‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 54 sur 156 · OiOD, LXXi · texte numérisé non relu

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ses inconvénients, et le rhéteur Hérode Atticus le savait bien lorsqu'il écrivait à Gassius ce seul mot : Hérodb a Cassius : « Tu esfoui. » Les soldats de Syrie finirent par savoir que Maire Âurèle n'était pas mort. Ils eurent des hésitations et des regrets. Pour y mettre fin (juillet 175), le centurion Antonius, passant à cheval à côté de Gassius, le frappa de son épée à la nuque, puis s'enfuit au galop. Gassius n'était pas blessé k mort, mais un officier subalterne l'acheva. Le préfet du prétoire de Gassius fut tué dans son camp ; son fils Hétianus à Alexandrie. On expédia à Marc Aurèle la tôte de ce César manqué qui avait, dit un historien, rêvé l'empire pendant trois mois et six jours.

La révolte, ainsi finie d'un seul coup, laissait i Marc Aurèle une tâche digne de lui, celle de la clémence. Ce n'est pas que les conseils de vengeance manquassent autour de lui. Faustine, complice ou non de la révolte, lui écrivait, alors qu'elle croyait encore Gassius vivant : c Poursuis sans pitié ces amateurs de révolte {rebelliones) ; s'ils ne sont pas écrasés, ils écraseront. Comme Faustine ma mère le disait à ton père (Antonin), à l'époque de la révolte de Gelsus, sois pieux envers les tiens avant de l'être envers les étrangers. Commode est un enfant ; Pompeianus, ton gendre, n'est pas jeune et est à demi étranger... N'épargne pas des gens qui n'eussent épargné ni toi, ni mes enfants, ni moi, s'ils eussent été vainqueurs... L'eunuque Cecilius te dnra quels propos tiennent sur ton compte, à ce qu'on prétend, la femme, les fils et le gendre de Gassius. * Mais Marc Aurèle répondait sans autrement s'émouvoir: « Oui, ma Faustine, c'est une sollicitude pieuse qui t'inquiète ainsi pour ton mari et pour tes enfants... Moi cependant, j'épargnerai et

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les enfants, et le gendre, et la femme de Cassius. Je vais écrire au sénat pour que les recherches ne soient pas trop rigoureuses, ni la peine trop cruelle. Rien plus que la clémence ne fait, aux yeux des peuples, honneur à un empereur romain ; c'est elle qui a déifié César, qui a consacré le nom d'Auguste, qui a particulièrement valu à ton père le surnom de Plus. Cassius lui-même, si le sort eût répondu i mes désirs, Cassius n'eût pas été tué. Sois sans inquiétude, les dieux me gardent ; les dieux ont & cœur ma piété ^ »

La même confiance éclatait dans les réponses qu'il faisait à ses amis. « Si Cassius eût été vainqueur! ditesvous.... mais je n'ai pas assez mal vécu, ni assez mal servi les dieux pour que Cassius eût jamais pu être vainqueur!» Rappelant ensuite la liste de tous les princes qui avaient péri de mort violente, il montrait que chacun d'eux avait mérité leur malheur : a le meurtre de Néron avait été juste ; celui de Caligula nécessaire ; Othon et Vitellius n'avaient pas même eu souci de gouverner ; Galba s'était montré avare, grand vice chez un empereur. Au contraire, ni Auguste, ni Trajan, ni Hadrieo, ni Antonin son père n'avaient été vaincus par les insurrections, quelque fréquentes qu'elles fussent ; les rebelles avaient péri à l'insu et contre la volonté même de ces princes *. » Marc Aurèle •se montrait là tout entier, éloigné des proscriptions et des violences, d'abord par la douceur et l'élévation de son &me, ensuite par la sagesse de sa politique. Depuis près de quatre-vingts ans, la clémgnce était pour les empereurs une véritable sauvegarde, qui n'avait trahi aucun d'eux.

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