Fronto ad Cwtarem, IV
5 Lucien in Pseudomant , 48.
6. I, 6, 16; IX. 27. M. Villemain n*admet pas plus que moi Téloge que se donne ici Marc Aurèle : « Cette âme viye. dit il, en s'éclairant par la philosophie, conserva toujours la teinte superstitieuse commune à son siècle. » — De la philosophie stoïque el du christianisme.
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saurait rien trouver pour le justifier. Gela n'empêche ni de ne croire à rien, ni de rien croire. Gela n'empêche pas Marc Aurèle, quoiqu*il parle beaucoup des dieux, de douter par moments de Texistence des dieux, et de les admettre tout au plus comme des parcelles détachées de rame universelle, au même tilre que l'âme humaine en est détachée. Cela ne Tempêche pas, quoiqu'il parle souvent de la Providence, de faire souvent aussi figurer le gouvernement du monde par le hasard au nombre des hypothèses qu'admet Tinfatigable complaisance de son esprit. Cela ne l'empêche pas de tenir plus écartés que ne le fait aucun des écrivains de son temps les dogmes de l'unité, de la personnalité, de la Providence divine '. Et, au fond, quelle religion sérieuse pourrait s'appuyer sur ce symbole en partie douUe où Démocrite est toujours mis en balance avec Zenon I La piété de Marc Aurèle et celle des païens n'impliquent qu'une chose : la croyance vague à une certaine force surhumaine, aveugle plutôt qu'intelligente, corporelle plutôt qu'intellectuelle, mais surtout incertaine et indéfinie. C'est une religion sans philosophie (aûoao^) à côté d'une philosophie sans religion (dt^n;). Marc Aurèle, philosophe, va bien près de l'athéisme ; Marc Aurèle, païen, touche à toutes les superstitions. C'est là, du reste, un contraste plutôt qu'une contradiction. Chose remarquable et cependant toute simple I Marc Aurèle, qui pratique la religion païenne avec tant de zèle, manque d'élan religieux ; il dit les dieuwy et ces dieux, il ne sait quels ils sont.
1. « Oa ne peat imagioer, dit il quelque part, un Dieu sans sagesse » {cdowXn) ; et ce qui suit, V, 44 ; IX, 28 ; mais que de fois le Dieu sage est remplacé pour lui par les atomes et l'impulsion (xtvnacçj Démocritiqoe I
Épictète, qui n'admet guère le culte païen qu'à titre de bienséance, Épictète dit le plus souvent Dieu, et ce Dieu, il le prie, il le chante, on peut dire qu'il l'aime. Celui-ci a traversé la superstition de son siècle et a su monter plus haut ; l'autre y est demeuré embourbé.
En résumé, et en religion et en morale, Marc Âurèle a l'instinct du bien plutôt que la possession du vrai. La raison qu'il donne de sa vertu, loin de la fortifier, la g&te et Taffaiblit. C'est une âme boonète et sincère en même temps que douce et tendre, mais à laquelle manque une certaine force dans la volonté, une certaine décision dans l'esprit. Marc Aurèle fut souvent faible envers les hommes ; très-éioigné de l'esprit antique qui péchait par défaut d'affection, dureté, ingratitude, il prodigua, au coD traire, et à sa famille, et à sa maison, et aux étrangers, parfois aux coupables, Tindulgence, le ménagement, le respect, l'amour, poussés au point où la faiblesse commence. Marc Aurèle fut surtout ce que l'antiquité aurait pu appeler faible envers ses dieux. Ce perpétuel étudiant de la philosophie ne fut jamais assez philosophe pour envisager hardiment et de sangfroid l'édifice insoutenable et démantelé du polythéisme. Stoïcien, mais pas assez pour mépriser la théurgie néoplatonicienne ; platonicien quelquefois, mais pas assez pour rejeter le panthéisme des stolques ; Épictète, qu'il remercie tant Rusticus de lui avoir fait lire, ne lui a pas appris à s'élever au-dessus des cérémonies sacrées par l'essor d'une ftme naturellement religieuse ; Maxime de Tyr, qu'il a tant aimé, n'est point parvenu à lui donner la notion certaine du Dieu un et personnel, de l'âme immortelle, de l'invocation, de la prière. 11 n'ose pas s'avouer, même dans la mesure où Sénèque et Épictète l'ont fait.
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que cette thôurgie sans dogme et même sans Diea dans laquelle il se laisse envelopper ne peut être que risible ou funeste, sjpercherie de l'homme ou prestige démoniaque, duperie ou sacrilège. S'il l'eût osé, il serait arrivé au monothéisme du philosophe, sinon au monothéisme du chrétien. Il n'eût peut-être pas été prosélyte de TÉglise» il n*en eût pas du moins été persécuteur. Mais par malheur son àme el son esprit s'inclinaient trop timidement devant ses maîtres, devant son peuple, devant ses dieux. Voilà pourquoi ce prince clément, honnête, plus chaste que la plupart des païens, et qui avait avec le christianisme plus de points de contact qu'aucun de ses prédécesseurs, fut, envers le christianisme, plus intolérant qu'aucun de ses prédécesseurs depuis la mort de Domitien. Voilà pourquoi aussi avec lui finit cette halte entre Domitien et Commode que la Providence, par un singulier concours d'événements, avait ménagée au monde romain. Le déclin ne commença pas seulement, nous le verrons, après Marc Âurèle, mais sous lui ; et, quoique les maux extérieurs de l'empire y soient pour quelque chose, le caractère de l'homme, ce caractère trop bien façonné peut-être, y est pour beaucoup.