‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 43 sur 156 · Justin, ApQl,f II · texte numérisé non relu

Justin, ApQl,f II

et coDflaûte à ce momeal, fui surprise par un effrayant réveil.

Et à Rome, et hors de Rome, son premier recours humain fut vers le prince. Le pouvoir, depuis quelques années, Tavait accoutumée à d'autres allures ; elle voulait croire, elle croyait à la clémence, à l'équité, à la vertu de Marc Âurèle. Justin, qui avait si hardiment parlé à Antonin et qui semblait avoir (^té compris, jeta alors au pied de la chaise curule de son successeur un cri de surprise et en même temps de confiance ; mais surtout le cri d*un homme résolu que nulle terreur ne fera fléchir *. Il n'atténue pas l'ancienne liberté de sa parole : « Ce qui vient de se passer dans Rome, devant Urbicus, ce qui se passe dans toutes les provinces devant les magistrats, ces actes iniques m'obligent à vous parler, à vous Romains, qui êtes mes semblables et mes frères, quoique, dans Téclat de vos dignités, vous puissiez ne pas le savoir ou ne pas le vouloir... En ce moment, quiconque est repris pour une faute par un voisin, par un père, par un fils, par un frère, par un ami, par un mari, par une femme, s'en prend aux chrétiens et veut notre mort... 11 trouve pour 1 aider les mauvais démons qui sont nos ennemis ; il trouve des juges esclaves et adorateurs de ces démons... Et je m'attends bien que Tun de ces ennemis va me dresser des embûches et m'atlacber au poteau, ne serait-ce que ce Crescens, cet amant delà célébrité et du bruit... Déjà plus d'une fois j'ai disputé avec lui, et, si vous avez lu mes questions et ses réponses, vous êtes témoins de sa profonde ignorance en ce qui nous louche. Si vous ne les

1. La seconde Apologie de saint Justin date du règne simultané de Marc Aurèle et de Verus (161-169). Voy. cb. 2. et Ëusèbe, H eecl-, IV, 16.

connaissez pas, je suis prêt à renouveler la discussion devant vous... Qu*on ne nous dise pourtant pas : «Mourez « tous, allez à votre Dieu, donnez-vous la mort que vous ff désirez et que nous n'ayons plus à nous occuper de c vous. » Non, nous ne nous donnerons pas la mort ; seulement, traduits devant le juge, nous confesserons hardiment notre foi. Et la raison est celle-ci : Dieu a fait le monde, il l'a fait pour le genre humain ; il Ta fait pour le voir habité par des êtres qui imitent leur Dieu et qui lui plaisent, non par des êtres qui manquent à sa loi et qui l'oBensent. Si nous, chrétiens, nous nous précipitions tous dans la mort, s'il arrivait que, par notre faute, le genre humain cessât d'exister, ou que la doctrine divine cessât d'être enseignée, nous irions contre les desseins de Dieu. Mais, traduits devant le juge, nous ne nions point notre foi, parce que nous n avons pas à en rougir, parce qu'en toute chose nous croyons le mensonge impie et la vérité agréable à Dieu I »

Ce n'est point du reste ici une apologie en forme comme la première, c'est un cri de l'âme ; c'est une protestation jetée par Justin entre deux supplices, celui de ses frères qui a eu lieu hier et le sien propre qui aura lieu demain. L'évidence et la beauté de la doctrine chrétienne, l'origine impure du paganisme, la demi-lumière que la philosophie a pu jeter sur la vie humaine, tout cela est touché en quelques paroles plus animées et plus éloquentes encore qu'au temps où Justin parlait en face d'un péril moins imminent. Puis il flnit en demandant hardiment, non plus seulement la tolérance, mais l'approbation : « En terminant, nous vous demandons, dit-il, que cet écrit soit.publié, revêtu de votre approbation, afin que tous sachent ce qu'il faut penser de nous..., que tous, s'il

9^ LIVRE Yl. — HAHC AURÈLh:.

