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RÉSUMÉ DE L'ÉPOQUR ANTONINE

aurait dû refuser trois choses qu'il n'a pas su refuser : racceplaiion plus ou moins prononcée des superstitions orientales ; la désignation de Commode pour son successeur ; et enfin les têtes des chrétiens. Il a été plus formellement et plus systématiquement persécuteur que nul prince ne l'avait été depuis Domitien. Et par cet abandon de Rome à l'influence délétère de l'Orient, et par ce triste choix de son héritier, et par cette guerre contre l'Église, quand TËglise seule pouvait sauver Rome, Marc Âurèle a triplement perdu Rome.

La décadence commence donc avec Marc Aurèle, et nous en avons remarqué dès son temps les symptômes. Il serait plus vrai de dire: elle recommence. Cet empire si vaste et si puissant, et auquel les derniers princes avaient rendu une certaine dignité, n'était au fond qu'un vieillard et un malade. Ses vieilles plaies subsistaient toujours. Quatrevingt-quatre années d'une royauté plus intelligente, plus libérale et plus digne avaient pu suspendre les progrès du mal, mais n'avaient pu le guérir. Politiquement, économiquement, moralement parlant, le fond de la société était

le même.

Il faut dire quelques mots de ses vices pour qu*on ne croie pas la grandeur, la prospérité et la vertu de l'époque antonine supérieures à ce qu'elles furent en réalité.

il !•'. - SITUATION ÉCONOMIQUE DU MONDE ROMAIN.

Au point de vue économique, Pempire romain, comme toutes les sociétés antiques, était gouverné par un grand fait, l'esclavage. Quelles étaient les conséquences de Tes-

280 LIVHE VII. — CONCLUSION.

clavage sur la richesse publique, sur la santé publique» sur la populalion ?

Quant à la richesse : — les sociétés humaines ont besoin de travail pour vivre. Il le leur faut presque universel; il le leur faut quotidien, acharné ; il le leur faut, je dirais volontiers, excessif. Et, même à cette condition, elles ne vivent, prises dans leur ensemble, que pauvrement. C'est l'arrêt de Dieu contre la poslôrité d'Adam, laquelle doit manger son pain, une maigre nourriture, non pas seulement par un peu de travail, mais par un travail extrême, à la sueur de son front. Nos efforts, notre intel- j

ligence, notre bonne volonté, notre soumission, notre )

commune entente, notre mutuelle charité, en un mot tous nos progrès peuvent atténuer jusqu'à un certain point les conséquences de cet arrêt; ils ne l'effaceront pas.

Qu'arrivera-t-il donc si au lieu d'être ardent, actif, dévoué, stimulé par l'intérêt personnel et par la charité mutuelle, ce qui suppose la liberté, le travail est forcé, par conséquent accompli à contre-cœur, et d'autant plus avarement rendu qu'il, est exigé d'une manière plus despotique ; — si, au lieu d'être dirigé par le libre intérêt de chacun dans le but commun de la subsistance de tous, il est dirigé par k tyrannie d'un petit nombre dans le but égoïste de leurs jouissances personnelles ; — si, en un mot, le travailleur est un esclave, dont le pain ne sera ni plus abondant ni moins noir parce qu'il aura travaillé da- ' vantage, et, si le directeur du travail est un mattrû, indifférent à ce que son esclave ait plus ou moins de pain, pourvu que lui-même ait des faisans et du vin deChios sur sa table ? N'est-il pas évident qu'alors la somme du travail sera beaucoup moindre ; que, de plus, ce travail

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détourné de son but providentiel, produira, au lieu du nécessaire le futile, au lieu de la subsistance le plaisir, au lieu de la vie du corps la perte des âmes ; qu'en un mot, la société sera beaucoup moins ricbe T car si le mot de richesse a un sens vrai, élevé, estimable, la richesse n'est que Tabondance des choses utiles.

La vie des nations antiques témoigne bien de cette vérité. A leur début, elles sont ce qu'on appelle pauvres, c'est-à-dire qu'elles ont peu de numéraire, peu de den* rées deluxe, peu d'esclaves. Hais, ayant peu d*esclaves, elles sont riches de la véritable richesse, parce qu'elles ont, proportion gardée, beaucoup de travailleurs et beaucoup de blé. Le blé, (on l'a remarqué plusieurs fois et l'expérience de l'Amérique confirme cette remarque) le blé est parliculièremcnt la rémunération du travail libre: la culture des céréales diminue quand l'esclavage augmente, elle augmente lorsqu'il diminue. Dans cette situation donc, les nations sont riches et elles sont fortes, car tous leurs travailleurs sont en même temps des soldats; elles sont donc militaires, belliqueuses, conquérantes.

