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Eu Par N'est-ce pas après la guerre de 1870 que parurent des ouvrages apocalyptiques où la description de l’Antichrist est trait pour trait celle d’un Napoléon ou d’un Boulanger? Et de nos jours même, ne fixe-t-on pas, avec une mathématique précision, la date de la destruction de Paris (1806), de la fin du monde (le jeudi 11 avril 1901), et de la parousie du Christ (1) ?
De même, en remontant la série, ce ne serait peutêtre pas au livre biblique de Daniel que l'historien devrait fixer son point de départ. Ce livre nous présente un genre littéraire tout formé. Or, en vertu de la continuité historique, il ne peut avoir été créé de toutes pièces ex abruplo; il suppose des aînés; la plupart sont perdus sans doute; mais n’en avons-nous pas des traces manifestes dans le livre du prophète Zacharie, dans Ézéchiel XXXVIII et XXXIX et enfin dans Esaie XXIV et XXV?
Qu'on ne nous accuse pas d'exagération. Ce qui donne la longévité à ce genre d’écrits, c'est qu'ils répondent à un besoin permanent de l'esprit humain : c’est une raison psychologique qui en explique la genèse, comme elle en explique la persistance à travers les siècles.
De tous temps, les hommes religieux faisant partie d'une communauté constituée, se sont considérés comme étant seuls en possession de la vérhé. Seuls ils avaient
un livre sacré qui renfermait réellement le dessein de
(1) Librairie Neal, 248, rue de Rivoli, Paris. Cf. Coming wars and great events, 16oth thousand, enlarged edition, by the author of « The coming Napoleon » (The Rev. M. BaxrTer). Londres, Christian Herald office, s. d.
Dieu à l'égard de l’humanité et de l'univers. Mais il fut un temps où la loi et les prophètes suffisaient à Israël. Puis à ces deux recueils s’en joignit bientôt un troisième; les Hagiographes; et cette collection forma un nouveau “recueil qui, pour les fidèles des âges suivants, devint une œuvre également divine en ses trois parties. Le même principe a présidé à la formation du canon du Nouveau Testament.
Ce qu'il y a de curieux et ce qui vaut la peine d’être ‘ remarqué, c’est que, dans les deux cas, les fidèles d’une communauté religieuse, possédant un livre inspiré, ne s'en trouvent pas satisfaits et veulent compléter par des productions personnelles ce qu'ils trouvent de défectueux : dans le susdit recueil.
Ces tentatives pour remédier à l'insuffisance de l'enseignement biblique par l'exposé de conceptions personnelles se rencontrent parallèlement dans le judaïsme et dans l’église chrétienne. Elles dénotent un état de malaise de la société qui, ne trouvant point sa satisfaction dans le présent et ne voulant pas s’instruire aux lecons du passé, porte ses regards vers l'avenir, un avenir de gloire et de bonheur offrant le plus parfait contraste avec le présent. C’est toujours aux époques troublées et sombres, quand la foi doit remplacer la vue, sous le coup de l'humiliation et de l'écrasement, quand tout espoir paraît à jamais perdu et quand les magnifiques promesses de la. Bible semblent une dérision amère en comparaison des maux actuels, que paraissent ces écrits apocalyptiques destinés, dans la pensée de leurs auteurs, à relever le
aa, 2 courage des fidèles et à entretenir leur foi invincible dans l'avenir qui réalisera les promesses infaillibles.
C’est par là surtout que cette branche de la littérature religieuse juive et chrétienne est intéressante. Peut-être ne faudrait-il pas voir dans ces auteurs apocalyptiques des rêveurs en quête de nouveautés, encore moins des faussaires se couvrant d’un nom respecté pour donner de l'autorité à leurs écrits, mais bien plutôt des âmes froissées, souffrant des douleurs de l'actualité triste et cherchant à se consoler et à consoler les autres par la - perspective d'un avenir brillant. Il y a là tout un genre
de littérature peu connu et qui a joué un très grand rôle dans la vie de l'Eglise aux temps passés et au Moyen Age, genre très peu étudié jusqu’à ce jour, et qui mérite de l'être davantage.
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L’Apocalypse persane de Daniel est contenue dans une histoire apocryphe de Daniel, 537 7, dont l'existence a été signalée pour la première fois par S. Munk dans la traduction de la Bible par S. Cahen, t. IX, p. 150. Après une courte analyse, Munk annonçait la publication complète avec traduction. Malheureusement la mort vint l’arrêter. Ce projet fut repris par M. Zotenberg, qui édita le texte persan avec des caractères hébraïques et l’accompagna d’une traduction allemande, mais sans aucun essai d'identification. Enfin M. Darmesteter prit dans cette histoire de Daniel la partie apocalyptique qui est de l’histoire prophétisée et il identifia quelques personnages. Ayant entrepris à notre tour l'étude de cette Apocalypse, il nous a été impossible d'identifier plus de personnages que lui. Toutefois, comme ce texte d’Apocalypse est encadré dans une histoire de Daniel, nous croyons qu'il y a intérêt à en donner un rapide apercu. Certains traits méritent d'être relevés.
