‹ Les apologistes espagnols au XIXe siècleChapitre 11 sur 86 · Ilidem, page · texte numérisé non relu

Ilidem, page

nature humaîne et la nature divine sont dans l'unité de la personne en Notre-Seigneur Jésus-Christ par l'incarnation du Verbe, mystère d'amour; l'Eglise militante, l'Eglise souffrante et l'Eglise triomphante sont une seule et même Eglise en Notre-Seigneur par la prière des chrétiens qui triomphent, dont la vertu descend ‘en rosée bienfaisante sur les chrétiens qui combattent, dont la vertu tombe comme une pluie féconde sur les chrétiens qui souffrent : or, la prière, dans sa perfection, est l’extase dé l'amour ». Ainsi l'amour a jeté le pont entre l’unité et la pluralité des choses. La conclusion est lyririque dans l'accent ‘et très philosophique dans le fond : «L'’amour est de soi fécondi; et, parce qu'il est fécond, ii engendre toutes les choses multiples et diverses sans briser sa propre unité ;et parce qu'il est amour il résout en son unité, sans en détruire les distinctions ou les différences, toute multiplicité. L'amour est donc infinie pluralité et unité infinie. Il est la loi unique, le principe suprême, la seule voie, la dernière fin. Le catholicisme est amour, parce que Dieu est amour ».

Le livre premier de l’Essai sur le Catholicisme, le Lüibéralisme et le Socialisme, qui à pour objet le catholicisme, s’achève par deux thèses, qui en sont le complément logique : 1° Jésus-Christ a triomphé du monde exclusivement par des moyens surnaturels:; 2° l'Eglise catholique a triomphé de la sGciété, malgré les mêmes obstacles, par les mêmes moyens surnaturels. On voit comment ceci rentre dans le plan général, se rattache à l’idée mère de Donoso Cortès, qui est de donner le surnaturel pour base à sa philosophie.

On est porté à croire et, dans la langue usuelle, qui manque de correction parce qu’elle manque de profondeur, on dit que le monde a été conquis au catholicisme par les prophéties, par les miracles, par la beauté de la doctrine de Jésus, ou par le spectacle de ses vertus. Mais on confond la démonstration avec la conversion; la démonstration s'adresse à l’esprit; la conversion s'opère dans le cœur; la démonstration produit la conviction; la conviction n’est pas la conversion; entre ces deux états d'âme, il y à souvent antagonisme, En bonne théologie, on distingue les motifs de crédibilité de la foi ellémême : les motifs de crédibilité sont une préparation à la foi; la foi est un acte interne, une/adhésion de la volonté

à la vision de l'esprit, qui «est en face des vérités révélées,

5 Ibidem, pages 47-83, passim, its

objet de la foi ; cette adhésion, ce n'est pas l'évidence — qui

manque souvent — qui la produit : c’est la grâce.

.. C'est cette doctrine, d’une parfaite orthodoxie, que Donoso Cortès développe dans sa thèse en apparence paradoxale. Il pose, en fait, que Jésus-Christ n’a pas triomphé du monde par les moyens énumérés plus haut, et àl le prouve. Aucun écrivain, tant soit peu attenüf dans l'étude des phénomènes internes de notre nature humaine, ne s’inscrira en faux, quoique des peintures pareilles soient rares dans notre littérature,

même chez les moralistes les plus fouilleurs, à moins qu'ils ne

soient chrétiens; ce qui établit, pour le dire en passant, la supériorité des psychologues qui dans leurs recherches s’inspirent de la foi. En prouvant sa thèse Donoso Cortès a écrit des pages superbes, belles parmi les belles qu'il a semées dans son œuvre, et qui ne sont pas rares, dans lesquelles l'artiste et

l’orateur vont à l’envi avec le grand penseur. Nous regret-

tons de ne pouvoir pas les citer. Mais la question se présente plus loin avec les libéraux d’une certaine école.

Donc, Jésus-Christ ne pouvait pas triompher du monde par

la vérité qu'il prêchait, alors même qu'il l’aurait convaincu algébriquement par À + B. Voici la preuve : « Entre la vérité et la raison humaine, depuis la prévarication de l’homme,

Dieu a mis une impérissable répugnance et une répulsion invin-

cible. La vérité a en soi les titres de la souveraineté, elle impose son joug sans en demander la permission; or, l’homme, depuis qu’il s’est révolté contre Dieu, ne reconnaît que sa propre souveraineté, et n’en veut admettre aucune autre que si elle à préalablement sollicité son suffrage et son consentement. C’est pourquoi, lorsque la vérité se présente à lui, son premier mouvement est de la nier; en la niant, il affirme

sa souveraine indépendance. Si la nier lui est impossible,

il entre en lutte; en la combattant, il combat pour sa souveraineté. Vainqueur, il la crucifie; vaincu, il la fuit. En la fuyant, il croit fuir sa servitude; en la crucifiant, il croit crucifier son tyran! ».

Les rationalistes, qui ont la vue courte et basse, parce qu'ils

n’admettent pas l'ordre surnaturel, ni comme possibilité métaphsyique, ni comme réalité historique, sont incapables de s'élever jusqu'à la cause de cette passion tragique de l’âme humaine contre la vérité; ils ne sauraient nier le fait, ou ils

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