‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 80 sur 156 · TertuU., de Fwfa, \, in fin · texte numérisé non relu

TertuU., de Fwfa, \, in fin

2. t Nil aliud devitant (prsesides) qaam ne lorti moriantur... Jubent curam lortis adhibere .. Nam et ipse audivi aliquot gloriantes quod administratio sua in liac parle fuerit incruenla... » Un d'eux se glorifie, comme il l'aurait fait après un triomphe remporté aur les barbares, de ce qu'un chrétien tourmenté depuis deux ans a apostasie. Lacunce, Div. insi.^V, 11.

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obligeait le juge à lui concéder la palme du martyre, quelle défaite pour celui-ci 1 quelle victoire pour la foi ! Ces mots de combat, de victoire, de triomphe, appliqués aux martyrs, étaient vrais à la lettre 1 1

Aussi les magistrats luttaient-ils de toutes les forces de leur esprit et de leur pouvoir ; ils raisonnaient, ils flattaient, ils promettaient, ils menaçaient, ils essayaient d'effrayer ou de séduire le confesseur pour ne pas être obligé de lui accorder la mort. Le peuple païen, les ministres, les soldats leur venaient en aide par leurs imprécations et leurs menaces, quelquefois aussi par leurs supplications et leurs larmes. Le confesseur de son côté luttait de toutes les puissances^de sa raison, de toutes les réminiscences de son savoir, de toutes les ressources de son ironie, de toutes les ardeurs, on peut dire, de toutes les colères de sa foi. Il s'affermissait par l'énergie de sa propre parole. Et de même que le peuple païen était là pour l'égarer, le peuple chrétien était là pour raffermir. Après l'avoir, dans son cachot, visité, secouru, consolé, honoré, et encouragé en l'honorant, le peuple chrétien était encore près de lui, au pied du tribunal, plus ou moins caché, plus ou moins nombreux ; ses maîtres, ses disciples, ses amis, sa propre famille ranimaient de leur

1. « Gom, triamphator et yictor, ipsi qui advenus se sententîain dixit insultât. Vicit enim qui quod contendit, obtinuit. » Minut. Fel., 37. € Nostrum gauduim est. . qui malumus damnari quam a Deo ezcidere... Consecuiis nobis quod elegiiDUS .. • Terluli., A:.ol., 49. ■ Praelium est nobis cum provocatnur ad tribunalia. Victoria est autem pro quo certayeris oblintre.. Vicimus cum occidimus... Hic est habitus victorise no»trae, hiBc palmaia veslis. Iiic currus triumphalis. » /'/., 50. — « Les démons craignent d'en venir aux mains avec les martyrs.. De niéine que les juges sont désolés lorsqu'ils voient les chrétiens Fupporifr avrc courage les i' jures et les tourments, de même ils triomphent quand les cbrétieos succombent. • Origène. C. CeU., Vlil, 44.

SIO LITRE YI. — MARC AURÈLE.

regard, de leur geste, de leurs larmes, de leurs paroles. II y avait donc une lutte terrible où chacun tremblait, s'agitait, combattait, afin de gagner, les païens un apostat, ou les chrétiens un martyr.

Il ne faut pas s'imaginer en effet que le paganisme ne triomphât point quelquefois. Le besoin qu'eut l'Église de régler la discipline à l'égard des tombés^ prouve que le nombre était grand des hommes qui, ayant succombé par faiblesse, revenaient bientôt à l'assemblée chrétienne , apostats la veille, pénitents le lendemain. Ces apostasies, souvent effacées par un repentir sincère et courageux, firent plus d'une fois illusion aux magistrats païens. Ils croyaient avoir beaucoup gagné ; et ces triomphes, apparents et momentanés, expliquent comment le paganisme, toiyours vaincu en définitive et parfois réduit à user de tolérance envers les chrétiens, au bout de quelques années pourtant, renouvelait la lutte, persécutait de la même façon, employait les mêmes séductions, les mêmes chevalets et les mêmes bourreaux : c'est qu'en effet ses séductions et ses chevalets lui valaient toujours, au milieu de bien des affronts, quelques victoires.

