‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 105 sur 156 · LIYIB vit. — COirCLUSlON · texte numérisé non relu

LIYIB vit. — COirCLUSlON

chargé de ce Tôle, attaché à la croix et dévoré par un ours : sous Domitieo, Orphée livré également à la dent de Tours ; Mutius Scévola obligé, bien malgré lui, de tenir sa main sur le brasier jusqu'à ce qu'elle fût consumée. Ces exécutions judiciaires sous forme de divertissements dramatiques étaient fréquemment données au peuple romain '. Mais le goût des spectacles sanglante gagnait même les pays qui les avaient jadis rejetés ; la miséricor> dieuse Grèce, quoi que pût dire le philosophe Démonax, désertait Tautel de la Pitié pour courir aux jeux des mirmillons et des essédaires ; Athènes, la compatissante viJie d'Athènes, installait, au pied de TAcropoliset au lieu même où siégeaient ses pontifes, l'arène des gladiateurs; elle l'installait dans ce théâtre de Bacchus qui avait été pour elle une sorte de temple, et qu'avait illustré à de plus nobles époques le génie des Sophocle et des Euripide * ; elle repoussait, huait, chassait de ses murs un illustre philosophe romain qui lui déconseillait ces sanglantes fêtes '.

1. Voyez Martial, De SpeeiaciUis, 7, 8, 21 ; Epigr., VIII, SO» — « In quo, qusB fuerat fabula, pœna fuit, ii dit-il en parlant de L|ureolus.

2. Cette asacrcion de Philoatrate (Vit. Apollon., IV, 22) est confirmée par le» fouiUes opérées au théâtre de Bacchus, qui ont révélé les modiflcalions faites au plan de ce théâtre dans les siècles de l'empire romain. lie premier rang de spectateurs a été séparé de l'orchestre par un parapet en pierre ; chose inusitée et inutile dans le théâtre grec, mais nécessaire avec les combats de gladiateurs que Ton ne pouvait placer que dans l'orchestre. De plus, tout autour de Tor* chestre circule un égout avec des regards de distance en distance, « destiné k entraîner le sang des morts bien plutôt que les eaux delà pluie. » M. F. Lenormant, la Revue arehéoL, juin 1864.

3. Dion Chrysost., Bhodiana OraL, 31 (p. 347 et s.) ; PluUrquc, Adeos qui remp., 26. — Gladiateurs à Platée, Apulée, Mélam , iV, — à Corinthe, Dion Chrysost. — Le mot de Démonax à Athènes. Lucien, Demonax, 57. — Inscriptions grecques portant les mots ioviS«c/BCOç, fAvpfitX>ft»y, e^ac OreUi, 2654. — On voit, |iar le passage cité de PluUrque, que le peuple, dans les villes grecques, demandait

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Mais enfin, la tentative de Marc Aurèie, si honorable qu'elle fût, ne devait pas ôtre de longue durée ; il laissait après lui son fils Commode pour y mettre un terme, et Commode devait amplement dédommager le parterre romain des quelques gouttes de sang que son père avait eu l'impertinence de lui disputer.

Sur l'autre question, les érudits savent bien ce qui en est et quelle était l'intensité du mal ; mais les érudits sont discrets. La pudeur qui nous empêche de décrire la plaie ne doit pourtant pas nous empêcher de la sonder ; nous pouvons en dire, non le détail, mais l'étendue. Sans faire appel à la sainte et apostolique hardiesse dont saint Paul nousdonnel'exemple, un seul mot suffira. La place que tient dans les sociétés modernes l'amour légitime ou l'amour simplement coupable, un amour monstrueux la tenait dans les sociétés gréco-romaines. 11 était aussi public, aussi souvent avoué ; il trouvait dans les lois la même impunité, la même indulgence, le même encouragement, et plus encore. 11 excitait les mêmes passions, les mêmes extravagances, les mêmes jalousies, les mêmes colères, les mêmes vengeances ; comme l'autre amour, il jetait l'or et il le recueillait, il versait le sang d'aulrui et parfois il donnait le sien ; car il s'y mêlait les mêmes instincts cupides et les mêmes sentiments désintéressés, les mêmes trafics et les mêmes tendresses, le même égoïsme et parfois aussi les mêmes dévouements. La poésie lui apportait les mêmes embellissements, le roman les mêmes charmes ; lasculp-

