‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 76 sur 156 · Sur les Aloses, voy. Ëpipbane, 51 ; Irénée, III · texte numérisé non relu

Sur les Aloses, voy. Ëpipbane, 51 ; Irénée, III

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racles, inspirations, dons surnaturels ; les Âloges déclarèrent que ces dons étaient le privilège exclusif de T&ge apostolique et nièrent la continuation dans l'Église de cette puissance surnaturelle qui avait éclaté chez les disciples du Sauveur. Le côté surnaturel du christianisme avait été poussé jusqu'à l'excès par les uns ; il fut dénié par les autres.

Les Aloges, il est vrai, n'eurent qu'une existence obscure et momentanée, mais ils ouvraient à l'hérésie une voie nouvelle. Les premiers, ils protestaient contre l'ordre divin. Au supernaturalisme exagéré de Montan, ils opposaient une tendance humaine, négative à l'excès, qui fut depuis celle des sabelliens, des ariens, des pélagiens. Tous ceux-là devaient amoindrir le christianisme et chercher à le faire le moins surhumain qu'il se pût. Les ébionites avaient marché au judaïsme ; les gnostiques au paganisme : les montanistes marchèrent par l'excès du mysticisme à la folie (et Montan lui-même mourut (bu) ; ceux-ci marchaient par l'excès opposé au déisme.

Tels étaient donc ces déchirements de la vérité chrétienne, tiraillée entre des erreurs oppoî-ées. Que le gnosticisme triomphât : et bientôt, énervée par la corruption, décimée par la facilité de l'apostasie, toute l'Église chrétienne, toute ombre de christianisme allait disparaître; le monde allait retomber dans une idolâtrie pire que la première. Si au contraire le montanisme remportait, la société chrétienne n'était plus qu'une secte de méthodistes hautains et exclusifs, ennemis de rhoramo et ennemis de la ciié. Si les Aloges et leurs pareils avaient le dessus, le christianisme n'avait plus de symbole ; ce n'était plus qu'une sèche, vacillante, incertaine philosophie. Si en un mot, au-dessus de toutes les sectes, ne se maintenait pas

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une Église, une, entière, compacte, inébranlée, qui donc pourrait reconnaître à travers ces innombrables écoles le christianisme complet, supérieur, principal ? Entre Valentin, Marcidn, Cerdon el tant d'autres, quelle était seulement la branche principale des gnostiques? Uème, parmi ces montanistes nés de la veille, entre Proclus, Eschine, Priscille et d'autres encore, quelle était la branche principale du montanisme 7 Nul ne pouvait le dire.

Il y avait donc danger pour TÉglise, et déplus il y avait scandale pour les païens. Ces sectes, pullulant autour de rÉglise, gardaient le nom chrétien en le déshonorant. On avait imputé aux chrétiens les turpitudes de certaines écoles gnostiques, et nous avons vu saint Justin s'en défendre *. On imputait également aux chrétiens le rigorisme de Talien et de Montan, leurs prédictions sinistres, leurs anathèmes contre la société et contre l'Etat. Il était facile à Tignorance populaire et à la jalousie philosophique d'exploiter contre le christianisme ces branches bâtardes de l'arbre chrétien. La vraie Église pouvait craindre de disparaître aux yeux des peuples derrière ces mille folies qui s'appelaient chrétiennes, d'autant que ces folies, si étranges qu'elles fussent, avaient parfois pour nuteurs des hommes que l'Église, avant leur chute, avait honorés et chéris, comme un Bardesane et un Tation. « La religion était perdue, dit le cardinal Baronius, si, plus anciennement que ce débordement de l'erreur, n'eût

1, V. ci-dessui, t. II, p. 453. • Ces hommes (les carpocratiens) oot été enToyés de Satan, afin que les hommes qui les entendent nous croient semblables k eux. et se détournent de la vérité que nous leur apportons. En les voyant, on nous blasphème.» Irénée, I, 25, g 5. De même Glém, Alex., Strom., III, l ; Eusèbe (au sujet de Garpocrate), //, IV, 7.