Malheureusement la conquête leur donne Tor, les denrées de luxe, les esclaves ; et dès le moment où elles se sont mises en possession de tels biens, dès ce moment, avec une promptitude incroyable, leur déclin commence. Ayant une plus forte preporlion d'esclaves, elles ont proportionnellement moins de travail, par suite elles ont moins de pain. Pour remédier à ce mal amené par la conquête, elles ont recours à des conquêtes nouvelles; elles guerroient de nouveau contre des populations étrangères; elles en détruisent une partie, transforment le reste en esclaves qui cultivent pour elles le sol confisqué, et elles

382 LIVRE vu. — CONCLUSION.

S assurent ainsi le pain de quelques jours. Hais ce remède sanguinaire, on le comprend, ne fait bientôt qu'augmenter le mal. Ces e^^claves de plus sont toujours des bouches de plus à nourrir, et ce sont à peine des travailleurs de plus ; car ce sont de mauvais travailleurs, et, pour la plupart des travailleurs de luxe. Possédés par un petit nombre de gens opulents auxquels le pain ne manque jamais et chez qui la volupté est insatiable, ils travaillent, non pour produire le pain, mais pour produire la volupté.

Quand les nations antiques en sont là; elles ont conscience de leur péril. Elles savent et elles disent que le luxe sera leur perte. De là, ces lois somptuaires trop bien motivées, si elles n^étaient malheureusement impuissantes. Les lois somptuaires sont des eSbrts pour ramener le travail à son but véritable, pour faire que l'esclave, cet instrument qui a coûté si cher à acquérir puisqu'il a été acquis par la guerre, et qui coûte si cher à nourrir quoiqu'on le nourrisse mal, soit du moins utilement employé. On voudrait que ces millions de bras qu'on entretient et redoute donnassent du blé au peuple et aux soldats, au lieu de donner seulement des tissus d'or à d'orgueilleuses matrones. On le voudrait, mais il n'en peut être ainsi. La loi échoue contre les mœurs ; le besoin de tous pèse moins que l'égolsme de chacun. Le bien ne se fait pas par contrainte.

Cependant Tère des conquêtes touche à son terme. Bientôt on ne trouve plus de terres abordables à conquérir. Et, en outre, comme dr s esclaves de plus dans un pays, ce sont des soldats de moins, la force militaire s'amoindrit, les victoires sont plus rares. 11 faut donc vivre sur son propre fonds ; or ce fonds s'amaigrit chaque jour. La

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population diminue parce que les subsistances décroissent, et les subsistances décroissent parce que la population diminue. Qu'il surgisse mainlenanl dans quelque coin du monde une nation qui soit encore dans sa barbarie et dans sa pauvreté primitive, c'est-à-dire une nation sans luxe» sans esclaves, riche en blé, en troupeaux et en hommes libres ; qu'une telle nation surgisse, et le peuple, jadis victorieux, conquérant, exterminateur, sera bientôt vaincu, conquis, exterminé.

Voilà pourquoi les empires dans Tantiquité ont eu si peu de durée. Rome elle-même n'a pas échappé à la loi commune. Seulement l'énergie de son caractère et de ses institutions lui a assuré une vie plus longue et une décadence plus lente que celle de la plupart des peuples antiques. Plus obstinément pauvre après sa victoire ; maintenant plus longtemps sa population agricole et militaire contre l'invasion de l'esclavage; se roidissant avec un peu plus de succès par les lois somptuaires contre rinvasion du luxe ; moins dure envers les nations vaincues, les associant davantage à sa vie ; profitant de leur richesse sans la confisquer, à plus forte raison sans la détruire ; tendant à faire une grande nation d'hommes libres au lieu de constituer simplement une petite tribu de maîtres au milieu de plusieurs millions d'esclaves : Rome a même eu le mérite, à l'époque qui nous a occupés^ de remonter à la source du mal et de réagir en quelque chose contre l'esclavage. Elle a ainsi donné à son empire une durée, moindre que ne la comptent aujourd'hui la plupart des nations modernes, mais plus longue que ne Ta eue aucun empire de l'antiquité asiatique, à plus forte raison celui d'Alexandre.