Daniel, « descendant de Jéchonia, roi de la maison de Juda », raconte ce qu’il a vu à la cour de Jérusalem, à la fin du règne de Sédécias : l’impiété idolâtre des Juifs, la prédication de Jérémie, son emprisonnement sur l’ordre de Sédécias, l'irritation de Dieu qui met au cœur de Na-
buchodonosor d'assiéger Jérusalem. Le roi de Babylone, dont le quartier général est à Ribla, envoie Nebusaradan avec l’armée (2 Rois XXV). Les Juifs sont invincibles tant qu’ils observent les deux commandements du sacrifice et de la circoncision. Chaque jour, ils descendaient un dirhem dans une corbeille le long de la muraille, et les Chaldéens leur livraient en retour un agneau pour le sacrifice ; mais un jour les Chaldéens remplacèrent l’agneau par un porc sur lequel ils lancèrent des flèches, dès qu’il fut arrivé en haut de la muraille; son sang coula et le mur se fendit en deux. Nebusaradan, entré par cette brèche, se dirige vers le temple et y tue un porc, tandis que Nabuchodonosor fait crever les yeux à Sédécias. Alors, sur le seuil du temple, se produit un bouillonnement de sang, les anciens et Jérémie consultés répondent que c’est le sang des bœufs et des brebis offerts précédemment en sacrifice et que l’on ne sacrifie plus. Nebusaradan en fait immoler une grande quantité; le bouillonnement du sang ne cesse pas. Irrité, il menace de les mettre tous à mort s'ils ne disent la vérité. Alors Gedaliah, fils d'Ahikam, dit : « Il y avait un homme, un prohète de Dieu, du nom de Zacharie. Il était en même temps prêtre. Le jour où on le tua était le jour de l’Expiation,.… c'est son sang qui témoigne devant toi ». Alors Nebusaradan se mit en colère et ordonna d’amener trois mille sages et de les tuer sur ce sang. Mais le bouillonnement ne cessa pas; alors ils tuèrent trois mille prêtres ; mais le sang ne cessa pas de bouillonner ; alors
on amena deux milles lévites et on les tua; mais lesang ne
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4 — 23 — D: s'arrêta pas. Là-dessus ils prirent deux mille fiancés et leurs fiancées, et ils les tuèrent également. Mais le bouil- ‘1 lonnement du sang continua. Alorsils prirent deux mille enfants de l’école, les lièrent dans les rouleaux de la loi et les jetèrent dans le feu. Mais le bouillonnement du sang ne cessa pas encore. Alors l'ennemi fut touché de com- D | passion ».
Daniel, emmenéà Bagdadavecses compagnons, d’autres É Israélites, les vases du temple, le trône de Salomon, etc, BE entre en rapport avec Nabuchodonosor : « Quand Nabuchodonosor voulutmonter sur letrônede Salomon, iltomba et se brisa la jambe droite; il fut fort effrayé et reconnut :2 qu'il avait péché devant Dieu. Alors il me fit appeler, moi Daniel, et dit : O Daniel, cet accident m'est survenu ; il faut que tu demandes grâce à Dieu pour que ma jambe se guérisse. Je te ferai du bien, à toi et à tes compagnons. Moi, Daniel, je suppliai Dieu et lui demandai grâce pour * Nabuchodonosor. Alors Dieu envoya un ange et il me dit : O Daniel, mon ami, quelque prière que tu fasses, elle D. t'est accordée. Je tombai sur mon visage devant l’ange 44 de Dieu et je priai pour Nabuchodonosor et je dis : Il faut que tu viennes en aide à ce scélérat et que tu gué- À | risses sa jambe. » Dieuexauce la prière de Daniel, qui est comblé de biens par le roi. Suit l’histoire de la fournaise, semblable à celle contenue dans le livre biblique de Daniel.
A la mort de Nabuchodonosor, son fils Belsatzar lui succède. Pendant un festin, une main écrit sur le mur de la salle quelques mots mystérieux ; Daniel interprète l’ins-
— cription et annonce que la royauté sera enlevée au roi. Le même jour, Belsatzar part en guerre. Daniel s'enfuit à Schuschter près de Cyrus, qui lui promet de ramener à Jérusalem les vases sacrés, après avoir triomphé de Belsatzar, le roi de Mossoul. Celui-ci est en effet tué et on annonce la reconstruction du temple. — Une année après, paraît Darius qui tue Cyrus et règne à sa place. Daniel s'enfuit en Perse, s’enveloppe dans un sac, s'assied dans la poussière et supplie Dieu : « Et moi Daniel je restai ainsi quatorze jours devant Dieu, sans manger ni boire, pleurant et me lamentant jour et nuit, assis quatre jours sur le sol, sans compter ceux que j'avais passés debout. » Dieu exauce ses prières. Darius le fait appeler et lui témoigne de la bonté, comme avait fait Cyrus. Darius désire les vêtements sacrés; Daniel ne veut pas lui dire où ils sont; alors le roi le fait jeter en prison. Dieu, pour venger son serviteur, frappe de cécité Darius. Celui-ci ordonne à Daniel d'implorer Dieu en sa faveur afin qu'il . recouvre la vue. Dieu commande par son ange de conduire Darius au bord de l’eau et d'y tremper son visage; ses yeux sont guéris ; il loue Dieu; « et Dieu lui inspira d'ouvrir son trésor et de donner la dime aux prêtres, aux lévites et aux orphelins; et à moi Daniel il donna une grande richesse. » Darius retourne chez lui, et sur sa
route, les gens, le voyant guéri, se convertissent au judaïsme.
« Mais moi Daniel je me vêtis d'un sac, je me mis
dans la poussière un long temps ; je ne mangeais pas de