‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 75 sur 156 · Voy., entre autres, Glem. Alex., Strom., IV, 10, VII · texte numérisé non relu

Voy., entre autres, Glem. Alex., Strom., IV, 10, VII

2. TertuH., De Monogam., 3. De exhorlatione cattilaliSt 9. S. Hieronym., Ep, 54, ad Marcell.

4. Il y avait encore des raphanophagiesou manducationa de raeinea. PhUosophum^ VIII, 19. Sur ces jeûnes monlanistes, voy. TerluU., dé Jejun , 2, 10, 15, et aXihi posn'm. Sur l'abslinence des viandes par suite de la fausse idée d'une souillure attachée à la manducalion de U chair, voy. plus haut, t. Il, p. 465; et plus loin, liv, VI, ch. vni. Ce faux ascétisme, qui existait chez les Pharisiens, est déjà condamné dans l'Évangile (Matth., xv, 11) ; et dans saint Paul (GoL II, 21-29 ; I Tim., IV, 8, 4).

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formellement permis est interdit » ^, tout ce qui est interdit est une faute irrémissible ; c'est là qu'en vient, ou peu s'en faut, le montanisme. C'était donc le rigorisme des premiers hérétiques confirmé dans ce qu'il avait eu de plus dur. C'était Tascétisme étendu à toute la masse des fidèles. C'était une folie contre-partie du gnosticisme, qui lui, dans la plupart de ses écoles^ légitimait, non les secondes noces, mais la débauche ; non le jeûne modéré, mais l'intempérance ; non-seulement la fuite du martyre, mais l'apostasie.

Il y avait dans le montanisme une grande séduction ; car riliuminisme et le rigorisme ont de puissants attraits pour les âmes pures, quelquefois même pour celles qui ne le sont pas. Ces chrétientés de l'Asie qui avaient vu naître auprès d'elles les sectes gnostiques et qui étaient indignées de leur turpitude, n'étaient pas éloignées de se jeter dans l'excès contraire. Au milieu des malheurs du siècle et des souffrances de l'Église, ces prophéties, ces visions, ces prétendues extases, m<*me ces prédictions sinistres et ces doctrines rigoureuses parlaient à des cœurs héroïques et à des imaginations exaltées. Montan et Priscille attiraient à eux par la rigueur comme d'autres attirent par le relâchement. Telle était, dans le christianisme d'alors, et en particulier dans le christianisme de l'Asie Mineure, cette soif d'austérités à laquelle l'aliment légitime ne suflisait pas toujours, cette surabondance de zèle que Torthodoxie ne pouvait pas toujours contenir et qui débordait comme Teau bouillante hors du vase ! Un instant certaines Églises hésitèrent. Elles ne reconnurent pas tout de suite l'hérésie sous la forme austère et enthousiaste

1. Probibetur qaod non uUro est permissum, dit TertuUien (monta- Biste), de Corona, 2 in i|ne.

dont elle se revêtait. Les disciples de Montan restèrent quelque temps mèV'S auK fidèLes, comme des ascètes plus rigides, comme des âmes flottantes entre Tinspiralion et le délire. Selon Tertullien, témoin suspect il est vrai, le pontife de Rome aurait été sur le point d'écrire en leur faveur aux Églises d'Asie. Et, même plus lard, lorsque les montanistes, reconnus, réfutés, condamnés, durent se constituer à part, ils purent établir en Phrygie une hiérarchie nombreuse ^ Leur bourg de Pépuza fut appelé Jérusalem; ce fut pour eux la cité marquée par saint Jean, où, avant peu, disaient-ils, Dieu allait réunir tous les fidèles. Des patriarches, des cxnones (xocvuvcc] au-dessous d'eux, au-dessous encore des évèques, gouvernèrent ce nombreux troupeau. Leur doctrine gagna non-seulement la Phrygie, mais la Cappadoce, la Gilicie, la Galalie. L'Église de Thyatire, quarante ans après Montan, était encore complètement pervertie; celle de Byzance, celle même de Rome, perdirent quelques fidèles. Les Églises des Gaules furent troublées. Deux cents ans plus tard, l'Asie Mineure, Constantinople même étaient pleines de ces hérétiques ; rOccident toujours plus sage les avait vues disparaître.