Mais l'empire romain n'en a pas moins subi la loi. Ses

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efforts contre l'esclavage étaient trop faibles et trop tardib. Il eût fallu créer (c'est ici le mot) le travail libre; et le travail libre, plus encore peut-être que le travail servile, on l'avait bonni, méprisé, découragé. Le christianisme lui-même, qui, dans le coin de la société où il opérait alors, cherchait à réhabiliter le travail, ne devait arriver qu'après huit siècles à constituer rindustrie libre en Europe. Les esclaves diminuaient de nombre; mais les ouvriers libres n'augmentaient pas en proportion. La somme du travail décroissait donc.

Et néanmoins (tant les traditions mauvaises se perpétuent en dépit de tout !), grâce à Tesclavage Qt à la concentration de la richesse qui mettait la direction du travail entre les mains d'un petit nombre, le luxe continuait à absorber la plus grande part de ce travail si restreint. Lui même, le grand mattre et le grand capitaliste, l'empereur, (et encore plus son entourage) ne connaissait pas des deniers de sa bourse, de ces deniers qui représentaient le labeur et la vie du genre humain, un emploi plus licite, plus utile, plus noble, plus glorieux, plus libéral même que de le dépenser en chars et en chevaux pour le cirque, en pantomimes et en bouffons pour le théâtre, en lions et en panthères pour Tarène. C'est là l'espèce de générosité que César témoignait le plus souvent â son peuple et, dont son peuple lui-même, ou du moins le peuple de Rome, lui savait le plus de gré.

Or, quoi qu'on puisse dire en faveur du luxe, le genre humain a besoin, pour vivre d*une façon seulement tolérable, de tout son temps, de tous ses muscles, de toute son intelligence ; et le temps, les muscles, l'intelligence que Ton emploie â dresser des chevaux pour le cirque de César et à dorer le canapé perfectionné de Lucius Verus,

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on ne remploie pas à pétrir la farine pour le genre huinain. Quand Trajan donne à son peuple dix mille gladiateurs, ce sont à la fois des hommes qu'il sacrifie et d'autres hommes à qui il ôte le pain. Quand Néron, après avoir incendié ou laissé brûler Rome par caprice d'artiste, la rebâtit chèrement et magnifiquement, ce sont quelques millions d'hommes de TEuphrate aux monts Cheviots qui en seront plus mal nourris et plus mal abrités. Une panthère recrutée pour Tarène, c'est peut-être, non compris ceux qu'elle dévore, un homme de moins sur la terre. Un boudoir de plus dans les thermes de Caracalla, c'est une bottA de chaume de moins pour le toit du pauvre Breton que le fisc va rançonner. Un coup de rabot de plus pour les machines théâtrales de Domitien est un coup de rabot de moins pour le mobilier du pauvre et pour le lit de l'esclave. Le travail ne peut pas se doubler: s'il va au prince, il ne peut pas aller aux sujets ; s'il va à la volupté, il ne peut pas aller à l'utile.

Voilà pourquoi les empereurs économes, Vespasien, Nerva, Trajan lui-môme, Antonin, Marc Aurèle ont été aussi de grands empereurs. Leur économie, je l'ai dit souvent, a fait leur clémence et la sécurité de leur peuple. Mais de plus leur économie a fait aussi leur libéralité sérieuse et utile, et la richesse de leur peuple. Ne donnant rien ou presque rien aux inutilités personnelles du palais; ne donnant en général aux inutilités obligées du cirque et du théâtre que ce qu'ils ne pouvaient se dispenser de leur donner ; il leur est resté de quoi tracer des routes, construire des ponts, fonder des ports, ouvrir des canaux, repeupler l'Italie, coloniser la Dacie, doter des enfants, aider à vivre la race des laboureurs et des soldats. Et surtout, par la modération de leur dépense que les riches

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de leur empire ont plus ou moins imitée, ils ont laissé à l'ouvrier, libre ou esclave, la liberté de travailler pour la subsistance commune. Ils ont laissé le paysan numide semer son blé, le javelot à la main pour se défendre au besoin contre le lion, au lieu de l'envoyer prendre le lion en lui interdisant, sous peine de mort, de le tuer. Os n'ont pas mis en réquisition, à titre d'esclaves ou d'oavriers, tous les muletiers de l'Italie et tous les matelots de la côte africaine pour porter, au lieu du blé destiné à nourrir Rome, des blocs de marbre pour leurs palais. Us n'ont pas d(^tourné de sa fin première le labeur humain, cette denrée, de leur temps si rare, de tout temps si précieuse.

