‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 52 sur 156 · Panegyr., VI consul. Honor · texte numérisé non relu

Panegyr., VI consul. Honor

« Tune contenta polo, mortalis nescia teli Pugna fuit, Cbaldaca mago seu carmina ritu Armayere deos, seu, quod reor, omne Tonantis Obsequium Marci mores potuere mereri. »

avoir lue, atteslait que la prière des soldats chrétiens avait contribué à faire descendre sur l'armée les eaux du ciel. A plus forte raison, les chrétiens n'hésitèreat-ils pas à rendre rhommage qu*ils devaient à la miséricorde de Dieu et à la piété de leurs frères. TertuUien, Apollinaire, Eusèbe, saiot Grégoire deNysse, Orose, saint Jérôme ^ célèbrent la foi, perpétuée jusqu'en leur temps, de la légion Fulminante : les quarante martyrs de Sébaste, si célèbres dans la dernière persécution, appartenaient à cette légion ; le saint martyr Polyeucte, qui souffrit environ quatre-vingts ans après Marc Aurèle, était lui aussi de la ville de Hélitène et à son tour avait été soldat de la légion Fulminante.

Après ce grand événement et cette intervention du Ciel, la Germanie soumise ne résiste plus. Les députés barbares affluent au camp romain, sollicitant une paix que le prince, trop bien instruit par Texpérience, soumet à de rigoAreuses conditions. Les lazyges rendent cent mille prisonniers, les Marcomans treize mille, et promettent d'en rendre bien d'autres encore : ces prisonniers n'étaient pas des soldats, c'étaient des populations entières que les barbares, maîtres des provinces romaines, avaient balayées et emmenées avec eux. Marc Aurèle va pouvoir enfin, après trois ans d'absence, reparaître pour quelques jours dans Rome, où sesamis le supplient de revenir (i 75).

il laissait la paix aussi assurée que, sur une telle fron-

1. Easèbe. BisL ecei, V, 4, 5, et Chron. (D*aprè« Apollinaire, évéque d'Hiéraple, contemporain de Marc Aurèle.) ; Greg. Ny^aen., Oral, II. in XL Martyres ; Terlull , Apolog,, h. Ad Scapuiam, 4; Oroae, VU, 15 ; Xiphilin (LXXI, 9, 10) qui corrige ici son modèle, Dion GaaatuB ; Hieron , in Euseb. Chron., ad annum 174 ; Aela S. Pnfyeiusli, ap. Metapb.. 9 jan?ieT. Il existe un texte, mais malbeureusemeni pas authentique, de la lettre de Marc Aurèle.

tière, elle pouvait l'êlre. Il avait soumis les barbares à une police sévère, séparant ces peuples les uns des autres» entravant leur commerce, fixant les jours et les lieux de leurs marchés, interdisant aux Quades et aux Harcomans d'habiter à moins de trente-huit stades (une lieue et demie) du Danube, aux lazyges d'avoir un bateau sur ce fleuve, ni d'occuper aucune de ses lies. II commençait sur eux ce travail d'assimilation que Rome avait pratiqué dans tout TOccident, se mêlant aux peuples vaincus et les mêlant à ellemême. Ainsi, d'un côté, se construisaient dans le pays des Quades des châteaux forts dont les remparts devaient abriter vingt mille hommes de garnison, protéger les Romains sur la terre barbare, dégoûter au besoin les barbares ;le leur propre terre. D'un autre côté, des relations commerciales nouvelles, la concession de certains droits» l'exemption de certains tributs, au besoin des secours en blé» récompensaient les peuplades les plus disposées à se rapprocher de la vie romaine. Quelques-unes fournirent des soldats aux armées; huit cents cavaliers iazyges allèrent combattre dans la Grande-Bretagne. D'autres furent établies, bon gré mal gré, sur le sol romain. La Pannonie, qui venait de subir tant de ravages, la Dacie, à peine colonisée, l'Italie même, qui avait toujours besoin de se repeupler, reçurent de ces colons. Remède dangereux, dont l'empire finit par abuser, et qui contribua à le perdre 1 Déjà, Uarc Aurèle encore vivant, la société romaine^ penchant vers son déclin, eut peine à supporter cette infiltration trop abondante de sang barbare : les Germains établis près de Ravenne se révoltèrent, et il fallut reponcer à garder en Italie aucun de ces nouveaux colons.

