Ibid
même, un des confesseurs, Alcibiade, dont le nom rappelle celui d'un des premiers disciples de Monlan, cédant ou au rigorisme montanisleou aux idées gnostiques deTatien qui tenait la chair et le vin pour choses impures, étonnait ses frères par la rigidité de son jeûne ; il ne vivait, comme il avait vécu chez lui, que de pain et d^eau. Âttale fut averli par une vision que ces ausiérilés étaient intempestives; il en avertit Alcibiade et Alcibiade se soumit *.
A plus forte raison, le montanisme du dehors provoquait-il de pareils avertissements. Venu d'Asie, grdce aux relations fréquentes qui unissaient les Églises de l'Asie Mineure à celles des bords du Rhône, le montanisme se répandait beaucoup dans la Gaule. Nul jugement de l'Église ne l'avait encore frappé. Mais les saints martyrs, en comprirent le péril, et, à titre de jugement privé, ils écrivirent à leurs frères d'Asie et de Phrygie chez qui cette doctrine avait pris naissance ; ils en écrivirent même au chef de toute l'Église, à Tévêquede RomeÉleuthère, éveillant sa vigilance, lui demandant de maintenir la paix de l'Église, parlant avec prudence, avec modération, avec la science de la foi : « Car, dit le narrateur, la grâce de Dieu ne les abandonnait jamais, et l'Esprit Saint était leur conseiller. » Si quelquefois la faiblesse humaine se glissa dans les assemblées de martyrs, s'il put s'y rencontrer quelque orgueil, quelques mépris pour les faibles, quelque rigueur pour ceux qui étaient tombés, ce ne fut point ici : « N'accusant personne, défendant tout le monde, déliant et ne liant pas, priant pour les apostats, priant pour
1. CTeti ainsi que les qaaran le- troisième et quarante-cinquième canons apostoliques prononcent la déposition contre « les clercs qui se seront abstenus de chair et de vin, non par mortification, mais par un sentiment de réprobation contre ces aliments » («d Bl aovigo'cv,
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les bourreaux ; on les voyait, après avoir été menés et ramenés à la torture, quand leur corps était cicatrisé par le fer rouge, livide de coups de fouet, saignant et déchiré, refuser humblement le titre de martyrs. Si on le leur donnait ou en parole ou par écrit, ils en faisaient de vifs reproches: « Ceux-là, disaient-ils, sont vraiment martyrs, « que le Christ a reçus dans son sein après qu'ils ont cona fessé la foi, et dont le martyre a eu Tirrévocable sceau « de la mort. Mais nous, nous ne sommes que de misé- « râbles et de pauvres confesseurs. Priez, ajoutaient-ils « avec larmes, priez sans relâche pour qu'au jour de notre tt mort Dieu achève Tœuvre qu'il a commencée dans sa « miséricorde ^ »
Cependant les jours se passaient, le peuple demandait du sang chrétien. Pour le légat, livrer un chrétien à la morty c'était renoncer à une apostasie et accepter une défaite. 11 lui fallut pourtant se décider. 11 lui fallut même, pour ne pas trop faire attendre le peuple, annoncer un jour de fête extraordinaire dans lequel l'amphithéâtre serait ouvert et où Ton aurait, une fois de plus que de coutume, le divertissement d'un supplice •. Maturus, Sanctus, Âttale, Blandine comparurent dans Tamphithéfttre. En mettant ainsi à part les plus courageux, on espérait que les autres se montreraient ensuite plus traitables. Maturus et Sanctus subirent tous les traitements quef la rage du peuple put inventer ; ils furent flagellés, traînés par des bêtes dans Tarène, assis sur des chaises de fer rouge ; enfin le confecteur les acheva. Blandine fut attachée à un poteau pour être livrée aux bêtes féroces, et,