COUP DOEIL SUR LES TEMPS POSTÉRIEURS
les preuves de leur crime ; c'est inutile, ils sont déjà exécutés. »
Et ce misérable qui n'est ni prince, ni soldat,^ ni homme, ni enfant, ni vieillard^ qui n*a pas de nom dans la nature humaine, rêve, au milieu de ses associés ou plutôt de ses maîtres, une révolution religieuse. Lui aussi, il ne veut qu'un seul culte dans son empire wiifié. On n'adorera plus qu*un dieu, son dieu soleil, Élagabale, une pierre noire en forme de pyramide qu'il a apportée d'Émèse, et qu'il a mariée à Rome avec la vierge céleste Astarté, appelée tout exprès de Carlhage. Ce couple divin, installé au mont Palatin et sous la garde de César, absorbera en lui toutes les divinités que l'homme adore. L'empereur a violé le sanctuaire de la chaste Vesla, il a éteint le feu protecteur du peuple romain ; il a pénétré dans le sanctuaire de la Bonne-Déesse, et enlevé la pierre noire en qui se personnifie cette déesse : et la Bonne-Déesse, et le palladium de Vesta, et les boucliers sacrés de Mars, arrachés de leurs sanctuaires, et tous les talismans du culte romain et des autres cultes, sont mis à titre d'hommages aux pieds du dieu asiatique. Toutes les religions du monde, hellénisme, judaïsme, samaritanisme, christianisme, viendront bon gré mal gré se fondre dans cette religion d*Élagabale, le dieu soleil, représenté par son prêtre, Élagabale, le dieu César. Il a emprunté aux Juifs la circoncision et l'abstinence de la chair de porc ; il a emprunté aux Galls, (les prêtres de la Bonne-Déesse), leurs costumes, leurs talismans, leurs danses et leurs convulsions fanatiques; aux rites phéniciens il emprunte leurs fêtes de deuil et leurs hurlements funèbres. Il immole à son dieu des victimes, de jeunes, de belles, de nobles victimes, les plus beaux enfants des plus illustres familles^ qu'il choisit exprès
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parmi ceux dont les parents vivent encore, afin qu'ils laissent après eux plus de douleurs ^ La dernière mesure est atteinte ; Éiagabale arrive à la plus haute puissance de la tyrannie et de l'extravagance césarienne ; c'est le superlatif de l'empereur romain.
Mais maintenant (car du moins, dans ce troisième siècle de Rome, le contraste ne manque pas toujours) voici qu'à la môme heure, dans la même cité, dans le même palais, toute opposée à Sohémis, Hammée sa sœur élève un fils tout opposé à Éiagabale *. Mammée et Alexandre Sévère représentent le génie du bien, comme Sohémis et Éiagabale représentent le génie du mal. Mammée peut être ambitieuse comme sa sœur, mais elle est noblement ambitieuse. Elle a ambitionné même la vérité; elle a voulu connaître le christianisme ; elle a appelé Origène. auprès d'elle : elle s'est entretenue avec lui • ; elle est devenue au moins à demi chrétienne. Au milieu de cette cour dépravée, elle préserve son fils et du poison qu'elle redoute pour sa vie et de la corruption qu'elle redoute pour ses mœurs. A mesure qu'approche le jour où l'indignation des soldats va livrer à la mort Éiagabale et Sohémis,
1. Caedit et humanas hostias, lectis ad hoc pueris nobilibuset decoris per omnem Italiam palrimis cl matrimis, credo ut major esset utrique parenti dolor. » Tout ce que raconte Lampride d'Élagabale semble incroyable. Je crois cependanl tout parfuliement vrai; ce n'est que Commode poussé un peu plus loin, de même que Commode était Néron poussé un peu plus loin. La puissance démoniaque qui gouvernait le monde païen rendait ainsi son dernier soupir.
2. « N.... Genesius Bassianus (ou Alexianus), ûls de Genesius Marcianus et de Julia Mamnisea, sœur de Sohémis, né le 1*^ octobre 208, à Arcé, en Pbénicie, dans le temple d'Alexandre li^ Grand, et le jour où Ton célébrait la mort de celui-ci, ce qui le fît appeler Alexandre , — en 221, adopté et fait César par Éiagabale. — empe> reur le 11 mars 222, — consul eo 222, 226, 227 et 229, ~ tué le 19 mars 235.
yEnêéb.,Hùt.eeel., VI, ll.