‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 66 sur 156 · Âristides, Orah, 9, feiç ^atrtkia · texte numérisé non relu

Âristides, Orah, 9, feiç ^atrtkia

162 UVHB yi. — MARC AUBÈLB.

Cicéron et d'Arislotef • d'une puissance monarchique, aristocratique, démocratique tout à la fois : monarchique par le prince qui gouverne, aristocratique par (e sénat qui tient du prince le commandement et le pouvoir, démocratique par la liberté du peuple à qui est accordé tout ce qu'il demande. >

Rome, en effet, n'a pas mis de barrière entre elle et ses sujets; ou du moins celles qui existent encore, chaque jour elle les abaisse : c Tout ce qu'il y avait parmi ses sujets de plus noble, de plus distingué, de plus vaillant, elle Ta revêtu du droit de cité... Ni la mer, ni les régions qui nous séparent, ni môme la limite tracée entre TEurope et l'Asie, ne nous empêchent d^être citoyens romains. Rome est ainsi la capitale de la terre, la citadelle (dx^olc.) du genre humain, le rendez-vous commun, l'Agora universelle. Sous cette cité une et sous ce gouvernement un, le pouvoir, égal pour tous, ne s'exerce que sur des concitoyens, non sur des étrangers. La terre habitable tout

entière est gouvernée comme une seule habitation *

C'est, sous un maître bien-aimé, une commune démocratie de toute la terre. • Ne semble-t-il pas que ce rhéteur ait connu la pensée intime de Marc Aurèle et embrassé avec lui le rêve de Severus f

C'est là un idéal, je le sais, et un idéal où la rhétorique et l'adulation ont leur part. Mais ce qui est certain aussi, c'est que cet idéal et le sentiment qui le faisait goûter est autre que n'eût été, quatre cents ans, deux cents ans, cent ans même auparavant, le sentiment et l'idéal du

1. Xnh irdhrrcov Zi frovraxoO Ivov âf/d^'t'ac... Aià ro xocvw 2;^fcv rwf YToXcTciav kxI oia TréXfMÇ fu&ç^ tcx^roiç ovx in àXk&r^tÊn, 2iiV wc o^ieiiMy ap;^oyTi; ap^owi,.. Kai 9wr«Sdévre; mt}»^ Iva oixoy sèn-ao-cy ri^y oixovfAiyiw. ArisUd., Oral, de urbé 8om.

GOUVERNEMENT INIÉWEUH. I63

païen. La République de Plalon et même son livre des Lois contiennent aussi un idéal ;. mais cet idéal est celui de la cité dorienne, d'une petite république composée de cinq mille quarante familles \ ni plus ni moins; vivant pour elle-même, en hostilité avec le genre humain et avec la nature humaine ; gouvernée par un droit arbitraire ; pleine d'exclusions, d'inégalités, de violences feites aux instincts de l'homme ; ne tenant compte que de l'intérêt collectif, jamais du droit individuel ; de la patrie toujours, de la liberté, de l'égalité, de l'humanité jamais : c'est un socialisme digne, élevé, philosophique, poétique même, mais c'est du socialisme. Voilà ce qu'on rêvait aux plus beaux temps de la Grèce et dans la plénitude de son développement intellectuel. A nulle époque de l'antiquité, ni rois, ni grands hommes n'avaient envisagé un plus vaste horizon ; l'utopie la plus chimérique des rois s'était bornée aux intérêts de leur puissance ; celui des plus grands citoyens aux intérêts de leur patrie. Et cette patrie, loin que ce fût le monde, ce n'était pas même une nation, ce n'était qu'une ville ; ce n'était pas la Grèce, c'était Thèbes, Sparte ou Athènes : il n'y a pas eu, à vrai dire, de patriotisme hellénique ; je ne connais de patriote hellénique que le Lacédémonien Callicratidas, moins illustre qu'il ne devrait l'être. En général le patriotisme le plus large ne dépassait pas la banlieue et s'arrêtait au plus loin à une demi-journée de la ville ; l'esprit d'égalité le plus aventureux admettait l'égalité entre sept ou huit mille citoyens vivant sur un territoire de vingt à trente lieues carrées. L'idée d'un rapprochement entre le citoyen et l'étranger eût passé, aux grandes

Page 1