‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 28 sur 156 · Apn\èe,deDeoSocratiSm T. m · texte numérisé non relu

Apn\èe,deDeoSocratiSm T. m

50 UYRR VI. — MARC AORÈLB.

Il y a plus, loiQ d'être comprimé comme aajoard*hui par une philosophie maladive et anormale, ce besoin, surexciu^ par Télément malsain qui lui était offert, dépasjsait plutôt la mesure. Gomme la notion divine ne se pre sentait qu'obscurément à l'âme, l'&me cherdiait en dehors de la notion pure de la Divinité matière à ses adorations, à ses espérances, à ses abaissements, à ses prières. Dieu, lui disait-on, était trop haut; elle allait ailleurs qu'à Dieu. Le Dieu un lui échappait par sa grandeur ; elle se faisait un Dieu multiple : le Dieu spirituel lui échappait par la subtilité de son essence ; elle se faisait un Dieu corporel : le Dieu créateur, par sa redoutable suprématie; elle se faisait des dieux créés : le Dieu personnel, par Tincompréhensibilité de son être ; elle se faisait des dieux impersonnels : le Dieu intelligent, tout-puissant, gouvernant toute chose, lui échappait enfin par la supériorité même de son intelligence, de sa providence, de son pouvoir; elle se faisait des dieux aveugles, inertes, gouvernés au lieu d'être gouvernants. Ce qu'elle adorait, ce qu'elle recherchait, ce qu'elle redoutait, elle arrivait à ne plus même l'appeler Dieu; elle l'appelait nature, éléments, force, destin, nécessité ; sous le nom de Fatum^ elle divinisait l'inerte, l'inintelligent, l'impassible. A vrai dire, elle ne savait pas ce qu'elle adorait; mais, se sentant dominée et ne pouvant ou ne voulant pas savoir ce qui la dominait, elle allait partout, cherchant de ses regards et de ses prières une force secrète, une puissance inconnue, corporelle plutôt qu'intellectuelle, terrestre plutôt que céleste, brute plutôt que pensante, surhumaine mais non divine.

Ainsi, à vrai dire, nul n'était croyant et tous étaient superstitieux; nul n'avait une foi claire en un seul Dieu

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et tous adoraient des milliers de dieux ; nui n'avait la con- Yiclion et tous avaient la passion religieuse. On se précipitait dans cette passion avec d'autant plus de violence qu*il n'y avait aucun dogme pour la borner. Cette maladie morale, qui avait produit le paganisme, était présente et agissante autant que jamais, et, à chaque journée du monde païen, en&ntait de nouveau le paganisme dans les &mes.

Qu'on ne s'étonne donc pas si, au temps de Marc Aurële et sous l'influence des calamités publiques, il y eut un redoublement de superstition et de paganisme. Un fait caractérise cet étal des âmes et en même temps a dû servir à Tencourager et à l'exciter. Les oracles ou du moins plusieurs oracles qui s'étaient tus vers la fin de la république romaine ou sous les premiers empereurs, recommençaient à parler. On les avait quittés ; on revenait à eux.

Ce n'est sans doute pas qu'ils eussent repris leur ancienne splendeur. Pausanias, quoiqu'il soit moins désolé que Plutarque, reconnaît qu'il n'y a plus ni prophète, ni sibylle et qu'il n'y en aura peut-élre plus dans l'avenir ^ On se demandait encore quel était le moins menteur de tous les oracles. On se tuait à comprendre leurs réponses, rendues, bêlas ! en vile prose, mais qui n'en étaient ni plus claires ni plus décisives, et qui se donnaient parfois d'étranges démentis. On en venait à accepter des puérilités misérables et qui cachaient à peine la supercherie; comme un certain oracle d'Apollon Spondius et une certaine Vesta de Phares, qui ne vous faisaient pas de réponse, mais vous engageaient à conjecturer l'avenir d'après le premier présage que vous rencontreriez ou le premier mot que vous entendriez dans la rue.

Oui, mais cependant on allait aux oracles. Celui de Delphes se maintenait toujours. Celui de Claros n'avait eu qu'une courte interruption. Celui des Brancbides avait même recommencé à parler en vers. L'antre de Troptioni us, le seul conservé parmi les oracles de la Béotie, recommençait à fleurir. La plupart de ces oracles devaient se maintenir jusqu'aux derniers temps du paganisme*.

Et de plus, à la pauvreté des oracles, on avait su trouver des compensations. On avait la magie et Taslrologie, toujours interdites par les lois, mais toujours populaires. Lucien, qui ne croit à rien, croit à Tastrologie. Le stoïcisme en fait un dogme. Seul, Calvisius Taurus ou Favorin, causant après souper, ose contester ce dogme ; mais encore son disciple Aulu-Gelle suppose-t-il que c'est un pur jeu

1. Critique des oracles dans, Lucien, PsetÂdomanlisi Jupiter troffsdus, p. 694-700. — Un prêtre des dieux dennande au faux prophète A.lexandre si les oracles de (]iaros, de Delphes et de Oidyine émanent véritablement d'Apollon. Lucien, Pseudomanlis,

m L'oracle de Mopsus à Mail us est le moins trompeur de tous ceux qui se sont conservés jusqu'à présent. « (Pausan., I, 34.) Cet oracle» celui d'Amphiaraiis et celui de Trophooius sont les plus estimés par Celsus. (Origène, In Cels., Vil, 35.) Delphes, Dodone, Tantre de Trophonius, Esculape, Ôérapis ne parlent qu'en prose. (Aristide, OraL VII in Serap.)

