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les visibles comme les invisibles. Une dans son essence, elle
est infinie dans ses manifestations : tout ce qui existe semble n’exister que pour la manifester, et chaque existence la manifeste d’une facon singulière et nouvelle. Elle est, d’une manière, en Dieu, d’une autre manière, en Dieu fait homme, d’une autre manière, en son Eglise, d’une autre manière, dans là famille, d’une autre, dans l’univers ; mais elle est en toutes choses, dans l’ensemble des choses et dans chacune de leurs parties ; ici, mystère invisible et incompréhensible, là, mystère encore, et cependant phénomène visible et fait palpablet ».
Devant le chef-d'œuvre de Dieu, qui est l'Eglise, Donoso
Cortès s'arrête dans une sorte d’extase intellectuelle, et donne
un libre cours à son enthousiasme, qu'il traduit par une grande image : « Mettez les hommes devant les pyramides d’E-
gypte, et ils vous diront : Une civilisation grandiose et bar-
bare a passé ici. — Mettez-les devant les statues grecques, et ils vous diront : Une civilisation, éphémère et brillante, a passé ici. — Mettez-les devant un monument romain, et ils vous diront : Un grand peuple a passé ici. — Devant une cathédrale gothique; voyant tant de majesté unie à tant de grâce, une sévère unité dans une si riche variété, tant de
mesure et tant de hardiesse, des contours si suaves, des lignes
si pures, une si savante harmonie dans les proportions, un si heureux mélange d’ombres et de lumières, ils diront : Ici, a passé le peuple ‘et le plus grand de l’histoire, et la plus prodigieuse des civilisations humaines : ce peuple devait avoir la grandeur colossale de l'Egypte, la grâce brillante de la Grèce, la force imposante de Rome et, avec elles, quelque
1. Essai sur le catholicisme, vol. III, page 62. Une note des traducteurs porte : « Cette doctrine était pour lui fondamentale. Il la rappelle ou la
“suppose fréquemment, non seulement dans le cours de cet ouvrage, mais
encore dans ses autres écrits, Voyez, par exemple, ses Esquisses historicophilosophiques. La Création, t. II, page 449, et sa réponse à M. le prince Albert de Broglie. Le Parlementarisme (ibid, page 256) De ce principe, il faisait découler toutes les théories sociales et politiques, montrant que dans la société humaine aussi l’ordre et la stabilité naissent de la co-existence de l'unité et de la variété : unité du pouvoir. variété des forces hiérarchiques procédant du pouvoir un, et ramenées à l’unité par la subordination à ce pouvoir d’où elles procèdent. Là où cette double loi est respectée, il. y à à la fois ordre et liberté; ordre, puisque tout vient de l'unité et y est ramené; liberté, puisque
les diverses forces sociales conservent leur vie, leur mouvement et
leur action propre; tandis que là où elle est méconnue, il y à ou anarchie par la destruction de l’unité du pouvoir, ou despotisme par la destruction des diverses forces sociales, (lbidem, pages 63-64).
chose qui vaut mieux que le fort, que le brillant, que le grandiose, quelque chose qui est l’immortel et le parfaitt.
Au chapitre IV du même Traité, Donoso Cortès continue à approfondir le catholicisme, déjà étudié dans sa doctrine, dans son organisation sociale et, sous cette double forme, appuyé sur une loi unique qui est l’unité et la pluralité. Ici, sa théologie s’affine encore; de simplement surnaturelle, elle devient mystique, ce qui constitue un degré supérieur du surnaturel lui-même. Sa métaphysique, pour être subtile et déliée, reste claire; on en suit les développements sans effort, en admirant à quelle hauteur la foi peut élever le sens religieux chez un laïque; dans ce chapitre, on croit lire une méditation de Térèse d'Avila.
L'unité et la pluralité, qui sont au fond d. tout et la loi suprême el’ être, semblent, au premier coup d'œil, s’exclure : on éprouve cette impression, qui est fausse, et qui se dissipe à la lecture de l’exposition de Donoso Cortès. Maïs notre grand penseur fournit la solution du problème, en indiquant le trait d'union ‘qui relie ces deux termes. Le titre du chapitre nous le révèle : « Le catholicisme est amour ». C’est, en effet, le propre de l’amour de relier ce qui est séparé, et de fondre la pluralité dans l’unité. Il parcourt une fois encore toute l’échelle des êtres, tous les mondes que ces êtres ont formés, et partout il rencontre la loi fondamentale si souvent exprimée, dans le sein de la Trinité, dans la famille au Paradis, en Jésus-Christ Dieu et homme, dans l'Eglise avec tous les départements dont elle se compose. « La loi de l’unité et de la pluralité, cette loi par excellence, qui est en même temps humaine et divine, sans laquelle rien ne s'explique et qui explique tout, se montre ici dans une de ses plus étonnantes manifestations ». À la question qui se pose naturellement l’auteur fait la réponse : « Quel autre que Dieu a pu jeter un pone sur ces océans ?. Par une harmonie suprême, l’unité d’où naît toute pluralité et en qui toute pluralité se résout apparaît toujours identique à elle-même dans l’infinie variété de ses manifestations; et de là vient que toujours et partout c’est en vertu d'une seule et même loi que la pluralité est dans l’unité. La Trinité divine est dans l'unité de l’essence. divine par l’amour. La pluralité humaine, composée du père, de la mère et du fils, devient une par l'amour; la