se peut, soient changés. Aux yeux de tout homme sage, notre doctrine, loin d'être répréhensibie, est au-dessus de toute philosophie; à plus forte raison estroUe au-dessus des sotadiques S des phîlénidiens, des danseurs du théâtre {6px?i9rpif»iç)f des épicuriens, qui eux sont libres de se montrer sur la scène et de faire lire à tous leurs écrits. Maintenant donc, nous nous taisons, ayant fait ce qui était en nous, et nous demandons à Dieu d'appeler à la connais* sance de la vérité toutes les contrées et tous les hommes. A votre tour, puissiez-vous, d'accord avec la piété et la philosophie, juger équitablement cette cause qui au fond est votre cause ! »

Loin de Rome, où Justin tenait ce langage, l'étonnement des chrétiens était plus grand encore ; leur confiance en la justice impériale encore plus grande. Un des saints, un des prophètes, un des héros de cette Église d*Asie déjà couronnée de tant de lumières, Héliton, évèque de Sardes, laisse échapper, lui aussi, un cri de surprise : «Ce qui n'était jamais arrivé arrive aujourd'hui. La race des croyants, en vertu d'édits nouveaux, est livrée en Asie à la persécution. Si cette persécution a lieu par ton ordre, dit-il au prince, tout est bien ; un roi juste ne peut ordonner rien d'injuste, et nous recevrons la mort avec joie comme une récompense. Nous ne te demanderons alors qu'une chose, c*est déjuger par toi-même ces hommes qu'on accuse, et d'examiner s'ils sont dignes de mort ou dignes d*ètre rendus à la sécurité et à la vie. Mais si, au contraire, cet arrêt étrange et inouï, qui serait inique même envers des ennemis et des barbares, n'émane point de ton autorité, nous te demanderons

i. Soude fui l'ioveDteur du xivacSoXôytcv. Strabon, XIV. Les pbilé> Didiens ou pbiléniens étaient une auîre secte obscène. Athénée, Suidas,

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plus que jamais de nous protéger contre un pareil brigandage... Notre religion est née sous Auguste, elle a grandi avec Tempire et avec sa gloire. Seuls, Néron et Domitien, cédant à des conseils funestes, ont voulu la proscrire, et de là la haine que lui porte une aveugle multitude. Hais la faute de ces deux princes a été réparée par tes pieux ancêtres. Plus d'une fois leurs édits ont réprimé ceux qui voulaient innover contre nous. » Et après avoir dté de nombreux édits d'Hadrien et d'Antonin : t A plus forte rai*<on, ajoute-t-il, toi, qui sur tout cela penses comme eux, toi dont la pensée est môme beaucoup plus humaine encore et plus philosophique que la leur^ nous avons la confiance que tu feras ce que nous te demandons K »

Puis, après cette expression de confiance en la justice impériale, vient une confession de la foi chrétienne et une critique du paganisme aussi hardie que celle de Justin : c Oui, certes, il est difficile d'amener à la voie droite l'homme qui a été longtemps dans Terreur. Ce n'est pas impossible, pourtant. Quand le brouillard se dissipe^ le soleil nous apparaît; quand le nuage de l'erreur commence à s'évanouir. Dieu aussi nous apparaît... Lorsque l'homme n'avait pas encore appris ni découvert qu'il y a un Maître suprême de toute la création, son erreur n'était pas sans excuse ; on ne fait pas un crime à l'aveugle de ce qu'il se trompe de chemin .. Mais maintenant que, sur toute la terre, a été prononcée la parole qui révèle l'existence du

t. Méliloo veat bien oublier les pereécatioas de Tngan. Il parait bien d'ailleurs et il résulte de son texte que, sous Hadrien et Antonin la persécution, au moins en Asie, fut peu fréquente.

Sur cette apologie, voyez Eusèbe, Hist. eccl., I, 25, et le texte syriaque, retrouvé récemment en Angleterre et traduit par M. Renan. SpicUegiumSoUsm., 11, p. XII, XXXVIII, LVI. Sur Méliton, V. Uieronym. Bp, ad Magnum, 83.