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débordé sur le monde le baume de cette bouche divine dont il est écrit : c Votre nom est répandu comme une huile odoriférante. »

Heureusement, dans l'Église catholique, le remède est toujours là. Pendant les premières années, Montan et Priscille avaient pu passer pour de pieux enthousiastes, aux yeux mêmes de quelques fidèle» pour des inspirés. Hais bientôt l'excès de leur délire, le rigorisme insensé de leur morale, Fincertitude de leur foi, les divisions qui se produisaient entre eux firent cesser toute illusion. Lesévèques de Phrygie et surtout Claudius Apollinaris, évèque de Hiérapolis, furent les premiers à réprimander Montan, lui ordonnèrent le silence, voulurent môme exorciser le démon qui parlait par la voix de ses prophétesses ; les sectaires leur mirent la main sur la bouche pour arrêter les paroles de l'exorcisme. Enfin des synodes furent réunis dans plusieurs cités de l'Asie et des lettres de condamnation publiées contre les montanistes. Eusèbe nous a conservé les signatures de ces lettres, monuments de Tunité chrétienne * : « Aurélius de Cyrène, témoin du Christ,

1. On ne peut déterminer avec certitude l'époque où les montanistes, jusque-U m^lés aux catholiques, furent condamnés et formèrent une secte h part. Ce qui est certain, c'est que Claudius Apollinaris fut des premiers à les démasquer, et cet Apollinaris est bien le même qui écrivit une apologie au temps de la persécution de Marc Aurèle. D'après les écrits deTertullien, il est clair que les montanistes, ou du moins ceux d'entre eux avec qui il vivait, ne se séparèrent du christianisme orthodoxe que par degrés. Dans son traité de Virginibut velandis (200) le mélange paraît encore complet ; les vierges qui portent le voile se rencontrent dans les mêmes églises avec celles qui ne le portent pas (2, 3). Dans le traité de Fuga (20t), TertuUien semble vouloir être- en communion avec TËglise. Dans ses traités deCorona (201). de Jejunio (203), de Pudicxtia (203), il se sépare ouvertement, injurie les catholiques qu'il appelle ptychiques^ leur refuse le Saint-Esprit. Voy. de Pudicxtia, t. 11, 21. V. sur Apollinaire, Bienroym. Ëp. 83. ad Magnum.

Les deux synodes tenus dans l'Asie Mineure contre les moataniste»;

492 LITRE YI. — MA.RC ÀURÈLB.

VOUS souhaite salut et prospérité. — Élius Publius Julius, de la colonie de Develtum en Thrace, évoque : Vive Dieu dans le ciell — Sotas, évêque d'Anchialus, a voulu chasser le démon de Priscille, mais ces hypocrites ne l'ont pas permis. — Sérapion envoie à son troupeau la lettre d'Apollinaire c pour que vous sachiez, dit-il, combien toute «- la fraternité chrétienne répandue dans l'univers déteste « cette prétendue prophétie nouvelle et exotique. ■ — Rome aussi excommuniait les montanistes, et, la rupture dès lors accomplie, on vit les martyrs chrétiens, enfermés dans une même prison avec des montanistes, refuser d'entrer en communion avec eux *. Ainsi le judaïsme, le

Ton à Hiérapolis par saint Apollinaire et vinjrt-stx autres évêques ; l'autre par Sotas, à Anchialus, sont des premiers que mentionne l'histoire ecclésiastique (Mansi, Concil,, t. 1); Eusèbe donne des extraits de saint Apollinaire et d'autres évoques contemporains de Montan.

Apollonius (évoque d'Ëphèse) écrivit aussi contre les montanistes ; mais vers Tan 211 (Migne. Patrot, t. V, p 1375 et s.); voy. i'ragni. apud Kuseb. V, 18.

1. V. plus bas (cb. viii), le fait d'Alcibiade, l'un des roirtyrs de Lyon, fait dans lequel le rnontani<4ine scmiile bit'n avoir sa part (Lettre diiS mi rlyrs de Lyon in fii. a.md Kiisob., HisL ncL^ V, 3). — C'est à raison de ce fait ou d'aulr(>s s<;rribiabli;s que Tertullien montaniste reproche aux cathoiiqiicis • d'établir dans k>s prisons des tavernes pour les martyrs inciîrluns enci^re (popinis exhibere martyribus incertis) de peur que... les nouvelles do'lrines d'anstinencc ne soient pour eux une cause de scandale, • ne riuva abstinerUia disciplina tcandalixentur. D" Jfjuniis, 1*2.

