Ibidem., pages 89-93. PA ed di OM LA
TE
n'ont pas observé comme il faut, ou ils nient systématiquement ce qu'ils ont vu. Quand Milton décrit Satan, qui s'échappe de sa géhenne et franchit le fameux pont jeté sur l’abîme qui le sépare de l'Eden, pour aller disputer à Dieu l’homme qui vient da naître sous ses délicieux ombrages, il met l'ange déchu en face du soleil qui jette ses premiers rayons sur la terre, et il place sur ses lèvres irritées la célèbre apostrophe : O soleil, je te hais! Dans son œuvre, Milton ne se montre pas seulement un grand poète : il est encore un psychologue distingué, il traduisait, sous cette forme dramatique, la haine que l’homme déchu ressent pour la vérité et que Donoso Cortès a exprimée si éloquemment.
Autre preuve, qui continue la première, de la thèse déjà posée. Jésus-Christ ne pouvait pas triompher du monde, quoiqu'il lui apportât la vérité, et qu'il fût lui-même la vérité essentielle. « Entre la raison humaine et l’absurde, il y a au contraire une affinité secrète et une très étroite parenté. Le. péché les à unis par les liens d’un indissoluble mariage. L'absurde triomphe de l’homme, précisément parce qu'il est dénué de tout droit antérieur et supérieur à la raison humaine. N'ayant pas de droits, il ne saurait avoir de prétentions; et voilà pourquoi l’homme ne trouve, dans son orgueil, aucune raison de le repousser. Loin de là, l'orgueil le porte à l’accueillir; sa volonté accepte l'absurde, parce que c’est sa propre intelligence qui l’a engendré, et son intelligence se complaît en lui, parce que l’absurde est son propre fils, son propre verbe, le témoignage vivant de sa puissance créatrice. Créer est le propre de la divinité; en créant l’absurde, l’homme est une manière de Dieu, et il se décerne à lui-même les honneurs divins. Pourvu qu'il soit Dieu, qu'il agisse en Dieu, qu'importe le reste? qu'importe qu'il y ait un Dieu de la vérité, s'il est, lui, le Dieu de l’absurde ? ne sera-t-il pas, dès lors, indépendant comme Dieu? souverain comme. Dieu? En adorant l’œuvre de sa création, en la glorifiant, ses lui-même qu'il glorifie et qu’il adore ».
Suit le tableau par ironie des succès que Maaurde obtient dans le monde, et qui est une sanglante et cruelle mercuriale à l'adresse de la pauvre nature humaine. « Si vous aspirez à subjuguer les hommes, à dominer au sein des nations, à exercer quelque empire sur la race humaine, ne vous annoncez pas comme venant lui proposer des vérités ma-
Se OR LS OUR TT A TOR 9 NES PE SE TS AR OT Re SE PRES NUE EE ONCE TE EC NE ETS ERA PR ER EE SET A ER RE PORN AN EE RME COR AE ME SO TE À, y % IN NE RARE EX Hs SE Pr Erpus DES Es 7 Tr mA + (a PALLE Te
DA
Re ‘ PNA,
cs
nifestes et évidentes; et surtout, si vous avez des preuves certaines et indubitables, gardez-vous de les montrer; jamais le monde ne vous connaîtrait pour ses maîtres; la clarté de l'évidence, loin de le convaincre, le révolte; c’est un joug, il ne veut pas le subir. Prenez donc une autre voie, etc. » Tandis que Donoso Cortès prenait ses conclusions contre la raison humaine, la Révolution de 1848 se déchaïînait en France et dans l’Europe entière; les utopies socialistes entraînaient les masses, faisaient sortir de terre des légions armées qui se ruaient sur l'autorité, sur la propriété, sur la vie des citoyens, et portaient en triomphe les politiciens qui débitaient leurs absurdités à tous les carrefours : démonstration par le feu et le sang de la psychologie de l’éminent publiciste. | |
Ici, la note paraîtra forcée à quelques-uns et leur fera dire que la nature humaine est calomniée par ce pessimisme à outrance. Les moralistes qui ont étudié les révoltes de la raison contre la vérité, qu'ils admettent comme faits psychologiques, ont coutume d’en chercher la cause dans la corruption du cœur, dans les calculs d'intérêts inférieurs ou de l'ambition, et dans les entraînements irréfléchis des mouvements de l'opinion dans certaines situations politiques. Dans tous ces cas, ils les expliquent par l’aveuglement : la raison ne voit pas la vérité qu’on lui prêche : elle nie plutôt qu’elle ne se révolte : c’est presque une circonstance atténuante. Ces moralistes rangent encore