‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 117 sur 156 · Successeurs de Dèce · texte numérisé non relu

Successeurs de Dèce

G. Vibius Treboniauus Gallus, fait Auguste en 251, conjoiatement avec Hostiiius, fîls de Oèce, qui meurt peu après ; Yolusien, fiJs de GaUus, est fait César et bientôt Auguste. — Galiuset Volusien tués par les soldats révottés, en mai 253.

C. Juiius ^miliaauSy — né en 207, — proclamé empereur en Mésie par ses soldats, — défait Gallus, et est tué à son tour par les soldats, en août 253.

P. Licinius Valerianus, — né en 190, — proclamé empereur par l'armée de Bhétie qu'il commandait, reconnu par E milieu en août 253, — consul en ..., 254,255, 275,^ pris parles Perses sur la fin de 260, — meurt en 269.

P. Licinius Gallienus, fils du précédent, — né en 233 — César en 253, et bientôt Auguste, —règne seul depuis 260, — assassiné le 20 mars 268, devant Milan.

G. Valerianus, frère du précédent, associé par lui à Tempire en

372 LIYRB VU. — CONCLUSION.

retranchemeDt du paganisme. Valérien met le sceau de l'empire sur ua nouvel édit de persécution. Et trois ans ne s*étaient pas écoulés, que Valérien, prisonnier du roi de Perse, Sapor, servait de marche-pied à ce prince barbare lorsqu'il voulait monter à cheval ; et après les neuf ans que dura ce supplice, la peau du César romain, empaillée, teinte en rouge, demeura appendue comme un trophée dans un temple de TAsie.

Cette captivité de Valérien (260} est le signal d'une crise suprême. Non-seulement toutes les calamités envoyées de Dieu aux Pharaons de Rome, épidémies, famines, attaques de barbares, continuent et redoublent; mais, pour comble de malheur, Tempire voit à sa tête Gallien, un fils de Valérien, un autre de ces ignobles porphyrogénètes, tout occupé, non de délivrer et de venger son père et l'empire, mais de proscrire, de triompher, d'extravaguer dans les rues de Rome, à la façon des Néron et des Élagabale. A ce coup, l'empire se brise ; chaque armée, chaque province, à la fois menacée et indignée, se fait à elle-même un César ; trente tyrans, comme on les a appelés, enlèvent chacun un lambeau de la puissance romaine. On peut croire Rome, l'empire, le genre humain à l'agonie.

Mais non; ce qu'on pourrait croire Texcès du mal en est plutôt le remède. C'est un réveil des âmes, pour une insurrection, de toutes la plus légitime. Avec un empereur dans les fers et un Néron au mont Palatin, provinces et armées ont compris qu'il ne faut rien attendre du pouvoir impérial, qu'il faut se sauver chacun à part et chacun par sa propre épée. Ces Césars d'un jour et d'une province qu'on a appelés les trente tyrans (quoiqu'ils ne fussent ni trente ni tyrans), ces hommes, la plupart contraints à prendre la pourpre, sont pour la plupart les courageux et

COUP d'oeil sur les temps postérieurs 373

iatelligents soldats d'un empire que son empereur a déserté. On ne les nomme ni contre l'empire ni contre Tem. pereur, on les nomme contre l'anarchie et contre les barbares ; on les nonnne en face d'un imminent péril, pour défendre une frontière horriblement menacée et l&chement abandonnée, pour rendre à une province dépérissant sous le joug de la soldatesque prétorienne, un peu de liberté, un peu de dignité, un peu de vie ; on leur jette bon gré mal gré sur les épaules un haillon de pourpre arraché à la déesse la plus voisine, et ils accomplissent bravement leur tâche, à peu près sûrs d'y périr *.

