‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 34 sur 156 · VI, 2i · texte numérisé non relu

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l'état de puissance politique ; ce rhéteur se permettait d*avoir des idées, de sortir des lieux communs, d'émettre des paradoxes, de rêver des utopies, de croire à la possibilité d'uD monde meilleur. Sous Marc Aurèle, nous avons aussi un rhéteur qu'on appelle Aristide, mais un pur rhéteur, le phrasier le plus banal, le plus inutile, le plus mythologique, le plus stérilement laudatif qu'il soit possible d'imaginer, quoiqu'il fasse le désespoir d'Hérode Atticus, que les villes lui érigent des statues et qu'on rappelle le premier des Grecs i. Mais de plus, c'est un malade, et, par suite de sa maladie et de son désir de guérir, c'est un illuminé, un halluciné, un adepte. Grâce à la peste, le grand dieu de ce temps-là était Esculape. La dévotion, toute corporelle et toute grossière, courait de préférence aux autels du dieu médecin ; ses sanctuaires à Épidaure, à Cos, à Tricca, à Pellène, étaient encombrés de malades et de cadeaux *. Pergame surtout était pour ces dévots tout terrestres ce qu'est la Mecque pour le musulmans, ou même Jérusalem pour les chrétiens ; le salut pour les Romains, c'était la santé. Quand on avait fait ensemble le pèlerinage de Pergame, on avait contracté l'un avec l'autre un lien plus étroit que toute autre

1. D'après quelques inscriptions gréco-égyptiennes et d'autres indications, P. iElius Aristide serait né à Hadriana en Mésie, quoiqu'il ait depuis adopté Smyrne pour sa patrie; il aurait parcouru l'Egypte vers 147, Héliodore rhéteur étant préfet d'Egypte. En 165, il fait l'éloge de Gyrène; en 177, tremblement de terre de Smyrne, au sujet duquel il fait une harangue; il meurt en 186 ou, 187. (Voy. Philostraie. Vila soph, 11,9; M Letronne, Recueil d'inscriptions, t. I Borghesi, Atmali deF instiluto di Corresp. archéoL, t. XXlv' M. Waddingion. Mémoires de fÀcad. des Inscript,, t. XXVl', !»• partie). Buste d'Aristide dans Visconti {/eonogr, grecque, t. 1, p. 148). Inscription appartenant au piédestal de sa statue érigée par plusieurs villes d'Egypte. (MaflTei, Mus. Véron, p. 4t.)

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