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RÉSUMÉ DE l'Époque antonine. 327
protestation chez Plutarque, telle que la Grèce ne l'avait guère essayée encore. Nous avons vu cette protestation chez Maxime de Tyr, plus nette, mais associée à la chimère d'un amour platonique, impossible et dangereux. A la cour d'Ântonin et surtout chez Marc Aurèle, nous avons vu un noble effort pour secouer le joug ; mais cette révolte ou cette délivrance demeurera individuelle. Le siècle parait à peine s'en être ressenti. Sous Commode, sous Garacalla, sous Élagabale, nous retrouvons les vices de Néron et d'Hadrien, poussés plus loin encore et arrivant par leur cynisme, leur étalage, leurs proportions gigantesques et fastueuses, à la folie, au délire, à l'impossibilité. Cela n'a pas plus disparu que n'ont disparu les gladiateurs ; il y a là deux ineffaçables stigmates au front de l'antiquité, qui sépareront toujours la société païenne, même la meilleure, de la société chrétienne, même la pire.
Enfin (c'est par là qu'il faut toujours finir) vient la conclusion naturelle, sinon logique, de cet abaissement et de cette corruption : la manie du suicide ^. Il faut être juste pourtant ; au temps que nous décrivons, Épictète la com-
1. « Le philosophe Eupbrate meurt de mort rolontaire, Hadrien lui ayant permis, à cause de son &ge et de sa santé, de boire de la ciguë. Xipbilin, LXIX, 8.
Autres suicides prémédités et annoncés : de Goccéius Nerva sons Tibère, Tac, Armai , VI. 26 ; — de Marcellinus, Sénèque, Ep, 77 : - d'Arria, Pline, Ep,, III, 16 ; — d'Arision, id.. I, 2? ; - de Silius Italiens, id., III, 7 ; —de Corellius Rurus, id., 1, 12 ; — d'une femme et de son mari près de Gôme, VJ, 24 ; — du rhéteur Âlbutius Siius, Suétone, de Claris rhelor,, 6 ; - d'Atticus, l'ami de Cicéron, (trèsanalogue au suicide de Gorellius). Gornel. Néi)os, in Attieo, in fine. Voy. les Césars, Tableau, etc., liv. III, ch. iv, t. III, p. 281.
Sur le suicide par ennui : Lucien, Charon et ¥énippe. — Aristote est très-net contre le suicide : « Celui qui se tue désobéit à la loi ei fait ton à la cité. • Elhie,, V. ~ Les jurisconsultes romains attachent au suicide la peine de la confiscation, mais dans le cas seu-
bat, moins pleinement que ne Tont fait Pytbagore, Socraie, Aristote, mais d'une manière très-remarquable pour son siècle. 11 suppose ses disciples las de supporter les maux de la vie, le suppliant de leur ouvrir cette porte pour en sortir : « Laisse-nous, disent-ils, retourner là d*où nous venons. » Épictète aimerait, il l'avoue, ce désir et cette demande ; mais il ne l'accorderait pas : « Hommes, dirait-il, attendez Dieu ; quand il vous aura donné le signal et qu'il vous aura rappelés de l'exil, vous irez à lui ; pour le moment, supportez cette demeure où il vogs a placés. Le temps ne sera pas long ; il ne sera pas difficile à supporter pour ceux qui sont animés de la vraie sagesse. Demeurez donc et ne parlez pas comme des insensés ^ . »
Seulement, et la pratique des philosophes et surtout les admirations de l'opinion étaient toujours contraires à cette maxime qu'Épiclèle répèle d'après Socrate, mais ne répète qu'en hésitant. On ne se tuait plus, comme sous Tibère, par peur du tyran, ni par suite de cette tristesse et de cet ennui mortel propre à une société à la fois rassasiée et menacée. Mais on continuait à se tuer par peur du mal physique ; on mourait faule de savoir soufi'rir. Dion Chrysostome admire le suicide d'Hercule ; c'est bien le type des suicides de ce temps-là. On posait à son médecin la question de savoir si on pouvait guérir, si cette douleur aurait un terme. En vue de ce terme, on eût consenti à
lement où le suicide a été commis pour échapper à une condamnation. Édita d'Hadrien, d*Aotonin el de Caracalla, d'après Paul, V ; Sentent,, XII. 1 ; Dig^sie, 3, de bonis eorum gui ante (XL VIII, 21.) La tentative de suicide chez le soldat est punie de mort (I) sMl a voulu se dérober au service ; sinon, elle est punie par un renvoi ignominieux. 38, i 12, Dig. de pcmis (XLVIII, 10). 1. A>o7^Mc> apud Arrian., l, 0.