Mais, par malheur, leur action n'a pu être qu'insuffisante et temporaire. Non-seulement, immédiatement après Marc Aurèle, la fureur des spectacles et de toutes les magnificences impériales a repris sous Commode; non-seulement tout ce qui possédait s'est rejeté dans les jouissances du luxe, dé toutes les moins incompatibles avec la tyrannie ; mais encore, même sous les Ântonins, à plus forte raison avant et après eux, l'esclavage, quoique le nombre des esclaves ait diminué, a toujours eu ses funestes effets. Sous leur règne, et encore plus après leur règne, en faisant du' travailleur la propriété d'un seul homme, il a consacré le travail à la volupté d*un seul homme.

Tous les faits économiques qui nous sont connus sur la société romaine déposent combien cette tyrannie du luxe était mortelle.

Ainsi — le numéraire devenait plus rare. Nous en avons la preuve sous les yeux. Les monnaies romaines que nous possédons baissent de valeur de siècle en siècle, de règne en règne. La pièce d'or de 25 deniers qui pesait 125 grains

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(anglais) sous Auguste, D*en pèse que 114 sous Néron, 1 12 sous Caracalla (remarquez que pendant la période antonine la valeur s'en est maintenue), 100 sous Elagabal, de 80 à 90 sous Dioclétien, 69 sous Constantin. Le denier d'argent, à son tour, à partir de la fin du second siècle, Ta diminuant, non de poids, mais de litre, et vers le milieu du troisième siècle, ou ne rencontre plus au lieu de pièces d'argent que des pièces de cuivre blanchies avec une légère feuille d'étain.

La cause de cette baisse est facile à comprendre. Le^ anciennes mines de Thrace et d'Espagne s'épuisaient ; les mines nouvelles de Dacie et de Dalmatie, elles-mêmes, donnaient relativement peu, parce que, selon la loi de l'industrie antique, elles étaient exploitées par un travail forcé de condamnés et d'esclaves. D'un autre côté le commerce extérieur enlevait du numéraire et n*en rendait pas. Le commerce, dominé comme l'industrie était asservie, était tout entier au service du luxe. Au Nord il demandait Tambre, à FOrient les parfums de TÂrabie, les perles de rinde, la soie du Thibet ; mais il n'avait rien à donner en échange à des peuples étrangers aux habitudes de la civilisation occidentale, à des peuples dont quelques-uns avaient horreur et dont aucun n'avait besoin de la laine et du cuir, ces deux grands produits de l'Occident. L'Italie surtout n'avait rien à exporter ; ses vins et ses laines, ses produits les plus estimés, ne suffisaient pas à sa consommation, et elle était obligée d'en demander au dehors. L*empire romain s'appauvrissait ainsi en numéraire'.

1. L'ensemble du commerce avec Tlnde, l'Arabie et les Sères (Tbibet) coûtaii chaque année, au moins 100,000,000 de sest. (25,000,000 fr.) • Tanlo nobis deliciœ et femini» consunt I » Plio.. Eisl, nal., XII, 18, (41)ei XI, 25. « Tam multiplici opère, Um lon«

avec la consolation, il est vrai, de parfumer la peau de quelques raffinés, d'orner le cou de quelques prostituées, et de donner à quelques matrones des robes plus transparentes.

Mais la diminution du numéraire dans un pays est plutôt une gène qu'un appauvrissement. Si je remarque cette diminution, 'c'est surtout parce qu'elle coïncide avec la hausse du prix des denrées. L'empire romain, par la diversité de ses climats, aurait dû être à l'abri des disettes ; cependant elles sont fréquentes, et on en revient toujours aux lois de maximum, toujours impuissantes ^ Dioclétien, dans son édit, va jusqu'à coter le taux de toutes les mar-

ginquo orbe qaaBritur ut in puhlico malrona transluceat ! » Ibid,, YI, M (26). De même, Tacite, Annal. III, 55. Lapidum causa pecunis nostr» ad externas hoslilesque génies Iransteruntur.

Le Péripie de la mer Erylhrée (rédigé au sixième siècle) ênumère les objets du commerce des Romains avec les contrées orientales. — Les Romains prenaient surtout des objets de luxe : perles, parfumSy soie, bois précieux. Us exportaient, il est vrai, du vin, des étoffes fabriquées en Egypte, du corail, de i'étain, du plomb, du bronze. Mais leurs exportations étaient inférieures à leurs achacs et l'appoint se payait en numéraire. (Voyez M. ^einaud, HeUUiom politiques de l* empire romain, p. 169 et s.) Un fragment du Digeste énumère les marchandises étrangères soumises aux droits de douanes. Ce sont presque tous des objets de luxe; les |>arfams y tiennent une grande place : ^lius Marcianus (jurisconsulte du temps d'Alexandre Sévère). Digeste, 16, J?, de Publicanis (XXXIX, 4).