Il existe une lettre du pape Éleulhère «177 103) pour condamner les jeûnes des montanistes. et qui serait une ré;>onse à la consultation des confesseurs de Lyon à ce sujet. Il y a des doutes sur l'autlienticitè de cette lettre ; mais le fait de la consultation n'est pas douteux : • A celte époqMO. Alcibiade (un autre, sans doute, que le précédent), Monlnn et Tliéodote s étaient tait, en Pliry.ifie, auprès de beaucoup de fi lèle*, une n-pulaiion de prophètes; i>lusieurs prodiges semblaient garantir la sincérité de leurs propin^ties et la controverse était fréquente a ce sujet. Les frères qui habitaient dans la Gaula ajoutèrent à la lettre («lu'ils écrivaient pour raconter le sort des martyrs} leur jugement privé sur ces hommes ; ils y ajoutèrent

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gnosticisme, le dualisme avalent été repousses chacun à son tour, et l'Église pouvait passer à côté de toutes ces sectes en démence, sans avoir rien perdu au contact de leur folie.

C'est vers cette époque que le prêtre de Lyon, [renée, écrivait un livre contre les hérésies, livre capital, plein d'érudition sacrée et qui a été pendant des siècles un des grands arsenaux de la controverse. Là, s'attachant à toutes les branches du gnosticisme, il consentait d'abord à discuter avec elles. Mais il montrait bientôt comment la question se simplifiait, lorsqu'il en venait à leur opposer cette tradition du grand peuple chrétien, plus ancienne et plus constante que toutes leurs doctrines, cette tradiUon fondée par les apôtres, maintenue par leurs successeurs, conservée par toute une série d'évêques dont les Églises gardaient les noms comme la garantie et, pour ainsi dire, comme la généalogie de leur foi**. Par cette séparation si nette d'avec l'hérésie, par cette doctrine si résolument posée, il arrivait que l'hérésie elle-même tournait à la gloire de l'Église, l'une multiple, variable, insensée, immorale ; l'autre si une, si persistante, si sage, si pure. L'oscillation de la vague faisait ressortir l'immobilité du rocher.

L'Église s'affermissait donc par l'hérésie elle-même et en même temps elle se purifiait. L'hérésie désole l'Église et cependant elle lui rend un éminent service. Elle la dégage d'un venin caché qui circulait dans ses veines. Bien

aussidegleUresdesmarlyrsqui venaient de souffrir au milieu d'eux adressées non-seulement à leurs frères d'Asie, de Phrygie mais' aussi à l'évoque de Rome, Éleutliôre, qu'ils priaient vivement d« rétablir dans les Eglises lu concorde et la paix m (en f77). .i Eusèbe,

V ff «I.

l. Voy. ce morceau cité plus haut, t. II, p. 269 Urénée, III, 3.)

peu d'bérésiarqucs ont élé loul à fait sans ancêtres ; bien peu de schismes sont apparus au grand jour qui ne se fussent préparés dans l'ombre; bien peu d'erreurs ont éclaté dont la trace ne serelrouve avant elles dansdes demierreurs, plus ou moins aperçues, plus ou moins volontaires. Quand le mal éclate, quand le poison fermente, TÉglise le rejette etsepurifle. 11 y avait eu» dans l'Église, dès les premiers temps, des traces de j udaïsme, un reste toléré d'observances mosaïques, certains penchants à espérer une Jérusalem terrestre; mais quand ces aspirations et ces souvenirs arrivèrent à l'état de protestation contre les enseignements de l'Église, l'Église laissa s'effacer de son sein ces derniers vestiges du mosuïsme. Il y avait eu aussi chez quelques fidèles des rêveries orientales, des prétentions semi-païennes d'illuminisme, des antipathies contre les origines judaïques de lafoi chrétienne; mais quand cela arriva à Tétat de doctrine formelle, l'Église trancha dans le vif et jeta hors d'elle les gnostiques et leurs rêves. Il y avait eu enfin, on a pu le voir, chez quelques écrivains même orthodoxes, certaines hésitations en fait de doctrine, certaines tendances rigoristes, certains ressentiments, excusables d'ailleurs, contre Rome et l'empire romain ; mais quand cela devint l'encralisme de Tatien et le fanatisme de Montan, l'Église n'hésita pas, et se sépara au besoin de docteurs, d'apologistes, de chrétiens austères comme un Tatien ou un Bardesane. Et ainsi, plus une que jamais, dégagée de toutes les réminiscences nationales, de toutes les, faiblesses païennes, de loules les extravagances des illuminés, pure de judaïsme comme de paganisme, du rigorisme de Mon Lan comme de la corruption de Yalentin, elle put se présenter hardiment et à ses amis et à ses ennemis.

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