‹ Les aphasies de guerreChapitre 4 sur 15 · I. — Période de début · texte numérisé non relu

I. — Période de début

Les jours qui suivent la blessure, et pendant un laps de temps différent suivant l’intensité et la profondeur de la lésion, les malades présentent un ensemble symptomatique qui peut être assez variable en ce qui concerne les symptômes associés, mais qui reste relativement constant en ce qui concerne les troubles de la parole.

Ces symptômes peuvent, à ce moment, .être rangés sous trois chefs différents :

1° Troubles de la parole proprement dits;

' 2° Symptômes de commotion cérébrale généralisée;

3° Symptômes de lésion cérébrale localisée.

Nous les étudierons successivement :

1° Troubles de la parole proprement dits. — Ils constituent l’élément essentiel au point de vue qui nous occupe.

Ce que l’on observe dès que le malade est sorti du coma post-traumatique (lequel est d’ailleurs loin d’être constant), c’est une impossibilité absolue ou presque absolue de la parole, déterminée à la fois par l’altération de ses deux éléments constitutifs : faculté de trouver les mots, faculté de les prononcer. Cette double altération étant, il est vrai, quelque peu variable suivant les cas dans son intensité globale et dans ses proportions relatives.

Le récit que fournissent les blessés est toujours remarquablement concordant sur ce point et coïncide de façon absolue avec ce que nous avons pu observer chez les quelques sujets qu’il nous a été donné d’examiner dés cette période.

Habituellement, cette double incapacité s’étend jusqu aux mots les plus usuels; les quelques vocables restants sont prononcés avec la plus grande difficulté et souvent déformés.

Quelques blessés sont même dans l’incapacité absolue de prononcer telle syllabe déterminée ou même telle voyelle isolée.

Chez tous la lecture et l’écriture sont impossibles.

Chez tous également la compréhension de la parole est touchée, non seulement du fait des phénomènes d’obnubilation dont nous reparlerons dans un instant, mais encore du fait de leurs troubles aphasiques.

REVUE NEUROLOGIQUE

Ainsi donc les blessés se présentent à cette période comme atteints d’aphasie globale avec anarthrie à peu près absolue.

Mais dès ce moment il existe entre eux, à un examen plus serré, quelques différences isolant ce qui plus tard constituera les principales variétés.

Chez certains, en effet, la compréhension de la parole est très profondément touchée, et il leur est impossible d’exécuter les ordres même les plus simples, tandis que chez d’autres la compréhension de la parole est relativement conservée.

Les premiers, par contre, sont susceptibles dans une certaine mesure de répéter exactement les mots que l’on émet devant eux ; les seconds, au contraire, n’y peuvent parvenir, ou les déforment en essayant de les articuler avec le plus grand effort.

On verra, plus tard, ces différences aller s’accentuant à mesure que le blessé s’améliore et que sa parole progresse et progresse de façon différente dans les deux cas.

Les blessés du premier groupe prononcent de mieux en mieux, et cependant leur parole demeure toujours très difficile. Le substantif qui devrait exprimer leur pensée ne leur vient pas, ils ne retrouvent pas leurs mots. Ils évoluent vers l’aphasie véritable se rapprochant plus ou moins du type Wernicke.

Les blessés du second groupe, par contre, retrouvent vite leur vocabulaire, mais la prononciation demeure extrêmement difficile et spasmodique. Fréquemment le T tient lieu de toute consonne. Ces malades évoluent vers Y Anarthrie plus ou moins pure.

A côté de ces deux grands types, il en est encore un troisième qui comprend des blessés toujours hémiplégiques, alors que dans les deux premières variétés l’hémiplégie manque le plus souvent. Ces blessés demeurent sombres et muets. Leur compréhension de la parole est touchée; touchée aussi et peut-être davantage encore, leur articulation des mots et leur faculté de dénomination des objets. Il s’agit de troubles graves dont l’amélioration demeurera fort lente, . et ces malades évolueront vers Y Aphasie globale.

