Ps .XXXIÎI, i
du sol, des corps humains conserver pendant des siècles leur intégrité. Mais ici les reliques de la sainte avaient habité deux demeures différenles, sa basilique pendant huit siècles, et auparavant la catacombe où s'étaient desséchés, à côté d'elle, les ossements *de plusieurs centaines d'hommes ses contemporains ou ses successeurj». Pendant plusieurs jours, Rome fut témoin de ce prodige, comme si Cécile fût revenue au monde pour revoir une fois encore sa demeure, sa ville natale, et par-dessus tout son Église.
Quand la persécution faisait ainsi des martyrs à Rome, à plus forte raison en faisait-elle en province, où la populace païenne était plus tumultueuse et plus insolente, les magistrats moins hardis pour lui résister, ou, s'il leur plaisait de sévir contre les chrétiens, plus hardis pour sévir.
On cite des martyrs à Pérouse, dans le i^ont, la Phrygie, l'Egypte *. « Mais, dit Eusèbe, ce qu'on sait d'une seule province peut faire juger de ce qui se passa dans toutes les autres. » Eusèbe veut ici parler des martyrs de la Gaule, et d'un monument des plus authentiques, des plus incontestables quant à sa date, des plus admirables par la foi et la chaleur chrétienne : la lettre des (églises de Lyon et de Vienne à leurs sœurs les églises d'Asie et de Phrygie *.
i. On peut rapporter à celte persécutiom le martyre de :
Saint Soler, pape, à Rome (Î2 avril 177; :
Saint Con8tanlius,évèque de Pérouse. et ses compagnons (29 janvier) ;
Saint Caius et sainl Alexandre à Apamée, en Phrygie, 10' mars (Eusèbe, V, 15) ;
Et enfin les martyrs de la Gaule dont je vais parler.
Avec moins de certitude;, quant à l'époque, on ajoute :
Sainte Glycéric et le geôlier Laodicius, à Héraclée (10 mai) ;
Les saints Concordius et Ponlianus. k Spolette (1«' et 14 janvier);
Saini Hermias et son bourreau, à (^omana. dans le Pont (31 mai);
Les saints Victor et Corona en Egypte (14 mai). ,
2. Nous avons de c«'tie lettre le texte original rapporté par Eusèbe
Les Églises naissantes de la Gaule occidentale avaient en effet un lien intime avec les Églises de l'Asie Mineure. Les vaisseaux marchands de Smyrne, de Milet et d'Éphèse abordaient à Marseille; les traflquants ioniens remontaient la vallée du Rhône, parcouraient Vienne, Lyon, Autun ; la civilisation déjà si avancée de cette partie de la Gaule était grecque ou asiatique presque autant que romaine. Les colons grecs, la langue de la Grèce, les livres de la Grèce se rencontraient souvent, non-seulement dans la Phocéenne Marseille, mais chez ses sœurs de la vallée du Rhône. L'évêque de l'Église naissante de Lyon était alors Pothin, homme de race grecque, envoyé de Smyrne par saint Polycarpe. Irénée, qui devait succéder à Pothin, était aussi un Grec oriental, disciple de Polycarpe, de Papias, et par eux de l'apôtre saint Jean *. La liturgfe lyonnaise a gardé jusqu'à nos jours le vénérable souvenir de cette origine gréco-asiatique.
Aussi la lettre commence-t-elie par cette salutation fraternelle : « Les serviteurs du Christ qui habitent Vienne et Lyon, à leurs frères d'Asie et de Phrygie, participant à la même espérance et à la même foi en la rédemption : paix, grâce et gloire en Dieu le Père et en Jésus-Christ notre Seigneur I »
Vient ensuite le récit de la persécution. Comme il arrivait le plus souvent, l'initiative en a été prise, non par le
{HUt.eeel.f V, 1, 7, 3). et la traduction lalinc faite par Hufin de cette lettre, comme de tous les lirres d'Eusèbe. Elle a été lue et conHrmée par tous les bagiographes. Grog. Tur., Uisl, Franc,, l, 27 : de Gloria martyr,, 49, 50; Adon ; Usuard ; Bède; MarlyroLog,, Hieronym, Voyez aussi l'homélie sur sainte Biandine attribuée à saint Eucber, èvdque de I^yon au cinquiëtue siècle.
1. Sur les rapports entre Tii^glise de Lyon et les disciples de saint Jean, Toy. saint Irénée, V, 30, et alibi passim.
208 LIVBE VI. — MARC AUBftLK.
pouvoir, mais par le peuple. Les païens se sont indignés du progrès de ces Églises naissantes ; ils ont insulté les chrétiens, ils les ont poursuivis à coups de pierres; ils leur ont interdit le bain, le Forum, tous les lieux publics. Ils ont stimulé le zèle tardif des magistrats.
La lenteur des magistrats s'explique. Si, pour le peuple, il s'agissait de faire le plus de victimes possible, pour les magistrats, il s'agissait de faire le plus possible d'apostats. La persécution était un combat; elle n*était pas commencée, elle était à peine pressentie que déjà toutes les âmes, païennes ou chrétiennes, étaient dans l'inquiétude sur son dénouement. Les chrétiens couraient à leurs églises, multipliaient leurs jeûnes, répétaient leurs stations et leurs prières , redoublaient de foi, de zèle, d'amour de Dieu et d'amour mutuel ^ Les pécheurs venaient solliciter avec plus d*ardeur que jamais la pénitence et l'absolution, et rÉglise les recevait dans ses bras avec une plus indulgente miséricorde, comme un général à la veille d'un combat, ouvre les rangs de son armée à des soldats que leur indiscipline en a exclus. De leur côté, les magistrats païens ne se préparaient pas & la lutte sans une certaine anxiété ; il s'agissait, à leurs yeux, de leur honneur; chaque apostasie extorquée leur était une gloire, chaque martyre consommé un écheC"*. Si un chrétien sortait de Tarène libre et apostat, c'était un deuil pour l'Église, un triomphe pour le juge ! Si le chrétien, au contraire, ferme jusqu'au bout,