Une autre pensée plus romaine germait dans l'esprit de Uarc Aurèle. 11 songeaitâ achevt^r la soumission des peuples

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qu'il avait combattus et à faire de la Marcomaonie et de la Sarmatie deux proviDces de Tempire. Au lieu de la ligne du Danube, aisément franchie, au moins en hiver, l'empire aurait eu la ligne des Carpathes, depuis TElbe et les montagnes de Fer (Erzgebirge) jusqu'au Dniester et aux plaines de la Moldavie. 11 aurait absorbé la Hongrie et la Bohème actuelles, et eût enfermé, sauf la Gallicie, tout ce qu'enferme aujourd'hui l'empire d'Autriche. Quand on voit la pensée d'une conquête aussi vaste dans une âme aussi modérée, on sent que la conquête était un besoin véritable pour l'empire romain ; il lui fallait s'agrandir pour se défendre.

.On nourrissait de tels projets et, pour le moment, l'Occident semblait pacifié ; mais de bien autres rumeurs et de bien autres dangers allaient venir de TOrient. Depuis six ans que la pensée de Marc Aurèle était toute vers le Danube, Avidius Gassius régnait sur l'Euphrate. Vainqueur des Parthes sous le nom de Verus, pacificateur récent de l'Egypte, Gassius était populaire ^ 11 avait gagné l'armée par sa sévérité même ; il plaisait aux peuples de Syrie parmi lesquels il était né. Fils d'un rhéteur que la rhétorique avait mené à être préfet d'Egypte (la rhétorique menait à tout), il prétendait descendre par sa mère de Gassius, le meurtrier de César. Il affichait, en ce temps où un républicain sincère n'était guère possible, un langage et des traditions républicaines. Le mot d'empereur, l'idée de l'empire, lui étaient, disait-il, insupportables ; il ajoutait pourtant que l'empire ne pouvait être détruit que

1. Sur Âvidius Gassius, voy. sa Vie, par Yulcatius GaUicanos ; Xiphilin, LXXI, 22 et suiv.; une lettre de FronloQ adressée à Gassius, Ad amicos, 7 (éd. Mai, p, 1 12) ; une monnaie de Gassius empereur, mais elle est suspecte.

par un empereur. C'était un de ces hommes sans principes, qui, par ambition, peuvent tout faire, môme le bien ; sévère et doux, dévot et esprit fort, sobre et ivrogne, chaste et libertin, selon le besoin. 11 avait eu en ce genre un illustre prédécesseur, Catiiina, auquel il avait la franchise de se comparer. 11 se raillait de Marc Âurèle^ de sa mansuétude, poussée parfois jusqu'à la faiblesse, des abus qu'elle favorisait chez des subalternes trop estimés par lui ou placés trop loin de lui, de son pédantisme philosophique, des fortunes rapides faites sous lui par les intrigants de la philosophie ; il rappelait Targumentateur {i^uûiaipjTnv)j la vieille radoteuse de philosophie. « Ce Hareus Antoninus, disait-il, est un excellent homme sans doute ; il fait le philosophe, il s'enquiert du juste et de rhonnète, des ftmes, de la clémence, mais de la chose publique beaucoup moins... Pour se faire une réputation de clémence, il laisse vivre les plus grands scélérats. Malheureux empire I livré aux riches et aux chercheurs de richesses. Son préfet du prétoire était un pauvre et un mendiant, il y a trois jours ; le voilà riche tout à coup !.. Hais peu importe 1 Que ces gens-là s'enrichissent tant qu'ils voudront ; le trésor public en profitera ^ » Marc Aurèle, en efiiet, traitait Tempire comme sa famille, trop paternellement. Cassius eût traité Tempire comme il avait traité son armée, où il avait rétabli la discipline, en faisant abattre des mains, couper des jarrets, et en altachanl une vingtaine de condamnés tout le long d'un màt au pied duquel il faisait mettre le feu.

Cassius avait bien tort de railler la clémence de Marc Aurèle, car c'est à cette clémence qu'il devait la vie. De-

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