Tcrtul., Àpol.Zb
2. Mentionnons ici la lettre de Marc Aarèle rapportée par les écriyains ecclésiastiques, (dans laquelle il réclame le secours d'Aberciui, évêque d*Hiéra polis en Phrygie etlui demande devenirle trouver. Abercius serait venu en effet et aurait guéri lafiile de Marc Aurèle possédée du démon, par suite de quoi Marc Aurèle aurait donné à Abercius et à ses successeurs une rente annuelle de 3000 mo^fii de froment pour ses pauvres (libéralité qui n'aurait été supprimée que deux siècles plus tard par l'empereur Julien) et aurait construit des bains pour la ville d'Hiérapolis devenue chrétienne tout entière.
Voyez Métaphrasle sur le 22 octobre. Baronius, Annales, sur l'année
8. Apollinaire dont je parlerai plus bas fut le successeur immédiat de 8. Abercius.
166 LIVRE YI. — MARC ÀURÈLE.
concorde, combatlre l'hérôsie, et à Rome enfln, pour rendre hommage et actions de grâces ; — le rigide Pinytus de Gnosse ; — le savant Apollinaire d'Hiérapolis ; — Méiiton de Sardes, cet évêque d'Asie dont nous avons déjà parlé, héritier de saint Jean l'évangélisle, vierge comme lui, prophète comme lui, fléau comme lui des hérétiques, comme lui confesseur de la foi, théologien comme lui, et prolestant après lui en faveur de la double nature du Christ en des termes dignes des Pères de Nicée; en même temps tout empreint du génie hellénique, rhéteur par la forme comme il est docteur par la foi. Pour parler de ceux dont il nous est resté des récits — Théophile, devenu chrétien, devenu évêque d'Antioche, répond aux attaques de son ami Autolycus^ ; — Âthénagoras a été et est encore philosophe, mais sa philosophie ne Ta satisfait que lorsqu'elle Ta conduit à la vérité chrétienne : c'est encore un Grec et même un Athénien ; son langage, les allures de son esprit, la chaleur et en même temps la méthode de son discours tiennent du lettré plus qu'aucun livre chrétien avant lui. — L'Assyrien Talianus a été également philosophe et, quoiqu'il dédaigne les Grecs et veuille les humilier, son génie a beaucoup du leur ; il a cherché partout la vérité ; sa personne a voyagé à travers
1. Sur saint Glaudius Apollinaire, voyez Eusèbe, H. E., IV, 24-'27; V, 5, 19. — Son Àpoloiiiô, - Son livre con're Us gentils. — De la vifilé contre les Juifs. De la Pdque, etc. — Frat^ments réunis dans Migne, Patrologif^ t. Y, p. 1286 etsuiv. — Sur saint Méiiton. Eusèbe, V. 24-26, Chron^ ad ann. 171: Hieron.. >ie Script^ ecnles., 24. et les fragnienis très-précieux de Méiiton réunis dans le SpiciLége de Solesnie, t. II ; ou bien dans Mijjrne. Patrol., t V, p. 1141, et suiv. — Sur saint Pinytus. Eusëbe. H. E.. IV, 29 ; Hieron., loco cit. --Sur saint Théophile. Eusèbe, IV, 23 ; Ilieronym., de Script,, 27. ep. 151 ad Algas., qtUBst 6; Pro'oQ in Matih. — Sur saint Denys de Gorinlhe (8 avril), Eusèbe, IV, 21-23 ; Chron. 171 ; Hieronym., de Soriptor., 27.
toutes les contrées, son esprit à travers toutes les doctrines de rOrient et de la Grèce ; mais enfin, il est venu au foyer, à Rome ; il a entendu Justin, et sa philosophie a reçu le baptôme ^ Depuis que son matlre est devenu martyr, Tatien est devenu maître à son tour, et il continue à Rome Técole de Justin, heureux s'il savait continuer Justin en tout et toujours. — Hégésippe *, lui, n'a pas habité l'école des philosophes, mais celle des rabbins; ii est né juif, mais de bonne heure l'admirable unité du christianisme Ta converti, et dans un langage simple, adapté à la simplicié des temps apostoliques, il a raconté rhistoire de l'Église, la succession de ses évèques, de ses saints, de ses martyrs ; il a écrit en un mot les plus anciennes annales de TÉglise, malheureusement perdues aujourd'hui.
Déjà donc les écrits tracés par des mains chrétiennes étaient en grand nombre. Des œuvres de Méliton nous n'avons que quelques fragments et un catalogue ; mais ce catalogue représente un cours presque complet de science ecclésiastique. Ce que nous possédons de Théophile et d'Athénagore ne formait qu'une petite partie de leurs ouvrages. D Hégésippe et d'Apollinaire nous n'avons aucun
1. EusèK IV, 13. 15, 16 ; V, 13 ; Irénée 1, 28 ; Épiph., 111, 46; Hieronym., de Vir. illuslr,, 29 ; Ep,, 83 ad Magnum ; Orig., C, CeU., 1 ; Tatien. 1, 19. 26, 29, 30, 35, 4V.