1. Famines à Rome et dans L'empire : — sous Auguste (ans 6 et 8 de J.-G ), — sous Tibère (19 et 22}, — sous Claude (42, 43. 44, 49, 51). — sousDomitien? (son édit contre la vigne ; voy ci dessus, t I, p. 128), ^ sous 4>nlonin(voy. t. II, p. 184), - sous Marc Aurèle (162 et 166, voy. ci-dessus, p, 35),— sous (Commode (en 188. Dion.LXXII. et Lampride), — sous Gallus (253), — sous Gatlien (261), — sous Carus (284), —sous Dioclétien (302), ~ sous Conâtance, àAntioche (353), -« sous Julien (302-303). Je suis loin de donner cette liste comme complète, pour ces siècles surtout dont l'histoire est si pauvre en documents. Voyez les Césars. Clawie, 5 2.

Lois de maximum, de Commode (188), — de Dioclétien (302), (voy. ci-detsous), — de Julien (362), (voy. son Misopogon, ses Lettres. Libanius etc.)

BÉSimÉ DE L'ÉPOOUS ANTONINB. ^9

chandises et de tous les services ; en effet, lorsque Ton taxe une denrée, et surtout le blé, il faut taxer toutes les autres. Ainsi, à la fois, — • le numéraire devient plus rare, — les denrées deviennent plus chères, — et cependant, la population (je l'ai déjà dit et je vais en reparler) la population est en voie de déclin, non de progrès. Quelle est l'explication de ce triple fait qui semble impliquer contradiction f N'est-ce pas évidemment rappauvrissement du sol et de l'industrie auquel le commerce extérieur, je viens de le dire, ne cherchait môme pas à suppléer ? N'est-il pas évident que ce qui manquait au monde c'était le travail, et que le travail manquait parce qu'il était honni, découragé, asservi, et plus que tout cela peut-être encore, mal employé t Un rapprochement peut nous montrer quelle était cette impuissance ou, pour mieux dire, ce découragement du travail sous la loi de l'esclavage ; jusqu'à quel point l'intelligence était inerte en fait d'industrie et ajoutait peu au labeur de la main. Certes, au septième et au huitième siècle de notre ère, le genre humain sortait, si toutefois il en était sorti, d*une rude crise ; il avait tout à réparer, tout à relever ; les éléments les plus vulgaires de la civilisation matérielle lui manquaient. Cependant, depuis le huitième siècle jusqu'à aujourd'hui, il n'est pas un siècle, il n'est peut-être pas une génération qui ne se soit signalée par une de ces découvertes qui ne font pas toujours grand bruit dans l'histoire, mais qui sont un bienfait pour les hommes. H n'est pas une génération au sein de laquelle, à travers bien des guerres et bien des calamités, l'activité ingénieuse de l'esprit humain n'ait su trouver quelque ressource nouvelle pour donner plus en abondance le pain à l'affamé, le secours au malade, le vêtement à celui qui est nu.

390 LIVRE vu. — CONCLUSION.

Il n'en est pas de même sous Tempire romain, où cependant de si nombreux élomenls de civilisation étaient réunis, où tant de science déjà circulait, où tant de peuples et tant de g<^nies divers élaient pacifiquement associés. Le progrès des arts qui servent aux besoins réels de l'homme a été pendant les quatre siècles de l'empire romain ou nul ou bien médiocre. La fabrication des denrées utiles s'est à peine améliorée. Les voyages, quoique plus fréquents par suite de la paix générale, n'ont pas eu des moyens plus actifs à leur service. L'art de la navigation, malgré ces relations nouvelles entre tant de nations diverses, est resté le même. Lart de la guerre lui-môme, dont je ne compte pas les progrès comme des bienfaits, tant s'en faut, mais en faveur duquel se sont toujours exercées de préférence l'industrie et la science humaine, l'art de la guerre n'a pas fait de progrès. Toutes les découvertes industrielles un peu notables, sauf deux ou trois, sont ou antérieures et le plus souvent d'une antiquité immémoriale, ou postérieures à Tempire romain et appartiennent à cette période d'activité puissante qui a commencé après le temps des barbares et qui n'est pas encore finie aujourd'hui. Toutes les civilisations antiques, réunies et paciûées pendant quatre siècles sous le sceptre de la grande Rome, n'ont su ni emprunter aux Chinois la boussole, ni apprendre des Arabes le calcul décimal, ni acheter le sucre et le café aux peuples de l'Orient qui étaient pourtant leurs proches voisins, ni imiter d'ailleurs les moulins à eau et les moulins à vent, ni inventer la gravure, l'imprimerie, la poudre à canon, comme Tout fait au milieu de leurs guerres, de leurs mutuelles irruptions, de leur» désastres, lus barbares du moyen âge, réunis par la souveraineté spirituelle de la Rome chrétienne. Ces siècles té-