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Dieu véritable, mainlenant que l'œil a élé donné à Thomme pour voir, ceux-là sont sans excuse, qui, éclairés par celte lumière, mais intimidés par l'ascendant de la multitude, n'Qsent rentrer dans la droite voie. Qui que tu sois qui passes pour une libre intelligence, un esprit ami de la vérité, sois digne de ce nom; quand tu porterais les babils d*une femme, souviens-toi que tu es une créature humaine. . . Je rougis pour ceux qui ne comprennent pas qu'ils sont plus grands que les oeuvres de leurs mains... Est-il une pire honte que d'adorer Tor et Targent qu'on a donnés au fondeur, de les adorer au mépris de celui qui nous donna l'argent et l'or ; que d'insulter l'homme et d*adorer l'image d'un homme ; que de mettre à mort les animaux et d'adorer l'image d*un animal?... Voilà des aromates empaquetés, on ne les adore pas; mais que de ces aromates l'artisan fasse une idole, on l'adore. Un lingot d'or ou d'ai^ent, on ne l'adore pas ; mais que de ce métal le ciseleur fasse une idole, on l'adore 1 insensé ! qu'a-t-on ajouté à cet or pour que tu te prosternes devant lui? On lui a donné la forme d'un oiseau : que n'adores-tu l'oiseau ? La forme d'une bète dévorante : la bëte elle-même est devant loi ; que ne l'adores-tu ? Et si l'œuvre de l'arliste te parait belle, combien n'est pas plus belle l'œuvre de Dieu, que l'artiste imite, mais ne saurait égaler...?

c Connais-toi donc toi-même et connais Dieu. Comprends quel rôle joue en toi ce qu'on appelle ton àme. Par elle l'œil voit, l'oreille entend, la bouche parle; le corps tout entier est à son service. Et quand Dieu retire l'àme du corps, le corps tombe et se corrompt. Que ce moteur invisible de ton être te fasse comprendre le Dieu, moteur invisible du monde. Quand lui aussi retirera du monde sa puissance vivifiante, le mond(^ tombera et périra comme

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nous voyons périr le corps de Thomme... Lève- toi donc du milieu de ces dormants; ne sois plus de ceux qui baisent des pierres, qui jettent en offrande au feu le pain dont ils vivent, qui revêtent les idoles de leurs propres vêtements; qui adorent, eux doués de sens et de raison, Tirrationnel et Tinseosible : oui, lève- toi; pour ton &me impérissable, fais des prières au Dieu impérissable, et alors ta liberté te sera rendue... »

Le prince philosophe auquel parle Méliton sera-t-il faible devant l'opioion du vulgaire? Le roi dira-t-il : « Je ne tt puis, je suis roi, il faut que j'agisse selon la volonté de « mes peuples? » Ce langage serait digne de risée. N'est-ce pas au roi à donner le premier exemple de tout ce qui est bon, à pousser son peuple vers la pureté de la vie et la connaissance véritable de Dieu?... Le royaume ne peut être en paix qu'autant que le roi connaît et craint le vrai Dieu, qu'il le fait connaître à ses sujets, qu'en toutes choses il juge comme un homme qui sera lui-même jugé de Dieu. Les sujets alors, par crainte de Dieu, n'oseront faire torl ni à leur souverain ni à leurs compatriotes. Le prince sera équitable envers ses sujets ; les sujets fidèles à leur prince, les citoyens probes les uns envers les aulres. La paix sera parfaite et le nom de Dieu sera loué partout. »