l'orgueil parmi les causes de la résistance que la raison humaine oppose à la vérité; mais alors c’est la retraite de la raïson humaine sur le mont Aventin; elle se constitue dans une indépendance qui suffit à sa gloire. Donoso Cortès ajoute au tableau d’autres couleurs : la raison inspirée par l’orgueil, non contente de se séparer de la vérité, ne reste pas dans le vide : elle passe avec frénésie de la vérité qu’elle repousse, à l’absurde qu’elle crée et qu’elle adore, parce qu'elle se retrouve dans son œuvre, et qu’en l’'adorant, elle s’adore : elle renverse Dieu et devient Dieu à sa place. Tout anatomiste d'idées n’enfonce pas le scalpel à cette profondeur; ici, le maître dans la matière se révèle : mais il sait ce qu'il dit. Une simple considération fait toucher du doigi le bien fondé de cette théorie : la raison humaine ne s’acclimate pas dans le vide; l’asphyxie la gagne bientôt et elle demande de l'air pour vivre. Parce qu’elle s’est détournée
BA k 4 SR AN VE PR Et EDR
de la vérité qui lui est odieuse, elle se forge la contre-vérité, qui est l'absurde, et elle s’en nourrit. On peut dire qu’elle se nourrit d'illusion. Mais il y a l’au delà, la haine de la vérité pour la vérité, la passion de l’absurde poussée jusqu’à l’adoration pour l'absurde lui-même. [1 faut s'arrêter ici : nous touchons le tréfonds de l’orgueil. Il est nécessaire d'aller jusque-là pour saisir l’idée de Donoso Cortès dans son intégralité.
Après avoir formulé la triste loi à laquelle l’homme déchu obéit, et en avoir cherché les preuves dans l’histoire, 1ïl suit l’orgueil révolté dans ses dernières conséquences ; car il y à ici-bas les aboutissements de la folie : l'absurde mena le monde au paganisme antique, lé paganisme à la tyrannie. « Au plus profond de cet abîme, au dernier degré de la dégradation et de l’avilissement, sont les multitudes égarées par les artisans d’impiété et courbées sous le joug de maîtres oppresseurs : viennent ensuite les faux docteurs qui les ont séduites. À bien examiner les choses, le tyran est encore moins dégradé, moins vil, moins méprisable que ces sophistes, que ces foules qui vont où il les pousse, sous les coups de son fouet sanglant; car c’est au profit de la tyrannie que l’erreur travaille et toujours elle à mené les peuples àla servitude. Les premiers idolâtres ne s’échappent de là main de Dieu que pour tomber sous la main des tyrans de Babylone. Le paganisme antique ne fait que rouler d’abîme en abîme, de sophiste en sophiste, de tyran en tyran, et devient enfin l’esclave de Caligula, monstre aux formes humaines, horrible, immonde, joignant aux transports de la folie les appétits de la brute ».
Le temps ne change pas toujours les choses: certaines lois se reproduisent invariablement. Au lendemain des révélations divines, quand l'Evangile avait créé dans le monde une civilisation nouvelle, très supérieure à celle de vieux payens, l’orgueil à reproduit les résistances de la raison à la foi; et dans cet écart, qui était un crime en même temps qu’une erreur, la cause à produit son effet qui est devenu un châtiment. « Quant au paganisme moderne, il a commencé par s’adorer lui-même dans la personne d’une prostituée, et il a fini par se prostituer aux pieds de Marat, le tyran cynique et sanguinaire, et aux pieds de Robespierre, l'incarnation suprême de la vanité humaine et de tous ges instincts féroces
LE eh
et inexorables. Voici venir maintenant un nouveau paganisme: il tombera dans un abîme encore plus profond et plus obscur; déjà, peut-être, dans les cloaques où gît la fange sociale, se forme un monstre qui courbera son front; il lui mettra un joug dont rien dans le passé n’égale la pesanteur et l'ignominie ». |
Ainsi il demeure magnifiquement établi, par l’analyse des déchéances de la nature humaine et par le témoignage de l'histoire, que Jésus-Christ n’a triomphé du monde ni par sa doctrine, ni par ses vertus, ni par les miracles, n1 par les prophéties. Il en faut chercher ailleurs la cause. Cette cause, Donoso Cortès la nomme par son nom : c’est la grâce. Il en trouve le symbole dans la croix sur laquelle le Christ martyr est attaché et où il dit : Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi: il en donne la formule théologique dans ces autres paroles : Mon père agit jusqu'à présent, el -moi, j'agis avec mon Père. ‘Ainsi le Fils vivifie qui il lui plait. « Les langues de tous les docteurs, les plumes de tous les savants ne suffiraient pas pour expliquer tout ce que