2. Sar saint Hégésippe, né au commencement du second siècle et mort sous Ck)mmode. selon la chronique pascale ; voy. Kusëbe, H. EccL, ÎV, 8, "^2 ; Hieronym.. de Vir, Ulii, 22 et MarlyroL, 7 avril ; Sozomëne, 1, 1. Il yades fragments de ses écrits dans Eusèbe, H Ec, II, 2J, III, 20, 32, IV. 8. 22; dans l'boliua, 232, et Syncollus, Ckronoy Notice et fra^fments. Migne, Palrolog., t. V. 1303 et suiv.
Saint Philippe, évèque de Goriyne, avait écrit contre Marcion. (Kusêbe, IV, 21, 25 ; ilieron., loc. cU.) — 1 renée de Lyon et Modeste, également. — Musanus et Apullinaite, contre les Ëncratilcs (Théodoret, 111). — Miltiade, contre les gentils et les juifs (Ëusèbe. V, 16.) — Rbodon contre Marcion, etc.
168 LIVRE VI. — MAHC AURÈLB.
livre complet ; mais on cite d'eux plusieurs écrits. Tous, se multipliant pour la défense de la foi, combattaient aujourd'hui les païens, demain les Juifs, un autre jour les hérétiques. Entre deux persécutions, ou sous le feu même de la persécution, les livres chrétiens se propageaient, étaient portés d'Église en Église, de nation en nation. Les bibliothèques chrétiennes, ces bibliothèques souvent cachées au fond d*une obscure demeure ou sous la pous* sière d'un atelier, les bibliothèques chrétiennes comptaient
probablement déjà plus de volumes que les bibliothèques du paganisme. Il fallut, cent vingt ans plus tard, toute la rage d'un Dioclétien pour les anéantir.
Telle était à ce moment la marche parallèle du bien dans l'empire et du bien dans l'Église.
Aussi ne faut-il pas s'étonner de la sympathie que nous trouvons pour le césarisme régénéré depuis Trajan, même chez ces chrétiens que le césarisme avait persécutés tant de fois. Dans ces réformes qui s'opéraient sous la pourpre, ils reconnaissaient leur œuvre, dans ces idées leur bien, dans ces vertus un fragment de leur vertu. Le christianisme applaudissait, comme un père inconnu ou même méconnu de son fils n'en applaudit pas moins aux succès de son fils. Aussi le langage des docteurs chrétiens, quoique plus sincère et plus sobre, ne laisse-t-il pas que de rappeler celui des rhéteurs du paganisme. Athénagore, parlant à Marc Aurèle et à son fils, admire, comme le païen Aristide et dans le langage d'Aristide, u cette douceur et cette mansuétude, grâce à laquelle chacun vit sous une loi égale pour tous (oî fuv xkt ha, ^<royofAoOvTai), les cités jouissent en paix des honneurs et de la dignité qui appartiennent à chacune d'elles, le monde entier, sous la prévoyante sagesse de ses princes, repose dans une profonde
paix ; » il ajoute seulement : « Pourquoi sommes-nous exceptés, nous seuls chrétiens ^ ? » — Un peu plus tard saint Irénée rendra grâce à la puissance romaine, qui a donné la paix au monde et qui ouvre aux apôtres de VÉr vangile un libre passage par les continents et par les mers *. — Plus tard encore, à une époque moins digne et moins heureuse que celle de Marc Aurèle, Tertullien, esprit sévère et presque chagrin, chantera cependant, comme le font les panégyristes païens, le spectacle de félicité et, nous dirions aujourd'hui, de progrès que lui oSte le monde romain : « L'univers est devant nous, chaque jour mieux cultivé^ chaque jour plus fécond. Toute terre est ouverte^ tout rivage exploré, toute plage envahie par l'activité humaine. Les déserts les plus redoutés ont reculé devant les magnificences de la culture. Les forêts ont été effacées par la charrue. Les bêtes sauvages ont été mises en fuite par nos troupeaux. On sème sur le sable, on féconde le rocher -, on dessèche les marais. 11 y a des villes plus qu'il n'y avait de cabanes autrefois. Plus d'îles dont on redoute la solitude, plus d'écueils dont on craigne le choc. Partout des demeures, un peuple, la société, la vie. Témoignage irrécusable de l'accroissement du genre humain f Nous surchargeons le monde {onerosi sumus inundo)9 ses ressources ne nous suffisent plus ; et, dans notre pénurie, nous commençons à nous plaindre de ce que la nature ne vient plus assez à notre aide '. »