‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 38 sur 156 · IV · texte numérisé non relu

IV

Prodiges (voy. ailleurs les guérisons) : pierre sonore à Mégare(t(<., I, 42) ; mirage dans l'eau (III, 25) ; les oiseaux de proie s'éloignent de la chair des sacrifices, à Olympie (Y, 14) ; autel qui épouvante les chevaux (VI, 20); et d'autres (II. 35. VI, 26, X, 31) ; les temples où l'on n'entre pas sans mourir (X. 32); fontaine qui éprouve les parjures (Phi losir., in ApoU., 1,6).

Visions, apparitions Celse, apud Orig., VII. 35). Maxime de Tyr a vu les Dioscures. Pour ce fait et pour d'autres, voy. Max. Tyr., Dissert., 27 in fine.

Pausanias ne parle guères que par ou!-dire, mais les saints Pères croy«'iient ii la réalité de ceriains de ces faits (V. ce que j'ai dit cidessus, t II, p. 306 et suiv.)

80 LIVRR Vl. — MARC AURÉLB.

reusemenl pas conduit jusqu'à la vérité ; elle ne Ta mené qu'au doute, ou, pour mieux dire, à la critique. Lucien est le critique universel. Il fait la critique de la mythologie, lui donnant, on peut dire, le coup de grâce avec une verve de sarcasme dont les Pères de l'Église ont bien su profiter. Il fait la critique ou au moins la satire de toutes les superstitions populaires et philosophiques, des devins, des oracles, des songes, des sacrifices, des incantations, d'Esculape lui-même. Il fait la critique de la philosophie et de toutes les philosophies, sinon de tous les philosophes possibles; les injuriant, les fustigeant, les mettant à l'encan et donnant le meilleur d'entre ces docteurs pour vingt mines ' ; abhorrant les platoniciens et les socratiques, détestant les stoïciens, traitant Épicure d'ivrogne, ne ménageant pas toujours les cyniques. Il fait enfin la critique du christianisme ; mais ici, vaincu par la puissance de la vérité et de la vertu, le mal qu*il en veut dire devient un magnifique quoique involontaire éloge. Que croit-il ? Que pense-til au fond ? On ne le sait pas, et il ne le sait guère. Il parle une ou deux foLs des dieux et d'un songe qu'ils lui ont envoyé ; il a un morceau sur la Providence. Il croit à Tastrologie ou du moins il semble y croire, atteint par ce côté- là de la maladie de son époque. Il se tait sur l'existence de Dieu, il combat la Providence, il se raille de Timmortalité de Tàme ; mieux valait encore brûler de l'encens à Jupiter et croire à la barque de Caron *.

1. (Deux mille francs) : Ëpicure deux mines , Chrysippe douze ; un përipalélicien vingt ; un sceptique une. Bocrate est coié à deux talents (douze mille francs), mais ironiquement. Vitarum auclio.

t. Contre la Providence et l'immortalité de Tâme, voy. Jupiter Confulaïus, Jupiter Trayions; contre tous les dieux, les idoles, les fables, Jupiter Tragadus Critique de la magie, des prestiges, etc., FUUopseudes.

RBGR1TDBSGKNCE DU PAGAHISMB 81

Apulée caractérise bien, comme du reste l'avait fait Plutarque, cette impiété brutale d'un petit nombre, celte superstition effarée de la multitude. Il excepte les platoniciens, et surtout lui-même ; mais on a pu juger si l'exception est bien méritée : a La foule profane, dit-il, les ignorants en fait de philosophie, avec leur dévotion chi*mérique, leur raison absente, leur religion appauvrie^ leur âme incapable de la vérité, méconnaissent les dieux, soit par le culte le plus pusillanime, soit par le plus insolent dédain. Ceux-là sont superstitieux, ceux-ci pleins de mépris ; les uns sont tremblants, les autres arrogants. Ces dieux, placés au sommet de Téther, et séparés par une immense distance de tout contact humain, sont adorés du plus grand, nombre, mais par un culte illégi-* time ; redoutés de tous, mais sans qu'ils sachent pour-^ quoi ; déniés par un petit nombre, et ce petit nombre sont des impies ^ »

Voilà ce qu'était le monde païen sous le prince philosophe Marc Aurèle. 11 était incontestablement plus païen et moins philosophe qu'il n'avait été sous Trajan, sous Hadrien, même sous Antonin. Pourquoi cette décadence T

Sans aucun doute, les circonstances extérieures y étaient pour beaucoup. Le monde avait eu, sous Hadrien et encore plus sous Antonin, quarante ans d'une paix inouïe. Antonin mort, le nuage amassé pendant tant d'années avait éclaté ; on avait en la famine, la peste, une guerre de barbares à cinq ou six journées de marche de ritalie. Alors la veine païenne, toujours si abondante et si vivace, avait jailli. Il y avait eu, sous rinfluence des calamités publiques, une recrudescence de paganisme,

Page 1