‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 109 sur 156 · Dion, LXXIV, 2, Hérodien, ITI · texte numérisé non relu

Dion, LXXIV, 2, Hérodien, ITI

336 LIVHE VII. - CONCLUSION.

pas à porter ses fruits. Sod flis Bassianus n'était pas d'une mauvaise nature * ; il avait, dit Tertullien, sucé le lait chrétien ; dans son enfance, il montra de la douceur. Mais réducation sous la pourpre était faite pour ruiner les meilleures âmes. Bassianus, qu'on a surnommé Caracalla, dépasse Commode, de même que Commode a dépassé Néron. Fidèle à la maxime paternelle, il gorge les soldats et ne se soucie pas du reste. Quand sa mère veut le prémunir contre des dépenses ruineuses : « Tant que j'aurai celle-ci, dit-il en portant la main à son épée, Tor ne me manquera jamais. » Lui aussi, de même que Commode, fut antiromain ; tantôt épris des mœurs germaniques, portant une perruque blonde pour se déguiser en Germain, allant visiter en secret les chefs tudesques, leur donnant de Tor et leur promettant des provinces à piller ; tantôt Grec, jouant le rôle d'Achille ou celui d'Alexandre, s'éprenant de tout ce qui était Macédonien ; mais surtout il fut oriental par ses penchants superstitieux, par son culte de Sérapis qu'il inaugura à Rome plus solennellement que jamais, par son avide curiosité en fait de songes, de présages, d'évocations, d'apparitions. Lui aussi fut véritablement fou de débauche et de sang ; vieux à vingt-neuf ans; violant ou essayant de violer une vestale, puis la faisant accuser comme infidèle à ses vœux

1. Les deux fils de Sévère et de sa femme Julia Oomna : 1* M. Septiuiius Scverus Bassianus, connu dans l'hisloire sous le sobriquet de Garacalla, né k Lyon, le 4 avril 188, — en 196, appelé Aurélius Antoninus et fait César,— en 198, Auguste et revêtu de la puissance tribuniticnne, — en 201, surnommé officiellement Piut — règne avec son frèn; en 211, —seul en 212,— consul quatre fois, 205, 208, 213. - tué le 8 avril 217.

2* P. 8eptimiu8 Géia. né à Milan, le 27 mai 189, — César en 192 ;

— Auguste en 208 ou 209, - empereur en 211, — consul en 205 61208^

— tué par ordre de son frère le 17 février 212.

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et la faisant enterrer vive ; massacrant par milliers citoyens et soldats, Romains et Alexandrins, avec une impunité sur laquelle Néron n'eût pas osé compter ; parricide et fratricide, ayant voulu faire assassiner Septime Sévère et ayant fait tuer son frère Géta dans les bras de leur mère; fou sans doute, mais fou comme le furent Caligula, Néron, Commode, fou coupable et abominable, fou à force de crimes et peut-être de remords. Voilà comme était bienfaisante pour les peuples la sécurité, si précaire du reste, que pouvait donner au prince cette garde fidèle et bien payée dont Septime Sévère avait prétendu entourer la royauté de ses fils I

Hais, d'un autre côté, le bien germait auprès du mal. Le christianisme vivait et grandissait. C'est dans le christianisme que, sous les Antonins comme sous leurs indignes successeurs, était le salut possible de l'empire, le remède offert au premier prince de bon sens qui surgirait. Le christianisme avait grandi sous Commode, grâce à la chrétienne Marcia qui avait su adoucir un peu le cœur de ce monstre, et qui, traitée presque en impératrice, employait sa faveur à assurer la liberté de ses frères. Le christianisme avait grandi sous Septime Sévère, qui lui laissa quelque temps un peu de liberté*, jusqu'au jour où un voyage d'Egypte réchaufia dans Tâme de ce prince Tesprit de superstition. Le christianisme pénétrait dans le palais ; Caracalla enfant avait eu dès chrétiens autour de lui. En ce siècle, moins avili que celui des premiers Césars, plus malheureux que celui des Antonins,

1. C'est de ceUe époque que date le rnscrit de Sévère etd*Antonin (GaracaUa) qui autorise ou môme oblige a ceux qui suivent la sapersti* tion judaïque (le christianisme?) ù remplir les fonctions (du décurionat) mais en les dispensant des obligations qui seraient contraires à leur foi religieuse. » Digeste, î, S, {3, de Decurionib. [L,, 2.)

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rÉglise trouvait chaque jour à recueillir et à consoler quelque &me hounète et indignée « quelque àme aimante et désolée.

Il se produisit même dans la famille de Sévère un singulier contraste. Les femmes étaient puissantes à cette époque. Dans cette société, dans cette ville de Rome, dans ce palais où l'homme était souvent si dégradé, la femme grandissait par le contraste ; la femme presque toujours plus pure, souvent plus intelligente, parfois pins courageuse. Sévère avait épousé TAssyrienne Julîa Domna, uniquement parce que Tboroscope de celle-ci lui promettait la royauté. Ce mariage avait ouvert la porte du palais à toute une famille de femmes asiatiques. Julia Domna, Julia Haesa, sa sœur, les deux filles de Haesa, Julia Sohémis et Julia Mammaea, belles, intelligentes, ambitieuses, résolues, passionnées, furent pendant un quart de siècle, ou comme aïeules ou comme mères d'empereurs, les dominatrices successives du monde. Elles firent et elles dirigèrent la fortune de leurs fils. Les premières de leur sexe elles osèrent siéger au sénat. L'une d'elles présida même un sénat de femmes et gouverna par ellemême une moitié de Tespèce humaine, tandis que sous le nom de son fils elle gouvernait Taulre.

Or, entre ces femmes, le contraste saute aux yeux. C'est le contraste du bien et du mal, de la vertu et du vice, du christianisme et de la superstition, de Rome et de rOrienl. Le génie du mal d'abord, c'est Sohérois fou Sémiamira), avec son fils Éiagabale ^ Sohémis est prêtresse et courli-

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