ces paroles renferment. Elles proclament la souveraine vertu
de la grâce et l’action surnaturelle, invisible, permanente de l'Esprit-Saint; elles révèlent le surnaturalisme catholique dans son infinie fécondité et avec toutes ses merveilles inénarrables; par-dessus tout, elles expliquent le triomphe de la croix, qui est le plus grand et le plus inconcevable de tous les prodiges ». Cela posé, il disserte sur la grâce, comme un docteur de Salamanque; il parle la langue de l’école, sur des questions délicates, avec une correction impeccable; il sème en route des tableaux où son pinceau puissant unit la force, la grâce et l'éclat, s’arrêtant aux Pentecôtes miraculeuses dans lesquelles passe le souffle d'en haut, comme ïil passait sur le chaos des jours primitifs pour
harmoniser les éléments, et sur Babel pour confondre les
Jangues des orgueilleux. Il vogue à pleines voiles dans le surnaturel, cet océan de lumière et d'amour sans fond et sans rivage; poète et théologien à la fois : poète, il le chante: théologien, il le formule; les couleurs du poète ne nuisent pas à la correction du théologien. | |
., Mais il ne reste pas dans les distinctions arides de la scolactique : il pousse sa thèse, il se hâte de tirer les conclusions des principes qu'il a établis. « Le dogme de la Providence
Put ARE Ds x a ; F VE LS PAR SET JON, Ste ape Va 3 Ste < 4 VI "“S RATE * 4 “- y : 1 ’ ; LL tnel S es 2 * | F': s # < = ee 1 S # $ DK
et celui de la grâce nous révèlent l'existente d’un monde
surnaturel où résident substantiellement la raison et les cau- : Aa : ses de tout ce que nous voyons. Sans la lumière qui vient EE ne de là, tout est ténèbres; sans l'explication qui est là, tout est
inexplicabl:. Sans cette explication, sans cette lumière, tout est purement phénoménal, éphémère, contingent; les choses ne sont plus que vaines apparences, vapeurs qui se dissipent, fantômes qui s’évanouissent, ombres insaisissables, son- se ges rapides et trompeurs. Le surnaturel est au-dessus de nous, no. hors de nous, en nous-mêmes. Le surnaturel entoure le natu- ie : rel et le pénètre par tous ses pores. La connaissance du surna- Fe 0 turel est donc le fondement de toutes les sciences, et particuliè- 7 rement des sciences politiques et morales. En vain prétendriez-vous expliquer l’homme sans la grâce, et la société : sans la Providence: sans la Providence et sans la grâce, se la société et l’homme sont, pour le genre humain, nous GroY ons l'avoir démontré, une impénétrable énigme t ».
Dans un dernier chapitre, Donoso Cortès arrive au bout de ses déductions, dont l’enchaînement, souvent caché sous les développements oratoires et la richesse des tableaux, n’est pas moins rigoureux : il épuise le sens du catholicisme. Il l’a étudié en tant que doctrine; il l’a considéré en Jésus- Christ, son fondateur; reste l'Eglise instituée pour en assurer la propagation dans le monde : cette trilogie, dont les termes sont inséparables, constitue ensemble l’ordre surnaturel, qui est à la base de la philosophie de l’éminent apologiste. Notre-Seigneur Jésus-Christ, sa doctrine et son Eglise ne sont en réalité que trois manifestations d’une même chose, c’est-à-dire de l’action divine opérant surnaturellement et simultanément dans l’homme et dans toutes ses puissances, dans la société et dans toutes ses institutions. « Notre-Seigneur Jésus-Christ, le catholicisme et l'Eglise catholique sont la même parole, la parole de Dieu retentissant perpétuellement aux oreilles de l'humanité ». Ici il est établi par les faits que cette parole a eu à vaincre les mêmes obstacles et a triomphé par les mêmes moyens dans ses différentes incarnations. Nous avons vu précédemment les obstacles que la doctrine et Jésus-Christ ont rencontrés sur leur chemin, et les moyens
par lesquels ils en ont triomphé. La même loi s'applique
ie US CRE EEE CEE
RTE TE re de et eh. Ta LE