‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 56 sur 156 · Gapitolin ; les monnaies · texte numérisé non relu

Gapitolin ; les monnaies

2. On Toit cependant que le sénateur Drucianas, complice de Cassius, étant mort sans avoir été jugé, Marc Aurele permit que le procès fût fait à sa mémoire et ses biens adjugés au fisc. — Celait là, dit le jurisconsulte, un droit basé sur une constitution de 'cet empereur {Poti D. Uarci consiitutionem, hoc jure uti ccfpimut). Paul 7 et Marcien 8, D. ad Lêg. Jul. majest (L, 8.)

Od s'était demandé (tant les habitudes sanguinaires étaient vivaces I) si la famille de Cassius serait épargnée ; on pouvait la soupçonner coupable ; ne l'eût-elle pas été, on devait la croire dangereuse. Hais Marc Âurèle avait déjà répondu dans sa lettre au sénat : « Vous ferez grâce aux enfants, au gendre, à la veuve de Cassius ; que dis-je, gr&ce I ils n*ont rien fait. Qu'ils vivent donc I Qu'ils vivent de Théritage paternel, dont ils garderont une moitié (c'était une grâce alors) ; que l'or, Targent, les étoffes précieuses leur appartiennent ; qu'ils soient libres^ qu'ils soient maîtres de leurs personnes, qu'ils soient paisibles, qu'ils soient riches ; qu'ils soient partout où ils iront une preuve vivante de notre piété. » Il en fut ainsi ; excepté un fils, qui fut déporté, la famille de Cassius fut non-seulement épargnée, mais protégée. Marc Aurèle, inquietdu ressentiment populaire qui menaçait les enfants du rebelle, les mit sous la garde d'un de ses propres parents, punit ceux qui les insultaient, et, dans un procès qu'ilssoutinrent, défendit qu'on rappelât le souvenir de leur père. Ils vécurent non comme des proscrits, mais comme des fils de sénateur : « Qu'ils vivent sans crainte, avait dit le prince, sachant qu'ils vivent sous Marc Aurèle I » Hélas ! cette parole n'était point nnevanterie emphatique: libres et paisibles sous Marc Aurèle, Commode, une fois empereur, les fit* brûler.

Disons-le donc : quels que fussent les acclamations et les hommages du sénat, plus ardentes encore et surtout plus sincères auraient dû être les acclamations de la postérité si le genre humain avait de la mémoire et les peuples de la reconnaissance. J'ai critiqué sévèrement la faiblesse de Marc Aurèle ; mais, dussé-je affaiblir mes critiques, je ne saurais me taire ici devant sa clémence. Elle était politique, je le sais, je lui en fais honneur ; mais elle

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n'en était pas moins généreuse ; il y a certains calculs qu'une &me basse ne saura jamais faire. Elle était inspirée par les exemples de Trajan et d'Hadrien, je le sais encore ; mais de combien elle les dépassait 7 Car, hélas ! l'empire au sein duquel étaient prononcées de telles paroles était toujours, par ses mœurs et par bien des traditions, Tempire de Tibère, de Néron et de Domitien. Marc Aurèle, légitime souverain du monde romain autant qu'à cet époque un souverain pouvait être légitime, Marc Aurèle païen entendait régénérer l'Italie païenne par la clémence, tandis qu'aujourd'hui des escamoteurs de couronnes, qui n'ont pas encore tout à fait abdiqué le nom de chrétiens, prétendentrégénérerritaliecbrétiennepardes coups defusil.

Cependant Marc Aurèle comprenait qu'un grand devoir lui restait à accomplir. Cet Orient, trop séparé de l'empire et que l'empire avait failli perdre, cet Orient où Marc Aurèle n'avait jamais mis les pieds, il fallait le visiter et effacer les dernières traces de la révolte de Cassius. Pendant que le sénat, pour se dédommager des refus que la modestie de l'empereur lui faisait éprouver, s'occupait à combler d'honneurs cette famille impériale dans l'intérêt de laquelle on avait demandé des supplices, et inventait au proBt de Faustine des privilèges inouïs ; Marc Aurèle s'éloigna, laissant son gendre Pompeianus consul, son fils Commode revêtu dès sa quinzième année de l'inviolabilité tribunitienne, et il se rendit en Orient (176).

Son voyage fut partout marqué par de actes de bonté. Les peuples et les rois qui avaient embrassé la cause de Cassius obtinrent aisément leur pardon. Antioche, qui avait porté le deuil de ce César d'un jour, fut punie par la seule privation de ses libertés municipales et de ses spectacles; au bout de quelque temps, tout lui fut rendu,

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et elle eut la visite de l'empereur. Les Juifs de Palestine, qui n'avaient pas perdu cette nouvelle occasion de proclamer leur indépendance, le^ Juifs au milieu desquels l'empereur passa, n'eurent d'autre châliment qu'un mot de plainte de Marc Aurèle contre leur humeur turbulente et contre leur mauvaise odeur, dès lors proverbiale. La ville de Tyr, qui était la patrie de Cassius, fut simplement privée de la visite impériale j elle pouvait tout craindre de l'esprit antique qui rendait les crimes imputables à la cité coïnme à la famille. Alexandrie, qui avait fait mille vœux pour le rebelle, eût sa grâce complète. Elle vit Marc Aurèle dans ses murs, gardant toujours et la simplicité d'Auguste et la simplicité de Zenon, se montrant dans les rues, dans les temples, dans les académies, comme le premier Grec ou le premier philosophe venu de cette ville grecque et philosophe.

Sans doute, ce moment était beau. L'empire était, au moins pour quelque temps, pacifié; la Germanie main tenue dans le repos par le renom militaire et ia modération politique de Pertinax ; l'Orient réconcilié à force de clémence *. Marc Aurèle voyait afQuer autour de lui les rois de l'Orient ; les députés du roi des Parthes venaient renouveler la paix avec lui. Arbitre de l'Asie comme l'avait été Antonin, adoré même des provinces qui s'étaient révoltées, suivi des acclamations populaires et des panégyriques, pour cette fois sincères, des rhéteurs de Smyrne et d'Athènes, comblé de leurs éloges comme il les comblait de ses présents, Marc Aurèle ne voulut pas retourner dans Rome sans avoir satisfait à sa conscience timorée et sans avoir mis le comble à sa clémence. 11 se fit initier

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