Mais quand, au lieu de ce succès espéré, on trouvait une résistance obstinée, la colère du païen et Tamourpropre du proconsul, après avoir fait succéder la menace aux caresses, puis la torture à la menace, arrivaient à des raffinements de cruauté qui ne s'étaient guère vus jusquelà dans aucune proscription comme celles de Sylla ou celles de Tibère. Dans lesautres proscripliûns,ils'étaitagi surtout de tuer. Ici au contraire, si on tuait, on s'avouait vaincu. Et même, quand, après les tortures, on désespérait de l'apostasie, on inventait de nouvelles tortures pour se venger; autant on avait été compatissant et doux au premier

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abord, autant on était plus tard inventif en fait de barbaries. La politique à elle seule, la haine même n*eussent pas inventé tant de supplices; il fallait le dépit et Torgueil irrités. On voulait au moins que l'agonie fût bien lente, bien cruelle, bien amèrement savourée, avant de se confesser vaincu et d'accorder la mort à son vainqueur.

La persécution était donc, on le comprend, une solennelle épreuve. Les magistrats païens, si souvent vaincus, ne Tabordaient pis sans hésitation. Presque toujours, il fallait pour les décider les dénonciations multipliées, les émeutes, les appels tumultueux et répétés du fanatisme populaire *. Quelquefois on los vil désespérer du succès, et, après avoir ouvert la lutte, refuser le combat '.

Voilà pourquoi à Lyon le pouvoir hésitait. Mais le peuple plus fanatique, moins prévoyant, plus avide de sang que d'apostasie, tuant par colère plus qu'il ne torturait par calcul, plus engagé de passion que d'amourpropre, le peuple s'impatientait. 11 fallut pour le satisfaire qu'en l'absence du légat de César, le chef militaire et les magistrats municipaux fissent saisir un grand nombre de chrétiens, les amenassent sur la place publique, les interrogeassent devant le peuple, et sur leur aveu, les en-

1. Nolli magis depostulatores christianorom quam vulgus. TertuH., Apolag., 35. Voy. aussi 37 et 40.

2. Ainsi Pline, après avoir fait supplicier quelques chrétiens se lasse et consulte Trajan lEp. X, 97). — Ainsi, le fait que j*ai cité d'Arrias Antonin'us (voy. t. 1, p. 362; ayant rendu un édit contre les chrétiens et, comme ils viennent en masse se dénoncer ne sachant qu*en faire et les renvoyant. Tertullien, ad ScapiUam, 5.)— Dans Lucien, Pérégrin, mis en prison comme chrétien, est délivré par le proconsul, • homme qui aimait la philosophie et qui voyant dans le captif le désir da martyre, ne le jugea pas digne de cette satisfaction.»! P^r^ii/rtn» p. 997, A, B.) Le passage tant de fois cité de Marc Aurèle (XI, 3, et ci-dessus p. 96) répond bien au même sentiment.

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voyassenten prison. Le légat seul pouvait les juger*. Au retour du légat, le combat commence. Un défenseur se présente pour les chrétiens. C'est un jeune homme, un citoyen romain, Vettius Ëpagathus ; il demande à les justifier de ces accusations d'inceste et d'infanticide, éternel prétexte des haines populaires. Le peuple pousse contre lui des cris de colère ; le légat lui demande : Es-tu donc, chrétien î Et sur sa réponse affirmative, il est rangé parmi les prisonniers et inscrit avec la qualification avocat (Pa- RACLÊTOs) des chrétiens. En effet, disent les témoins de ce martyr, t le suprême avocat, l'Esprit-Saint, habitait en

lui'. »

L'interrogatoire sanglant a lieu, a Nous étions là, disent les mômes témoins, au risque de notre vie, encourageant les confesseurs, tremblant de l'incertitude du combat, redoutant, non les tourments, mais la chute de nos frères. » Les juges et les soldats aussi étaient là, encourageant l'apostasie et la délation. Au premier moment, le paganisme triomphe. Une dizaine de chrétiens succombent sous les tortures et renient leur foi. Des esclaves païens appartenant à des maîtres chrétiens sont à leur tour interrogés (c'est-à-dire torturés) comme témoins, et se hâtent de déclarer la réalité de ces atroces accusations

l. Le légal de César gouvernail la province lyonnaise, qui était oe qu'on appelait une des provinces de César. On s'est demandé comment il avait pu juger ces chrétiens dont quelques-uns appartenaient à l'Église de Vienne, et par conséquent à la province narbonaise. La moindre notion de droit suffit pour savoir que la juridiction territoriale s'applique à tous les délits commis et à tous les délinquants saisis sur le territoire. Voici, du reste, un texte du Digeste : a Le gouverneur a juridiction sur les hommes de sa provmce. Il Ta même sur les étrangers, s'ils ont commis quelque délit ; car les ordres du prince lui prescrivent de purger la province de tous ies malfaiteur» sans distinguer leur origine. » 3 Dig. de Officio prasidis (I, 18),

t, Epùl. eccles., §3.