Le successeur d'Auguste se croira-t-il aveuglément lié à la tradition de ses aïeux ? « Bien des hommes disent : nous suivons les traces que nous ont laissées nos pères* Mais alors pourquoi, si leurs pères les ont laissés pauvres, veulent-ils s enrichir I Si leurs pères les ont laissés ignorants, pourquoi veulent-ils s'instruire ? Pourquoi les fils des aveugles voient-ils et les fils des boiteux marchentils?... Ton père a-t-il marché droit ? S'il en est ainsi, marche comme ton père ; mais si ton père marchait de

travers, De l'iniite poiol et détourne tes flls de Timiter ; gémis sur Terreur de Ion père, ta douleur peut lui être utile... Apprends tout cela, ô Autonin César, apprends-le à tes enfants ; tu leur laisseras en héritage les impérissables trésors de i'élernité. Tu délivreras ton kme et Tâme de tes enfants de ce jugement infaillible et vrai que doit subir toute la terre. Ciomme tu auras connu Dieu aujourd'hui, Dieu à cette heure te connaîtra. »

Et par la voix de la chrétienté romaine, et par celle de la chrétienté asiatique, Anlonin César était donc mis en demeure. La question était posée nettement devant lui, et par les persécutés et par les persécuteurs. Ces con* fessions si franches, ces apologies si nettes, tant de décision, tant décourage, tant-de verve, tant de bon sens, tout cela arriva t-il à Tespritet au cœur du prince philosophe? Comprit-il qu'il avait comme homnje à sauver son ftme, comme philosophe à éclairer sa raison, comme souverain i préserver son empire T

Hélas ! non, sa raison ne voulait rien entendre et sa politique avait déjà pris parti. Il parle une seule fois des chrétiens et il en parle en homme qui ne les comprend pas; il en parle comme de gens qui se jettent dans la mort par obéissance aveugle à une secte, non par une conviction libre et personnelle ^ Marc Aurèle ne fut jamais grand connaisseur en fait d'hommes ; il n*eut pas, politiquement parlant, la sagesse qu'avaient eue ses prédécesseurs, de discerner

1. • Telle doit être l'Ame, toute prête, s'il faut te séparer de son corps, soit à se sentir éteindre, soit à se dissiper dans les éléments, soit à demeurer telle qu'elle est. » (Toujours ce même doute et celte même hésitation chez Marc Âurèie). • Elle doit s'y tenir prête, et cela par un acte de son propre jugement, non par un pur esprit de faction (avec une témérité d'enfants perdus ? xarà ^iXi/f 'Kaparain } , comme les chrétiens, mais avec réflexion, avec gravité, et afin de persuader les autres, sans rien de théâtral {àstpay^!^). XI, 3.

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dans la prépondérance des cultes orientaux un péril serieax pour l'empire, et de ménager les chrétiens, ne fûtce qu'à titre de gens plus sensés et moins dangereux que les fanatiques de Cybèle et les prêtres homicides de Holoch. Loin de là, MarcAurële s'était précipité à corps perdu dans les voies de l'orientalisme. Se jeter dans les bras de ceuxci, c'était à peu près forcément persécuter ceux-là. De plus, les chrétiens avaient tant d'ennemis : les Juifs d'abord, leurs éternels dénonciateurs ; le peuple ensuite, plus que jamais païen de cœur ; puis les philosophes, si puissants sous ce règne et dont l'école était jalouse de l'école chrétienne ; puis les affranchis, les courtisans, Fronton, Lucius Verus, Faustine peut-être, je ne sais qui encore. Marc Âurèle n'était pas homme à résister à tant de monde à la fois. Il pouvait être honnête homme au degré de Pilate ; il ne pouvait l'être au degré de Gamaliel.

La persécution commencée par les magistrats fut donc ratifiée au moins par le silence du prince. Que restait- il, sinon que les apologistes devinssent martyrs et rendissent, après le témoignage de la parole, celui du sang 7 A Rome, où le prêtre Symmétrius et vingt-deux autres chrétiens venaient, sans forme de procès, d'être misa mort dans le lieu même de leurs assemblées ', le tour de Justin ne pouvait se faire attendre ; dans sa dernière apologie il prévoyait un prochain martyre. Bientôt en effet Justin et six autres fidèles, ses compagnons, comparurent devant

1. Voy. les actes de sainte Praxède, cités plus haut, t. Il, 1. V, cb. 9. hs martyre de Symmétrius eut lieu deux ans et dix jours après la consécration du iUulus mentionné plus haut. Praxède les ensovelit le 7 des ides de juin, dans le cimetière de Priscilla, sur la via Salaria, où elle-même, martyrisée trente-quatre jours après, tui enterrée par le prêtre Pastor.

