MARC AURÉLE ET VERUS
Mais ces maux allaient encore s'accroître. La peste s'aggrava d'une disette, la seconde (en 162 et 166) depuis que Marc Aurèle gouvernail. La guerre d Orient à peine terminée, la guerre de Germanie se montrait plus sérieuse.
Il ne faut pas oublier que, en avant du Rhin, le long du Danube, et (depuis Trajan) le long des Carpatbes, Rome avait six cents lieues de frontières à garder et des barbares en face d'elle. 11 y avait deux manières de garder ces frontières ; ou mollement, comme l'avaient fait Tibère et ses imitateurs, laissant, par-ci par- là, quelques incursions se faire, quelques ravages s'opérer sur le territoire romain, quelques tributs s'arriérer, n'attaquant jamais, ne repoussant pas toujours ; ou au contraire, comme l'avaient fait Trajan et Hadrien, l'arme au pied, l'œil en éveil, prêt à rendre attaque pour attaque. La ligne du Rhin, depuis CorbulonetsurloutdepuisTrajan, pouvait sembler pacifiée; la ligne des Carpathes, qneTrajan le premier avait atieinte par sa conquête de la Dacie, touchait à des déserts, à des populations rares et vagabondes dont Rome alors s'inquiétait peu.
Mais la ligne du haut Danube n'était pas aussi assurée. La victoire de Trajan récente encore, son énergique trouée en Dacie, avaient refou In vers la Moravie et la Bohème bien des tribus voisines, jadis alliées ou vassales de l'empire dacique ; les unes de races teu tonique (Narisques, Quades, Hermundures, Marcomans), les autres de race slave ou sarmatique (lazyges, Roxolans), toutes vaincues mais
Galien, qui en parle à plusieurs reprises et comme durant depuis bien des années; de Methodo medend\ V, 12; X, 14; de Prmsagitione ex pufsibus, III 3, 4; in lllHippocr. de morhU vulgi**,, III. 57, 58, 11. Il la juge analogue à celle que décrit Tliucydide. Sur U du rée de cette maladie dans les siècles suivants voy. plus bas, liv. VU, cbap I.
non désarmées. Et, de plus, des peuples nouveaux, commençant à descendre du Nord, poussaient ces peuples vers le Midi. C'était l'avant-garde de la grande invasion du cinquième siècle : ainsi les Vandales, peuple slave que Tacite, soixante-cinq ans auparavant, plaçait sur les bords de la mer Baltique, et que nous voyons maintenant se rapprochant du Danube ; ainsi les Alains, peuple asiatique, que nous avons déjà vu, sous Vespasien et sous Hadrien, menacer l'Arménie *. Sous cette pression, les peuples vaincus par Trajan revenaient contre la frontière romaine ; ils entraient sur le sol romain pour y demander des champs et un abri, mais ils les demandaient les armes à la main.
C'étaient donc de véritables guerres, et ces guerres amenaient au profit des barbares des conquêtes au moins momentanées. Un peuple, du reste inconnu, lesCostobares, descendit jusque dans la Grèce et saccagea la ville d'Élatée. Les Marcomans et les Vandales paraissent être demeurés quelque temps en possession de la Pannonie affreusement ravagée. La puissance barbare était donc presque au pied des Alpes, de ces Alpes qui ont toujours été un si inutile rempart pour Tltalie. Il fallut armer en toute hâte, et en toute hâte réveiller le vieil esprit romain. Il fallut que Marc Aurèle cessât d'être prince philosophe, et commençât une vie militaire qui, bon gré mal gré, devait remplir tout son règne. 11 fallut que Rome, affligée par l'inondation, ruinée par la famine, décimée par la peste, s'armât résolument pour son salut, et entamât cette nouvelle série de guerres que les historiens comparent aux
t. V. ci -dessus, t. I, p. il ; t. II, p. 186, et le fragment d'Arrien, de la Marclie eonire les Alains,