contre les chrétiens que la passion populaire seule pouvait croire. La muliitude rugit de colère ; ceux mêmes d'entre les païens qui, ami^ ou parenls de quelque chrétien, avaient gardé jusque-là une certaine modération, n'osent plus se dispenser de blasphémer. Les arrestations se multiplient comme pour suppléer au vide qu'ont fait les apostasies. Tous les chrétiens les plus vénérés, tout le clergé des deux Églises de Lyon et de Vienne sont dans les fers*.

Hais, comme de vieux soldats qui viennent à leur tour renouveler la balaille perdue par la faiblesse de quelques recrues, d'autres confesseurs paraissent. C'est le diacre de Vienne, Sanctus. C'est le néophyte Maturus, déjà mûr en effet pour combattre dans Tarmée du Christ. C'est un Grec de Pergame, homme riche et considéré, Attale, qu'on appelait la colonne de TÉglise de Lyon. C'est, auprès de ce patricien de la province, l'esclave Blandine, qu'à son nom^ et à la délicatesse de sa personne, on peut reconnaître pour une de ces esclaves favorites, qui, dès leur enfance, conquéraient l'amitié, quelquefois capricieuse, quelquefois tendre et sincère, de leurs maîtres. Elle et sa maltresse s'étaient aimées jusqu'au point de devenir chrétiennes ensemble et d'être martyres ensemble; toutes deux livrées au tortureur, c'était la maltresse qui tremblait pour la frêle complexion de son esclave. Ce faible corps résista portant à des tortures dont une seule

1. Si Ton se demande comment des membres du clergé de Vienne purent être arrêtés à Lyon, il est facile de répondre qu'ils avaient d*abord été arrêtés à Vienne, et qu'ensuite •« à raison de la connexité, » leur cause ayant été jointe à l'instruction ouverte à Lyon, ils furent envoyés dans les prisons de cette ville.

2. Ce nom se retrouve à Lyon môme, dans l'épi ta pbe païenne de Blandina Marticla. Orelli, 4803.

2i LIVRE YI. — MABG AUaÂLE.

semblait suffisante pour donner la mort ; elle n'avait qa*un cri dans lequel il semblait qu'elle irouv&t le soulagement et la vie : « Je suis chrétienne et il ne se commet aucun crime parmi nous. > Du malin au soir, les bourreaux fatigués se relayèrent auprès d'elle ; ils Qnirent par déclarer que leur art était épuisé et qu'il ne leur restait plus une torture à essayer. Comme elle, le diacre Sanctus, brûlé, brisé, couvert de plaies, torduen tout sens, gardant à peine forme humaine, vivait toujours et vivait chrétien. A toutes les demandes sur son origine, sur sa condition, sur son nom, il répondait en langue latine : « Je suis chrétien. t Une voulait connaître d'autre famille et d'autre patrie que TÉglise. Le paganisme vaincu essaye alors d'un martyre plus lent. Les confesseurs sont ramenés dans une obscure et infecte prison, où ils restent avec leurs membres brisés, leurs plaies saignantes, qu'irriterait le contact de la main la plus douce, leurs pieds dans les ceps, jusqu'au cinquième trou *, dit le récit ecclésiastique. Quelques-uns à qui Dieu veut donner immédiatement la couronne succombent dans les ceps, entre autres l'évêque de Lyon, Pothin, âgé de plus de 90 ans : respirant à peine, mais animé du désir du martyre, il avait fallu le porter devant le tribunal ; et là, quand le légat lui avait demandé :

1. fje nervus [rh Sv^iov) était un appareil en bois dans lequel la tête, les bras et les pieds de la victime éiaient fixés. On écartait les pieds plus ou moins au moyen de cbevliies qu'on plaçait dans des trous plus ou moins distants les uns des autres. On a trouvé à Pompéil un nervîAS propre à recevoir dix condamnes. Rufin traduisant la lettre des Églises, dit le septième trou ; mais le texte grec dit le einquième, et celui-ci semble eu effet avoir éié le maximum. Voy. Àct.t xTi, 2i. (Saint Paul et Sihs mis dans le nervus); Eusèbe, U, E.. Viil, 10, au sujet de Phiiéas, mis au quatrième trou ; les Actes de saint Gbrysanibe et sainte Darie ceux des saints Taraque et Aodronic ne parient que du quatrième.