T. in. 7

9g UVRB YI. — MAHC AORÈLB.

le préfet de Rome, qui était alors Junius Rusticus, philosophe et descendant de philosophes, précepteur et ami de Marc Aurèle «. « Quelle est la doctrine que tu as embrassée ? lui dit le préfet. — J'ai essayé de connaître toutes les doctrines , mais je me suis attaché à la doctrine véritable, 4 celle des chrétiens, bien qu'elle déplaise aux faux docteurs. — C'est là la doctrine qui te plaît, malheureux I — Oui. sans doute, d'autant plus que je la suis plus fidèlement. - Quelle est cette doctrine T - Notre doctrine est de pratiquer la piété envers notre Dieu, que nous confessons être un, créateur du monde visible et du monde invisible ; envers lui et envers le Seigneur Jésus- Christ, Fils de Dieu, que les prophètes ont annoncé comme messager du salul et révélateur de la vérité. Moi qui ne suis qu'un mortel, je ne puis parler que faiblement de son infinie divinité. C'est aux prophètes qu'il apparUent de le faire. » Et après quelques autres quesUons : « Ta esdonc chrétien? lui demanda encore le préfet.— Oui

certes, je suis chrétien ».

Après l'interrogatoire de Justin, celui des autres frères ne fut pas long. Rusticus dit à Chariton : « El toi aussi, es-tu chrétien î — Oui, je suis chrétien par la volonté de Dieu. — Et toi, que dis tu, Chariiina î — Je sois chri«tienne, dit cette femme, par la bonté de Dieu. » On autre lui diù • Je suis Évelpiste, esclave de César ; mais, moi aussi, je suis chrétien, aflranchi du Christ, et, par la grâce du Christ, j'ai part aux mômes espérances que ceuxci » » Hiérax, Péon, Liberianus répondirent de môme : « C'est Justin, leur dit le préfet, qui vous a faits chrétien^i î

1. Sur Junia» BuMicu», »oy. ci-desta», t. Il, p. M, I. Évelpiste veut dire qui a bonne espérance.

— J'étais cbrr^tien depuis longtemps, dit Hi<'Tax, je le serai toujours. » Péoo dit : « C^est de mes parents que j'ai reçu cette sainte doctrine. » Évclpisle : « J'ai été heureux d'entendre Justin, mais c'est à mes parents que je dois d'être chrétien. — Où sont tes parents ? dit le préfet à Aiérax. — Mon vrai père est le Christ, ma vraie mère est la foi au Christ ; mes parents terrestres sont morts. »

Le préfet revint ensuite à Justin et le menaça du supplice : t Si je te fais battre de verges et décapiter, tu t*imagines donc monter au ciel 7 — Je ne me l'imagine pas, mais je le sais et j'en suis certain. » Le préfet dit alors : c Faisons maintenant ce que nous avons à faire et ce qui presse. Réunissez- vous et sacrifiez tous ensemble aux dieux. » Et, comme le refus de Justin était suivi de nouvelles menaces : « Tous nos vœux, dit le martyr, sont d*ètre sauvés en souffranl pour Notre-Seigneur Jésus- Christ. Ce sera là notre salut et notre confiance, quand nous comparaîtrons devant le redoutable et universel tribunal de Notre-Seigneur et de Notre Sauveur. » Et les autres dirent avec lui au préfet : « Fais ce que tu voudras, nous sommes chrétiens et nous ne sacrifions pas aux idoles. » t

Le préfet alors rendit sa sentence, et « les saints martyrs, louant Dieu, furent conduits au lieu ordinaire du supplice ; là, fouettés et enfin frappés de la hache, ils consommèrent leur mariyreen confessant le Sauveur. Plus tard, quelques fidèles enlevèrent leurs corps en cachette et les placèrent en un lieu convenable, par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soit la gloire dans tous le siècles des siècles. Amen '. •

i. Le* actes de saint Justin ^apud Metaphrast* 1** juin} sont en

100 UVRE VI. — MAttC AUBÈLE.

Voilà quelle réponse était faite à Rome, au nom de Marc AurèlOf à la courageuse et confiante apologie de saint Justin.