Les femmes, cette fois aussi, ont leur part dans cette gloire. La Gaule d'un côté, de Tautre la Syrie et presque tout rOrienty restent des années sous la suprématie de deux femmes. L'une est Victorina, dont le fils et le petitfils sont successivement proclamés empereurs et tués, et qui, dans son héroïque obstination, ne se lasse pas de susciter contre Gallien de nouveaux Césars ; l'autre est la célèbre Zénobie, une femme pareille à Mammée, comme elle attirée par cet instinct de la vérité qui parlait alors à toutes les belles âmes ; convertie au judaïsme, au chris-

1. Lisez la harangue da forgeron Marias devenu empereur, à ses soldats ;

m Je sais, camarades, qu'on peut me reprocher le métier que j'exerçais autrefois, et donc vous avez éié tous témoins. Qu'on en dise ce qu'on voudra ; mon souhait est de toujours manier le fer et de ne pas m'énervcr avec le vin, les fleurs, les femmes, les tavernes comme ce Gallien, indigne de son père et de ses aïeux I Qu'on me reproche d'avoir été forgeron, peu m'importe, pourvu que les ennemis de Rome reconnaissent en moi un homme habitué à tenir le fer dans ses maiusl pourvu que l'Alemannie. la Gtrmanie, toutes les nations barbares, reconnaissent chez les Romains un peuple de fcrl... Sachez que vous avez fait un prince qui ne s'entend à rien autre chose qu'à manier le fer. Je vous dis tout cela, parce que le seul reproche que puisse m'adresser ce misérable perdu de débauches est d'avoir fabriqué des armet et des épèet. • (TrebeUius PoUioD.)

374 UVRE vu. — COKCLÛSION.

tianisme peut-être ; chaste comme pouvait l'être la plus chaste des mères chrétiennes ; Grecque par l'intelligence et disciple des philosophes ; Romaine par le cœur et marchant contre les barbares avec le môme courage qu*elle eut en marchant contre Aurélien. Cette heure de déchirement et de combat fut donc au moins l'heure de quelques nobles courages. Si par bonheur le principe de l'unité de l'empire, tel que Sévère l'avait compris, eût pu être brisé; si l'armée personnelle des Césars de Rome eût été vaincue par les Césars nationaux ; si Zénobie, comme elle le souhaitait, eût pu de l'Orient à TOccident donner la main à Victorina ; il fût sorti de là une espèce de fédération militaire sous Tantique prépondérance de Rome et du Sénat ; la vie de l'empire se fût multipliée sans que son unité se bris&t complètement ; la civilisation romaine, émancipée et christianisée, eût pu résister à la crise du V« siècle, et les nations modernes, à titre de provinces armées, seraient sorties, par un naturel et pacifique enfantement, du sein de l'empire de Rome *.

1. Les noms de qaelques-uns de ces tyrans mériteiit d*ètre mentionnés sa moins autant que ceux des Césars les plus réguliers. — D. Lœlius Ingenuus se soulève le premier en Pannonie, en apprenant la captivité de Valérien (260). Il est attaqué par les généraux de Gallien et contraint à se donner la mort. — Begillianus prend la pourpre après lui (261), 8*élabltt sur le Danube, y défend l'empire contre les Sarmates, est assassiné en 263. — Fulvius Maerianus soulève l'Orient, s'y fait un véritable empire, passe en Illyrie pour détrôner Gallien ; il est vaincu et périt. — L'Orieni passe alors entre les mains du Paimyrénien Odenat (262^ que Gallien lui-même est forcé de reconnaître comme Auguste et empereur d'Orient (26 1). Odenat défend Tempire contre les Perses. Il est assassiné par un de ses parents (267). — 8a femme, Septimia Zenobia lui succède au nom do ses trois fils trop jeunes. Elle résiste successivement à Gallien, il Claude le Gothique, à Aurélien, jusqu'en 272, où celui-ci la fait prisonnière, et la mène achever honorablement sa vie à Tivoli. — Mais l'Occident s'est soulevé de nouveau. Aureolus, qui a combattu contre Maerianus au nom de l'empereur Gallien. se fait proclamer

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