NOUYBLLB PERSÉCUTION. 215

« Qui est donc le Dieu des Chrétiens 7 » Il avait répondu : ff Tu le connattras si tu es digne de le connaître. » Le légat l'avait livré aux coups de pieds, de poings et de pierres de la multitude; ramené dans la prison, il était mort au bout de deux jours ^ Mais d'autres, que Dieu réservait pour une gloire nouvelle, revivaient au contraire dans le délaissement et le supplice. Lorsqu'au bout de quelques jours, on alla chercher Sanctus pour réveiller ses plaies par de nouvelles tortures, il sortit de cette seconde épreuve, debout, plein de vigueur, ayant repris sa taille et sa forme premières ; la torture avait été pour lui, non un supplice, mais un remède.

La prison offrait en ce moment un spectacle étrange. On y avait entassé confesseurs et apostats, ceux-là comme chrétiens opiniâtres, ceux-ci comme coupables, d'après leur aveu au moins implicite, d'infanticide et dlmpudicité ; les uns pour essayer de fléchir leur courage, les autres pour les maintenir dans leur défection : <c Ceux-là étaient dans la joie, le visage rayonnant, parés de leurs chaînes comme une vierge au jour de ses noces se pare des flranges d'or de son vêtement ; ils exhalaient la douce odeur du Christ, si bien que parfofs on les croyait oints de quelqu'un des parfums de'ce monde': ceux-ci dans la honte, humiliés de leur apostasie; leurs yeux étaient l}aissés, leurs plaies inspiraient le dégoût. Quand on les menait les uns et les autres au tribunal, le peuple, à leur

1. Le ? Juin, selon la tradition de VÈgline de Lyon. On yoit encore an lieu appelé rAntiquaille des restes de la prison où il mourut enfermé aTec les autres chrétiens.

2. Rufln traduit : € Si bien qu'ils semblaient enfermés, non dans un cachot, mais dans une case à parfums. » Il lit xixXfiffOac au Ueu de

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physionomie, distinguait les martyrs des apostats, et comme ceux-ci, dans le3 aveux raenj^ongers que la lâcheté leur avait dictés, s'étaient reconnus coupables de meurtre, le peuple les appelait assassins. Ce contraste relevait le courage des chrétiens du dehors ; on avait et plus de honte de l'apostasie et plus de goût au martyre. Parmi les nouveaux captifs que l'on amenait chaque jour dans la prison, on ne voyait plus personne faiblir ; les apostats mêmes que le paganisme croyait avoir gagnés lui échappaient. Une femme nomm(^e Biblis, qui avait trahi sa foi, avait été néanmoins ramenée à la torture afln de lui faire répéter les calomnies usuelles contre ses frères. Mais les tourments, au lieu d'abattre son courage, le relevèrent. 11 sembla que tout à coup elle s'éveillài du milieu d'un rêve. « Comment voulez-vous, s'écria-t-elle dans la torture, que les chrétiens se nourrissent du sang de leurs enfants, eux qui ne mangent même pas le sang des animaux ? » * Une seconde fois elle se confessa chrétienne, et il fallut bien la compter parmi les martyrs *. Aussi cette prison était-elle comme le sanctuaire ou, si vous le voulez, le concile de TËgUse des Gaules. Entre l'Église dispersée au dehors et l'Église captive au dedans, il y avait des rapports continuels de vénération, d'encouragement^ de mutuel amour. Ceux qui souffraient n'étaient pas seulement des frères, mais des pères pour les chrétiens. De leur cachot et de leurs ceps, sans le vouloir, ils gouvernaient l'Église. Us réprimaient les excès de la pensée chrétienne, ces excès qui alors étaient tous dans le sens de l'héroïsme et de la rigueur. Dans la prison

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