des gladiateurs à ses magistrats, et que ceux-ci eussent eu grand'peine à les lui refuser. ~ Une inscription en vers grecs, découverte dans un village de l'Achale, est Tépitaphe d'un jeune homme qui aurait été tué sur l'arène à l'époque où, la première fois en ce pays, on commença à se servir dans les jeux de glaives aiguisés au lieu de glaives émoussés. ArUiquités helléniques, par M. Rangabé, n. 2218.

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ture, la peinture, la musique les mêmes parures ' ; le théâtre les mêmes séductions ; le sentiment lui prêtait toutes ses quintessences et tou tes ses prétentions éthérées ; la philosophie ses plus subtiles et ses plus séduisantes théories. Il y avait en sa faveur et des codes législatifs et des chefs-d*œuvre de Tart, et de ces traités philosophiques comme celui de Platon Sur Vamour, traité plein d'une morale sentimentale, romanesque, mystique, platonique, et où le nom d'une femme n'est pas même prononcé. Cet amour était, en un mot, autant etplus que Tamour moderne ne l'a jamais été, le protégé de la politique, des arts, de la science, du génie.

Par suite, la loi de cet amour était aussi universellement, que dis-je, bien plus universellement subie *. Les plus grands génies et les plus grands hommes^ Selon, Socrate, Platon, Zenon, Aristote, Virgile, César, Cicéron, Trajan, Pline le jeune, Antonin, Marc Aurèle lui-même, en sont demeurés entachés. Le poëte Ovide, l'empereur Claude, un peu plus tard Pescennius Niger, Clodius Albinus et Alexandre Sévère ' sont les seuls personnagesde l'antiquité, si je ne me trompe, que Thistoire absolve d'une manière affirmative. Quelques bons modernes veulent bien croire à une sorte de platonisme chez les hommes célèbres ainsi

t. On sait que Phidias avait Acric sur le doigt de son Jupiter Olympien : nxvr^xvc xaioc. Clena. Alexandr. Cohorlatio IV. Arnob., Àdv, génies, IV.

2. Voy comme en parlent familièrement et k titre de chose habituelle, même iet» écrivains qui pissent pour les plus purs. Épict., Diss,, m, 3; Enehir., 10; Marc Aurèle, XI, 15 ; Fronton, Ep. à la mère de César (éd. Mai, p. 401) ; comment on Tassimile à Tamour vulgaire, Ëpiclète. ibid.; Horace, Satire II, 3, in fine et bien d'autres

endroits Dion Ghrysost Or.. III, de Regno; Sénèque; et, au sujet

de l'éducation. Piutarque, De edueandis liberis ; p. 11,0.

3. Suétone, in Cla d., 33; Spartian, in Pescenn, Nigro ; Lampride, Alex. Sévère, 39; GapitoUn, in Clodh Aibino, 11.

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entachés. Plutarque, moins charitable, se raille de ce platonisme, et Platon lui-même le déclare à peu près impossible. Tout au contraire, cette turpitude a été tout particulièrement le lot des sages, des savants, des hommes intellectuels, des philosophes : « Le mariage, dit Lucien, est bon pour le vulgaire ; aux philosophes il faut autre chose. > Celte turpitude, disons-le même, avait été pour la Grèce un des fruits de son progrès intellectuel. La Grèce barbare n'avait pas cru nécessaire de s'effrayer du nombre de ses laboureurs, de ses guerriers, de ses matelots : c'est la Grèce politique, patriotique et républicaine, formée par des sages comme Solon et Lycurgue, qui devina par avance la théorie de Malthus, et, tremblant de voir trop decitoyens dans la cité, vota des honneurs, des encouragements et jusqu'à des temples aux vices qui ne risquaient pas d'accroître le nombre des citoyens *. La Grèce homérique, brutale, mais non monstrueuse dans ses passions, avait vu la seule Hébé verser dans l'Olympe l'ambroisie aux .Dieux : c*est la Grèce philosophique et civilisée qui, par un mythe signiflcatif, bafoua Hébé, la tint en mépris et mil Ganymède à sa place *. Ce vice, en effet, était un vice