Faveur des oracles au temps dont nons parlons : Claros (Aristide, Sacrt Sermones, III, p 562), la fontaine de Petra, où on lit l'avenir duns un miroir (Pausan., VII, 21); celle de Cyanôe Ubid.); la Vesta de Phares (VII, 22) ; AmphiaraQs (I, 34) ; le temple d'Ino (fl. f); ie temple de Jupiter Lycœus, où on ne pénètre qu'à la condition de mour rir dans l'année, où les hommes et les animaux perdent leur ombre; on y reçoit les réponses par les exhalaisons d'une source (VIII, 38) ; Apollon Spondius, où Ton accepte comme réponse le premier présage venu (IX, 11); Amphirea en Phocide (X, 33); Apollon d'Argoa (II. 24) ; la déesse syrienne à Hiérapolis (Lucien, (fe Dea Syra, 36). -r- Sur les temps postérieurs, voy Jamblique Myst. ^jypl.^ lil, n* Sozomène, I, 7.

Sur la foi persistante du peuple au paganisme en général, voyez Pausan., X, 17; PiaL, de Supent., 6; Lucien, etc.

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d'esprit ; le maître n'a pu penser sérieuseinenl une telle énormité '. Quant à la magie, Apulée, accusé de sortilège, ne prend nullement la chose en plaisanterie, et parle de la magie comme d'une science qu'il ignore et dont il s'abs* tient, mais comme d'une science '.

Pour le surnaturel licite, celui des temples et des dieux, OQ avait un zèle presque égal. Le progrès de la civilisation permettait même d'ajouter aux dieux anciens des dieux nouveaux, aux dieux indigènes des dieux exotiques ', aux dieux de l'Occident surtout les dieux plus mystérieux de l'Orient. J'ai dit ailleurs ce qu'était ce cosmopolitisme religieux par suite duquel les rites de chaque peuple étaient devenus à peu près les rites de tous les peuples *. Mais cette importation se faisait surtout d'Orient en Occident. L'Egypte, la Syrie, l'Asie Mineure ne révéraient guère les dieux romains, si ce n'esta titre officiel et comme les dieux de la nation souveraine. Mais, dans la Grèce, réputée si jalouse de ses temples et de ses dieux, Pau^anias

1. LacieD, de Astrologia, ^ OstentaDdi gratia ingenii an quod ita aerio judicare:? Aulu-GeU., XIV, 1.

t. Apulée, in ApoL Remarquez que l'accusateur est esprit fort. Apulée le lui reproche ; mais cet esprit fort n'en prend pas moins la magie au sérieux. Un fait de magie cité par Pausanias qui l'a vu de ses yeux, V, 27. Voy. encore, sur la^ nécromancie, Lucien, Necyom , p. 159 : 8. Justin, ÀpoL, I, 18. École juive de magie, selon Pline, Hisl, nat., XXX, 1.

3. Aussi, dans rassemblée des dieux. Mercure est-il fort cmi)arrassé dans ses fonctions de héraut. Ces dieux sont gaulois, thraces, Scythes, et lui, ne sait que le grec (Lucien, Jupiter tragxaus , p, 685.) — Les dieux arrivent avec les costumes les plus étranges, Mithra avec sa tiare persique, et ne comprenant pas un mot de ce qui se dit iConcilium deorum, p. 1098). Arrêt comique rendu par celte assemblée (p. 110}. Ailleurs Jupiter se plaint de ce qu'Attys et BendèSBont d*or, tandis que les dieux grecs sont de pierre ou de bronze {Juv- iragwd . p 683).

4. Voy. les Césars, Tableau, eic, I. II, ch. i, Î2 ; t. III, ch. ii. i 1. Rome et la Judée, ch. xix. et ci-dessus, t. II, p. 61.

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nous fait voir sans cesse des autels dressés aux divinités de l'Egypte et de la Syrie ^ Hais Rome, mais Tltalie, mais après Rome et l'Italie tout l'Occident, nous montrent à chaque pas des inscriptions en l'honneur d'Isis, d'Osiris, de Sérapis, d'Ammon, de la Mère des dieux «, d'Aslarté, d'Adonis*. Partout, les prêtres de la déesse Syrienne, qu'on la nomme Diane, Bellone, Astarté, Atei^tis, colportent leur idole dans les campagnes, et s'en vont vêtus de noir, déguenillés, le visage barbouillé, les paupières peintes, chantant, dansant, hurlant, tourbillonnant, se flagellant, se mordant les membres, se déchirant avec leurs ongles, se tailladant les bras, teignant le sol de leur sang ou le donnant à boire à titre de breuvage consacré ; fanatiques comme les derviches tourneurs, et comme eux mendiants» mais mendiant au nom de leur déesse *. Le monde romain est tout entier aux pieds de la Diane d'Éphèse, « ce lieu,

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