès ? Sans doute il y avait eu, dans la bouche de Sénèque, une pro* testatioa très-noble et très-décidée, mais à peu près unique. Sans doute, il y eut de la part de Marc Âurèle une très-honorable tentative pour restreindre, je peux même dire pour abolir les combats de gladiateurs. Cela est vrai ; mais d'un autre côté, Trajan, le clément Trajan, dépassant d'un bond tous ses prédécesseurs, donnait dix mille gladiateurs à la fois, aux applaudissements de Pline le Jeunes ce vertueux et philanthropique écrivain. Mais, outre les combats proprement dits, on avait encore les supplices transformés en spectacles et faisant partie des représentations dramatiques. C'était sous le clément Titus qu'on avait vu la mort de Dédale représentée d^ns toute sa vérité; le mime Lauréolus, c'est-à-dire un malfaiteur

1. Voici -ce qae dit à ce sajet Pline, cette âme doacp, cet ami si bienveiUant, cet homme aux affections touchantes, ce maître si boa pour ses esclaves : « Ta nous as montré, dit-il à son empereur, un spectacle qui n*avait rien d'efféminé, rien de mou, rien qui fût fait pour énerver les âmes; un spectacle propre au contraire à nous enseif^ner le mépris d>?s bltissures et de la mort, puisque, même chez des esclaves et des coupables, il nous montrait Tamour de la gloire et le désir de vaincre. • (Paneg , 33.) Il écrit aussi à un de ses amis : a Tu as bien Tait de promettre aux habitants de Vérone des jeux de gladiateurs... Tu devais cela à la mémoire d'une épouse chérie et honorée ; nul spectacle n'était plus convenable dans une fête funèbre. D'ailleurs, on te le demandait si unanimement, qu'un refus n'eût pas été fermeté, mais durbt6 I... • (VI, ,34.)

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