1. Nul fait n'est plus incroyable et plus constant que cette faveur des législateurs grecs pour Tinfanticide, Tavortement. et tous les TÎoes qui tendent à diminuer la population. Ainsi, Solon, qui en fait expressément le privilège des hommes libres, et qui autorise le père à vendre ses enfants (Plutarque, Vie de Solon. Parallèle de Sohn et de Publieola, p. 79.) ; les législateurs crélois qui encouragent ce vice. (Aristote Politique, II, 10. Strabon, X.); Platon qui limite le nombre des onfanls à naître et ordonne les infanticides. (Rep. Y.) Sur les législateurs grecs en général et leur faveur pour cette infamie. Gicéron, de HepubUca, IV, 4, 5.

2. Cette fable de Ganymède, « tout le monde accuse les Cretois de l'avoir inventée. Jupiter passant pour l'auteur de leurs lois, ils ont mis cette fable sur son compte, afln de protéger leurs voluptés par son exemple. • Platon, des Lois, I, 8. Dion Clirysostome qui, sur ce point comme sur tant d'autres, marche en avant de son siècle.

3Î6 LIYBB TH. — CONCLUSION.

d'&mes orgueilleuses et hautaines plus encore que d'àmes vulgaires et fragiles. Saint Paul le dit, c'était le fait d'tiommesqui « s'étaient évanouis dans leurs pens^ et dont le cœur insensé s'était obscurci, qui s'étaient dits

sages et étaient devenus insensés» et que, pour les

punir, c Dieu avait livrés aux immondes désirs de leurs cœurs, àleurs passions d'ignominie, de sortequ'eux-mèmes outragèrent leurs propres corps et reçurent par la honte le salaire de leurs égarements ^ • Cette tache épouvantable restera la honte de la Grèce, l'opprobre même de Rome, la condamnation, quand il n'y en aurait pas d'autre, de toute gloire et de toute sagesse placées en dehors de la loi chrétienne.

Or l'époque Ântonine n*avait pas, à cet ég^rd, modifié profondément l'antiquité. Nous avons vu, au milieu de bien des*contradictions et des réticences, une tentative de

latent à l'tppui de ce que noas avançons ici, quand il ne craini pat d'inToquer contre ces vices qu'il appelle àvof/BoScrov; «ai àyf/BioTovç, toutes ies divinités homériques et toute la tradition mythologique de la Grèce, Zeus, protecteur des naissances (ytyfBlioc), Héra qui préside aux mariages, Artémis la sage -femme (Xo^ia), Rhéa, mère des Dieux, les llithyes, protectrices des générations humaines, Aphrodite elle-même, tRwn}^ rnç %poç rh Oiq^u roO àpvi^oç *arà tfvan 9wo3o0 Ttai ifuUctç (Dion Ghrysoslome parle ici comme saint Paul, ▼oy. Bom. 1, 26, 27.) Il invite les rois et les législateurs à restreindre du moins, sMls ne peuvent l'anéantir, ce vice et le hideux trafic dont il est l'objet. — Il demande à cet égard pour les esclaves la même protection que pour les hommes libres (Venator, p. 126, édit.Morel, 1604). — J'ai déjà cité cette dernière phrase, mais je regrette de n'avoir pu, en citant tout ce passage, compléter l'éloge que j*ai fait dans le tome I«' de Dion Ghrysoslome, et de son esprit vraiment et noblement libéral. Combien il est supérieur à son prince Trajan et même à son contemporain Plutarque ! Au point de vue de l'horreur du vice et de la réprobation pour l'esclavage, Marc Aurèle lui-même n'a rien de pareil.

Sur l'époque tardive du culte de l'amour ches les Grecs et sur Charmas qui l'a introduit. V. Glem. Alex., Cohort,, S. p. 28 (éd. Paris).

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