BÉSUVÉ DE l'ÉPOQUB ANTONINE. 291

nébreux {dark âges) comme l'Angleterre les appelait encore il y a peu de temps, ont été autrement inventeurs et paciflques que le siècle de lumière des Césars et des Auguste;^. Telle est Tinertie que produit Tesclavage ; telle est l'activité qu'a manifestée dès sa naissance l'industrie libre et chrétienne.

Il est vrai, par compensation, que rindustrie esclave et païenne s'entendait merveilleusement à nourrir, non l'affomé, mais le rassasié ; à vêtir, non celui qui est nu, mais celui qui est déjà richement habillé : en un mot, elle se bornait aux arts du luxe. A cet égard, les auteurs anciens, Pline entre autres, nous citent de précieuses découvertes. On inventait des recherches inouïes pour le boire, le manger, le coucher, le vêtement, le bain, la sieste, et comment dirai-je ? le par fumage des raffinés et des délicats. On leur faisait des couvertures tissées avec des pétales de roses: on leur perfectionnait le coussin, le canapé et la litière à un degré que nous-mêmes, nous ne connaissons pas encore; on leur inventait pour le massage les onctions, les huiles parfumées, mille voluptés innommées, sans parler des voluptés innommables. On pouj^sait, pour eux et pour eux seuls, la pisciculture, l'ostréiculture, l'aviculture, et toutes les cultures gastronomique?, y compris celle des loirs, à un degré que nous n'imaginons pas. Leurs esclaves ébénistes, leurs esclaves tisseurs de pourpre, leurs esclaves orfèvres qui faisaient bel et bien de la vaisselle d'or pur, auraient, certes, dans une de nos expositions de l'industrie, remporté bon nombre de ces prize medals que nous distribuons si abondamment aux arts inutiles. Mais d'inventer le métier à la Jacquart pour que les pauvres gens aient des bas à meilleur marché, ou de perfectionner la mouture pour rendre

292 LIVRE YII. — CONCLUSION.

leur pain un peu moins cher : fi donc I on ne s'en fût pas soucié. Les pauvres gens pouvaient bien aller pieds nos et manger un pain mêlé de son.

Voilà les tendances de l'empire romain en fait de richesse, j'entends la richesse utile et salutaire ; Tautre, je ne la lui conteste pas.

En fait de santé maintenant. — L'histoire de la santé laisse peu de traces dans les annales humaines. Cependant on peut en soupçonner quelque chose.

Le grand fait est toujours Tesclavage. — Dans une société à esclaves, il y a deux classes dont Thygiène est particulièrement mauvaise. La première est celle des esclaves, parce qu'ils travaillent au gré d'autrui, c'est-à-dire sans qu'il soit tenu compte de leurs besoins, et parce qu'ils sont entretenus par autrui, c'est-à-dire avec un intérêt médiocre. L*homme libre est pour lui-même un capital inappréciable, et, pour peu qu'il soit prévoyant, il met à la conservation de ce capital tout ce qu'il peut y mettre de soins et de dépense. Au contraire, l'esdave n'est pour son maître qu^un capital limité et le maître croirait mal agir s'il dépensait pour la conservation de ce capital une somme disproportionnée avec sa valeur. Il fait donc une balance, et il entretient son esclave dans la mesure du profit que son esclave peut lui donner ; ses soins sont limités comme son intérêt.

La seconde classe exposée aux maladies dans une société à esclaves, ou pour mieux dire dans totite société, c'est la classe des maîtres, ou, si vous voulez, la classe des oisifs. Depuis que Dieu a condamné l'homme au travail, il a voulu que cette peine ne fût pas sans apporter avec elle quelque bien. Le travail, nécessaire à l'homme pour le maintien de sa vie, est en même temps utile & la

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