Voici également quelle réponse était faiite en Asie, au nom de Marc Aurèle, à IVloquente et non moins confiante apologie de Méliton. La hache du bourreau ne tomba pas cette fois sur l'apologiste lui-même, mais elle tomba bien près de lui.

L'Église de Smyrne était gouvernée par un vieillard presque centenaire, nommé (ou peut-être surnommé, tant ce nom semble approprié à la fécondité de son apostolat) Polycarpos (qui a beaucoup de flruits). Évêque depuis soixante-dix ans environ, disciple de saint Jean, il avait connu plusieurs de ceux qui avaient connu le Sauveur ; il était le dernier anneau qui rattachait l'Église de ce temps à l'Église apostolique. 11 avait, sous Trajan, baisé les chaînes et reçu les adieux de saint Ignace allant au martyre ; il reste de lui sur ce sujet une lettre aux chrétiens de Philippes, écrite avec cette simplicité, cette brièveté et cette effusion que Ton peut appeler le style apostolique, que saint Ignace et lui avaient conservées et qui ne se retrouve pas au même degré après eux. Polycarpe était allé à Rome au temps du pape Anicet et des disputes sur la P&que ; il avait exposé la discipline des Églises d'Asie, et le pape lui avait fait connaître celle de l'Église romaine ^ puis ils s'étaient quittés, chacun gardant ses usages, mais toujours unis dans la charité. A Rome

grec et d'une authenticité incontestée. Ils sont confirmés par le témoignage d*Ëusèbe (IV, t6|, de Tatien (16), et, en ce qui touche la haine de Grescens contre saint Justin, de saint Justin lui-môme, ApoLf H, 3. La date de son martyre est l*an 167 ou 168. Selon les Latins, 13 avril, selon les Grecs, le !•' juin.

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PERSÉCUTION. iOi

aussi, Polycarpe avait combattu Valentin et Marcion ; il avait ramené au sein de TÉgiise quelques-uns de leurs sectateurs. « Me connais-tu ? lui avait dit Harcion, en le rencontrant. — Oui, je te connais, premier*né de Satan,» lui avait répondu Tévèque. Ce témoin des anciens âges était donc, comme saint Jean l'avait été, le modèle et le pasteur suprême des Églises d'Asie. La foule des chrétiens se pressait autour de lui ; on se croyait béni pour avoir touché ce corps prédestiné à la gloire, et nul n'aurait permis à ce vieillard de nouer lui-même le nœud de sa chaussure*.

Quand la persécution éclata dans la province d'Asie, Smyrne, où résidait alors le proconsul, fut témoin de plusieurs martyres. Douze chrétiens y furent amenés de Philadelphie. Un d'eux apostasia. Mais il y en eut d'autres qui, déchirés jusqu'aux os, sourirent au milieu de leur supplice ; d'autres qui, livrésaux flammes, se plaignirent, en riant, de ne pas ressentir assez de chaleur, lin jeune homme, appelé Germanicus, qui allait ëlre livré aux bêles, et que le préfet suppliait d'épargner sa jeunesse» provoqua la bêle féroce, afin d*enêtre plus sûrement dévoré. Irritée de ce courage, lamultitude païenne s'en prit à celui qui en était le plus habituel inspirateur, et cria : « Mort aux impies ! Qu'on amène Polycarpe ! »

Polycarpe, cependant, sur la prière des Odèles, avait consenti à se retirer dans une maison de campagne non loin de la ville. Le secret de sa retraite fut trahi, et les soldats vinrent l'y surprendre ; c'était le jour de la Parascève ( le vendredi saint ) i. c Polycarpe était à

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