‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 94 sur 156 · RÉSUMÉ DE L ÉPOQUE ANTONINE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DE L ÉPOQUE ANTONINE

santé de son corps. Môme quand il trouve à se nourrir sans le travail, il ne se porte pas bien sans le travail. Je puis vivre d'une nourriture plus succulente, boire un vin meilleur, avoir une chambre plus saine, et une vie, diton, plus hygiénique, que le portefaix qui est au coin de la rue : toujours est-il que les muscles de cet homme, son estomac, son appétit, son sommeil, son énergie physique contre le froid, le chaud, la marche, la veille, surpassent les miens. Et cependant, nous autres désœuvrés des temps modernes, nous sommes des gens actifs auprès des désœuvrés de Tantiquité. Il y a mille soins, mille tracas, mille démarches, qui pèsent sur nous et dont l'esclavage les débarraissait. Eux étaient tout i leur corps et le soignaient avec amour {corpora curare^ in cute curanda). Ils avaient, je concéderai cela, une hygiène plus raisonnée que la nôtre, diciée par une science déjà assez avancée, et une hygiène qu'ils avaient le loisir d'observer ; tandis que chez nous, le médecin ne parle guère hygiène, parce qu'il a autre chose à faire, et, en parlerait-il, nous ne Técoûterions guère, parce que nous avons nous-mêmes autre chose à faire. J'accorde tout cela, mais la meilleure hygiène est de marcher dans la voie où Dieu a voulu que le genre humain marchât. Un ouvrier d'aujourd'hui qui travaille tout le jour, qui mange comme il peut et se vêtit comme il peut, se porte mieux, en thèse générale,soyez-en sûrs, qu'un délicat de l'ancienne Rome qui allait régulièrement i la palestre ou i la promenade pour obéir aux préceptes de Galien ; qui se baignait régulièrement comme Galien entendait qu'on le fit, et soupait régulièrement aux heures et avec les plats indiqués par Galien : (sans parler ici des excès souvent effroyables qui pouvaient trouver leur place dans cette vie si régulière). Dieu veuille,

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dans l'iotérèt môme de notre santé, nous préserver d'avoir tous les jours deux heures à passer i la palestre, deux heures à passer au bain, ei deux heures à passer au souper !

Tel élait donc le sort de ces deux classes, dont l'une souffrait d'un travail forcé, malsain, excessif quoique peu fructueux ; dont l'autre souffrait plus encore de son oisiveté, de sa richesse, et, je dirais volontiers, de la perfection de son hygiène. Entre les deux sans doute, il y avait une classe intermédiaire ; mais elle était proportionnellement peu nombreuse, et, resserrée entre les deux autres, elje avait sa part ou du travail malsain de ceux-là ou de la dangereuse oisiveté de ceux-ci.

En résumé, cette grande association des peuples sous le joug romain ne semble pas avoir eu la santé des peuples pour résultat Nous ne pouvons connaître sans doute de leurs maladies que les maladies publiques et historiques, les épidémies, et encore il s'en faut que nous les connaissions toutes. Toujours est-il que la marche des épidémies offre de singulières coïncidences avec le régime politique, moral, et, je puis ajouter théurgique, de l'empire. Vers la fin de Néron et les premiers temps de la famille Flavia, ces temps de troubles, de guerres civiles, de recrudescence superstitieuse, nous trouvons une peste en 65, où 30,000 personnes périssent dans la seule ville de Rome et en un seul automne ; une autre en 77, où 10,000 périssent par jour pendant plusieurs jours ; une en 80, après l'éruption du Vésuve, plus terrible, dit-on, qu'aucune des précédentes ^ Sous Trajan, Hadrien, Ântonin,

1. Suétone, in Nerone, 39. — Eusèbe, in Chron. — Suétone, m Ttlo, 20. J'emploid le mot de peite dans le sens du latia, qui attaclie à ce mot l'idée générale d'épidémie.

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ces temps de repos, de paix, de calme relatif dans les esprits, on ne meotioane qu'une épidémie locale en Arabie * ; peut-être y en eut-il d'autres, mais c'est là toat ce que nous savons. Est-ce donc que la même sagesse des princes et des peuples qui, à celte époque, arrêtait la décroissance de la richesse publique, arrêtait aussi l'allé* ration de la santé publique ?

Mais, sous iMarc Aurèle, je l'ai déjà dit, toutes les décadences à la fois reprennent leurs cours. Il y a guerres et guerres menaçantes, périls, calamités de lout genre, trouble dans les esprits, recours à toutes les superstitions. La peste, une peste horrible, suit ou précède tous ces fléaax. Galien croit reconnaître cette épouvantable épidémie qui ravagea Athènes au temps de Périclès. Il parle à plusieurs reprises de cette peste, la plus longue de toutes, et avec un douloureux soupir il en demande la fia aux dieux *.

Or, cette peste, s'il en faut croire plusieurs savants modernes, ne devait pas finir. Après avoir sévi plusieurs années sous Marc Aurèle (à partir de 165), elle reparut pendant deux ou trois ans sous Commode (187-189)' ; on compta à Rome, pendant quelques jours, 2,000 morts par jour. Elle reparut ensuite le lendemain de la persécution de Dèce, et Rome compta 5,000 morts par jour ; cette épidémie, la plus épouvantable peut-être que le monde ait vue, embrassa Rome, l'Italie, Alexandrie, TÉgypte, la Grèce; toutes les provinces, toutes les cités, toutes les maisons de Tempire, disent les historiens ; elle laissa après elle des villes lout entières abandonnées, et elle

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