‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 51 sur 156 · Butrope, VIII · texte numérisé non relu

Butrope, VIII

contre l'usage de Marc Aurèle, ces titres furent acceptés de la bouche du soldat sans attendre la décision du sénat; mais tous, païens et chrétiens, s'accordèrent pour voir là un fait surhumain. Les plus superstitieux, on peut dire les plus impies, y virent une œuvre de la puissance magique qui commandait aux dieux et forçait le ciel à s'ouvrir ; ce fut l'Égyptien Âmuphis, ce fut un autre magicien, appelé Julien, auteur délivres théurgiques, qui, selon eux, avait sauvé l'armée ' . D'autres, plus respectueux et plus dignes, virent dans ce miraculeux ouragan un hommage rendu par les dieux & la vertu de Marc Âurèle* ; le bas-relief de la colonne Antonine, élevée sous le règne de Commode à la mémoire de son père, représente Jupiter Pluvius répandant sur les Romains une pluie bienfaisante et lançant sa foudre contre les barbares. Et, deux cent cinquante ans plus tard, le poète Claudien ', après avoir peint avec son emphase ordinaire cette victoire « où les hommes n'eurent point de part, ce feu qui brûlait le cavalier sur son cheval, qui faisait fondre le casque sur sa tète et i'épée dans ses mains ; » Claudien rejette Tidée de la magie et aime mieux y voir un témoignage rendu par le dieu de la foudre à la piété de Marc Aurèle lui-même. D'autres enfin parmi les païens, et Marc Aurèle lui-même^ soupçonnèrent ici la puissance d'une prière pure et pleine de foi. Une lettre de lui qu'Apollinaire et TertuUien, le premier tout à fai^ contemporain, le second presque contemporain, nous disent

Page 1