Vulcatius Gallicanus, ibid
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Le9 passions sanguinaires des âmes romaines sommeillaient ; il n'y avait que péril à les éveiller.
Les actes répondirent aux paroles. 11 va sans dire que Marc Aurèle repoussa ceux qui le connaissaient assez peu pour lui apporter la tète de Cassius. Loin de vouloir la regarder» il la fit inhumer avec honneur; il exprima son regret que Cassius eût été mis à mort; pour tout châtiment, il lui eût rappelé ses bienfaits et Teût laissé vivre. 11 écrivit au sénat une lettre^ non pas amnistiant les coupables, mais intercédant pour eux, au nom de ce principe devenu fondamental, que nul sénateur ne devait être jugé que par le sénat, que nul sénateur, même par le sénat, ne devait être puni de mort : « Je vous en conjure, pères conscrits, disait-il, conservez intactes ma piété et ma clémence ; gardez la vôtre. Que le sénat ne fasse périr personne, que nul sénateur ne soit puni, que nul homme d'un nom honoré ne périsse ; rappelons les déportés, rendons aux proscrits leur biens ; que ne puis-je ajouter : rappelons les morts des enfers ! Il déplatt toujours de voir un empereur venger son injure ; il a beau n'être que juste, il passe toujours pour cruel... Que tous les complices, sénateurs ou chevaliers échappent à la mort, à la proscription, à la crainte, à l'infamie, à la haine publique ; que ce soit la gloire de notre temps que, dans cette révolte contre l'empire, un seul homme ait péri et péri de la main d*un meurtrier ^ »
A la réception de cette lettre, le sénat, quelle que fût du reste sa pensée intime, éclata en soleonelies acclamations, comme elles étaient devenues d'usage dans son sein : « Pieux Antoninus, que les dieux te gardent I — Clément
i. Ot in causa tyrannidis, qui in tamulto eecidit, probetar oceisas. » BjrisL apud VulcaU GaU.
128 LIVRE VI. — MABC AURÈLG.
Antoninus, que les dieux te gardent I — Clément Ântoninus, que les dieux te gardent 1 — Clément Antoninus, que les dieux te gardent I — Nous avons fait ce qui était notre devoir, tu n'as pas voulu faire ce qui était ton droit. — Nous soutiaitons à ton fils un règne plein d'équité. — Affermis ta race, donne la sécurité à nos enfants. — Nulle force ne peut nuire à un gouvernement vertueux. — Nous demandons ta présence. — A ta philosophie ! — A ta longanimité ! — A ta sagesse I — A ta noblesse ! — A ton innocence, etc.. » Et cette fois enfin, le sénat Tobligea d'accepter le titre de Père de la Patrie^ que jusque-là sa modestie avait refusé ^
La punition des coupables fut en effet pleine de miséricorde *. Seuls, quelques centurions payèrent de leur sang la rébellion ; la discipline militaire avait ses droits à part. Flavius Galvisius, qui avait livré TÉgypte à Cassius, fut relé6:ué dans une tie, sans perte de ses biens, et les pièces de son procès brûlées après sa condamnation, pour le mettre à l'abri de vengeances ultérieures. Un grand nombre de complices restèrent ignorés. Martius Verus, qui succéda à Cassius dans le commandement de l'armée de Syrie, se crut en droit de brûler les papiers de Cassius: f Si l'empereur m'en veut, dit-il, qu'il me fasse périr. Mieux vaut la mort d'un seul homme que celle de mille, i Il s'exposait peu avec Marc Aurèle, qui, de son cAté brûlait, sans les lire, d'autres papiers qu'on lui avait remis.