2° Symptômes de commotion cérébrale généralisée. — Ces symptômes sont très importants à connaître, car ils peuvent, dans une certaine mesure, donner le change et rendre difficile l’appréciation de ce qui- revient au déficit de la fonction du langage.

La commotion cérébrale généralisée se traduit par de la stupeur, de l’obnubilation, de l’amnésie, et à un degré plus marqué, par de la confusion mentale ou même des troubles délirants.

Nous ne retracerons pas ici le tableau de la confusion mentale post-traumatique et des reliquats souvent importants qu’elle peut laisser à sa suite.

Elle est éminemment variable suivant l’étendue, l’intensité, la profondeur du traumatisme, suivant aussi les réactions inflammatoires qui l’ont accompagnée. Elle se trouve à son maximum lorsqu’il existe de l’encéphalite aiguë localisée, qu’elle aboutisse ou non à un abcès.

La localisation de la lésion n’a peut-être pas une grande importance pour le déterminisme des accidents précoces, mais la persistance de ces accidents dépend en grande partie de cette localisation, et il nous a paru que les lésions profondes de la région frontale et surtout celles de la région pariéto-temporale laissaient après elles les séquelles intellectuelles les plus profondes et les plus durables.

Cette stupeur, cette obnubilation, cette amnésie rendent l’analyse du phéno-

mène difficile. Dans un grand nombre de cas, il est impossible de se guider sur le récit fait par le malade : « Je ne me rappelle rien », dit-il, ou bien : 4 J'étais comme dans un vague », ou encore : « Je suis resté plusieurs semaines sans reconnaître les gens qui m’entouraient ou mes parents à qui l’on avait permis de venir. »

Ceci correspond aux cas les plus graves, mais il en est d’autres beaucoup moins marqués où l’on est exposé à prendre pour une incompréhension d’ordre aphasique ce qui est simplement de la stupeur.

Il j a une grande part d’habilude clinique dans les distinctions que l’on peut faire à cette période et il serait dilicile de préciser le taux d’incompréhension que comporte un degré donné de stupeur. Lorsque, chez un malade qui se montre relativement présent dans les autres actes de l’existence, les tests même simples ne sont pas exécutés, il est facile de reconnaître et d’affirmer l’aphasie, mais dans les cas compliqués, il vaut mieux attendre. Rapidement, en effet, les symptômes se dégagent, la stupeur s’améliore de façon suffisante, et il devient alors aisé de distinguer ce qui est aphasie et ce qui est obnubilation post-traumatique.

3° Symptômes de lésion cérébrale localisée. — Ces symptômes constituent un élément essentiellement variable. Ils se traduisent par des signes de paralysie motrice, sensitive, ou sensorielle, dont l’importance dépend essentiellement de la localisation de la lésion.

D’une façon générale on doit distinguer, parmi ces troubles associés, des troubles définitifs et des troubles transitoires

On peut voir, en effet, à la suite d’une blessure du crâne, se produire une hémiplégie ou une hémianesthésie transitoires, dont plus tard il ne restera plus de traces, et cela pour des traumatismes ayant porté assez loin des circonvolutions rolandiques.

Mais d’une façon générale, il ne faut pas s’exagérer l’importance de ces phénomènes à distance, et nombreux sont les cas où d’emblée les symptômes se limitent à ce qui plus tard persistera. C’est ainsi que souvent on voit d’emblée, pour une lésion rolandique, les phénomènes prendre l’aspect de la monoplégie.

Quoi qu’il en soit, s'il ne faut pas accorder une importance exagérée aux phénomènes associés transitoires qui sont du même ordre que le caractère global des phénomènes aphasiques initiaux et dépendent pour la plus grande part du choc, il faut, au contraire, considérer comme très importants les troubles stables qui sont un symptôme de localisation et constituent, avec les troubles de la parole, des syndromes fixes dont nous entreprendrons plus loin la

description. *

Parmi ces troubles, les plus importants sont 1 hemipleg le , 1 hemicmesthésie9

les monoplégies motrices ou sensitives, 1 hémianopsie complète ou paitielle, Y apraxie enfin, cette dernière d’ailleurs fort rare.

Nous les retrouverons plus loin.

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