‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 61 sur 156 · Eutrope, VIII · texte numérisé non relu

Eutrope, VIII

GOUVERNEMENT INTÉRIEUR. i4l

Nerva, Allicus, Gis d'Hipparque, a été dédommagé par les dieux qui lui ont envoyé un trésor. Il a eu peur cependant de cette fortune, qui deux années plus tôt eût été périlleuse. Il a écrit à l'empereur pour lui demander s'il pouvait jouir de cette fjptveur du Ciel. « Use de ce que les dieux renvoient, » lui a répondu Nerva. Bien des princes modernes n'en eussent peut-être pas dit autant. — t Hais ce trésor est immense ; c'est une fortune indécente pour un simple citoyen. — Abuse de ce que les dieux t'envoient.» 11 en a donc abusé. 11 s'est fait le patron et le bienfaiteur des dieux grecs et des cités grecques. Minerve a eu cent bœufs ; la ville de Troas, trois millions de drachmes pour construire des bains, et, les trois millions étant insuffisants, sept millions de plus. Athènes a eu une mine (100 drachmes) de rente par tète de citoyen ; mais Atticus avait déjà prêté tant d'argent au tiers et au quart dans Athènes, que, même déduction faite de cette libéralité, il restait encore le créancier des Athéniens. A ce métierlà, jadis, on n'eût pas tardé à payer sa libéralité de sa tête*.

A Atticus donc a succédé son fils Tibérius Claudius Atticus Herodes (ces noms en partie romains indiquent assez que cette riche famille avaitacquis le droit de cité) .11 a trouvé la cassette paternelle pleine encore de millions, et il continue à en abuser. Un stade qu'il a fait bâtir à Athènes épuise toute une carrière de marbre, mais n'épuise point

t. Ce premier Tibérius Claudius Atticus, grand prêtre d'Hadrien à Otympie, nous est connu par Philostrate {VUid sophist», 1, *li) et une inscription d'Athènes. V. un arUcle de M. F. Lenormant dans la Revue archéologique, 1864, 1. 1, p. 377. Dans la pelile église de Saint- Urbain, située hors de Rome et non loin dé la voie Appia, et que les archéologues désignaient sous le nom de temple de Bacchus, on reconnaît aujourd'hui un des temples élevés par son Ûls Uérode Atticus à la mémoire de sa femme Régille.

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sa bourse ; et sur ce stade, il fait apparaître un navire monté sur des roues, voiture de lerre et de mer, qui glisse sur des rainures pendant plusieurs milles, et ensuite navigue avec mille avirons jusqu'à Eleusis. Il donne à Delphes un autre stade, à Olympie un aqueduc, aux Thermopyles des thermes ; il relève des villes tombées. A Corinthe, où il a bâti un théâtre, il couperait Tisthme, s'il osait ; ce n'est pas qu^il craigne un revers, mais il craint un succès et la gloire par trop impériale du succès : € Neptune, dit-il à son dieu ; je le voudrais bien. Mais on ne le souffrirait pas ^ »

Du reste, l'empereur semble ne s'offusquer de rien. Hérode n'est pas seulement millionnaire, il est rhéteur célèbre et un des plus grands improvisateurs de son temps. Marc Aurèle pardonne à l'homme riche, honore Thomme de talent. 11 le fait consul par amour de l'art. Marc Aurèle avait été son disciple et était resté son ami. Il y a des lettres touchantes dans lesquelles Marc Aurèle s'efforce de réconcilier ses deux maîlres, son rhéteur grec Hérode et son rhéteur latin Fronton, brouillés par rivalité de métier.

Mais, même sous Marc Aurèle, cette éclatante fortune devait aboutir à une chute. Hérode était âpre et orgueilleux. Il embellissait Athènes, mais il l'opprimait. Placé à la tête d'un gouvernement populaire, il le rendait tyrannique, chose toujours facile. Oomme les Césars, il gouvernait par ses affranchis, et ses affranchis bouleversaient tout. Athènes se révolta et en appela à l'empereur.

Voilà donc le millionnaire, l'illustre Hérode comparaissant devant son ami Marc Aurèle, au camp de Sirmich en

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