On le devine du reste : Tintégrité du dogme chrétien n'avait pu longtemps se maintenir chez les montanistes. Il y a une liaison intime entre certaines doctrines morales et certaines opinions dogmatiques. Comme le vice a sa théologie, le rigorisme a la sienne. Depuis les pharisiens de Jérusalem, toutes les sectes rigides sont fatalistes, et nous trouvons dans le montaniste Tertullien la doctrine jansé-

1. De là le nom qui leur est souvent dODoé des Phrygiens ou Gataphryges. Cl^m. Alex., Sirom., VU, 17.

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ûiste delà grâce irrésistible >. De plus, commeot la mission du Rédempteur pouvait-elle être conciliable avec la mission de Montan ? On en arriva bientôt à dire que Dieu avait voulu opérer par degrés le salut des hommes. Il avait d'abord envoyé Moïse : c*était l'enfance de la foi ; c'est alors que le divorce était permis aux Juifs à cause de la dureté de leurs cœurs. Il avait ensuite envoyé le Christ : c*était l'époque de la jeunesse ; le divorce avait été aboli, mais les secondes noces encore permises. 11 avait enfin envoyé le Paraclet: c'était T&ge viril, et la honte des secondes noces était effacée ; le Paraclet avait parlé par la bouche de Montan, et mieux, et plus, et d'une manière plus efficace que le Christ n'avait parlé dans l'Ëvangile. C'était dans la religion l'idée moderne du progrès •. Or ce Paraclet était-ce l'Esprit Saint, la troisième personne de la Sainte Trinité ? On ne le savait guère ; mais le dogme de la'Trinité s'effaçait dans le montanisme, et TertuUien luimême arrive à le méconnaître ^.

Ces incertitudes amenèrent la discorde, et le montanisme, comme toutes les hérésies, se divisa et se subdi* visa. Il y eut parmi eux des Priscilliens, chez qui les femmes gouvernaient l'Église ; des ArtotyriteSy qui célébraient avec du pain et du fromage^ pour rappeler, disaient-ils, la simplicité des patriarches ; des Trascodru-

1. « Hase erît yis divin» gratiaB, potentior utique natura, habens in Dobis subjacenteoi sibi liberam arbitrii potesiatem, quod oùrt^ovo'iov dicilur. • De Anima, t\,

2. Voy. celte doctrine, réprouvée par TeriuUicn orthodoxe {Prmnc, 52, daof le catalogue des hérésies, qu'à tort, je crois, on conteste à TertuUien), souteifue ensuite par TertuUien hérétique. [De Yirginihue velandie, 1.)

'i. Ainsi les hérésies d'Ëschine et de Blastus, selon TertuUien {Prsscr.f 53) ; après sa chute, il appelle ouvertement Montan du nom de Paraclet. De Fuga, 1. — Il défend cependant encore la Trinité dans son traité ad Praxeanu

gites (en grec Pattalorhincites *), ainsi appelés parce qu'en signe de tristesse, ils afTectaient de poser le doigt sur leur nez ; des Ascites qui dansaient autour d'une outre gonflée de vent, symbole, disaient- ils, du Saint-Esprit. C'est ainsi que le protestantisme a eu ses danseurs, ses Irembleurs, ses mangeurs de mouton ; les âmes sorties de la voie, quand elles n'aboutissent pas à Tirréligion, aboutissent au fanatisme *.

Et comme l'hérésie a toujours ses deux pôles opposés, comme l'erreur se répercute toujours par une erreur contraire, comme le montanisme avait été lui-même une contre-partie du gnoticisme, il naissait à l'autre extrémité de la pensée chrétienne une école qu'on pouvait appeler le rebours du montanisme. Celui-ci était mystique jusqu'à l'excès ; les Aloges^ (ennemis du Verbe) réprouvèrent tout mysticisme. Montan avait trouvé annoncée dans l'Évangile de saint Jean cette mission du Paraclet qu'il prétendait être la sienne ; dans leur colère, les Aloges supprimèrent l'Évangile de saint Jean. L'Apocalypse avait fourni à Montan cette idée d'un règne de mille ans que lui et d'autres avant lui avaient faussée ; les Aloges supprimèrent l'Apocalypse. Montan ne parlait que prophéties, nu-

1. Des mots irdcrraXoç oa «riaaa^oç, pieu, et fi$^ ^cvôç, le nez.

2. Voy., sur le monlanisme, Eusèbe, HisL^ V, 3, 15, 19 (où U donne des extraits d'écrits contemporains contre Montan) ; Philastr., Hmr,, 49, 50; Ëpiphane, 48, 50: Théodoret, III; Philosophum. , YIII, 19; Aug., U3Br,, ?4 ; Hieron., £p., 54,127, ad MareeU., in Ephet,, II, 3 ; Prxf, ad Galatas, Tertuilien, non encore montaniste, compte Montan parmi les hérétiques, Prâsse., 52, 53. Devenu montaniste, il avoue que ces sectaires ont été condamnés par des conciles en Grèce. De J^jun., 13. — Sur la prétendue approbation du pape, voy. Adv Praxeam, 1 ; diflférents points de la doctrine montaniste dans ses traités de Corona militis, de Anima, de Fuga de Jejuniit, de CatiiUUê, de Virginib, veUkndit.

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