‹ Les apologistes espagnols au XIXe siècleChapitre 14 sur 86 · Chap. V, page 216 ‘et suiv · texte numérisé non relu

Chap. V, page 216 ‘et suiv

c’est une négation; il ne crée pas, il ne ce qui existe;

il n’anéantit rien, mais il dérange tout. L'ordre repose sur la subordination des créatures ‘entre elles, les inférieures soumises aux supérieures, et celles-ci soumises aux créatures qui sont au-dessus d’elles, s'élèvent ensemble jusqu’à l'être qui est au sommet des hiérarchies, et par delà lequel il n’y a que lui-même. On peut diviser en trois ces hiérarchies, qui représentent le commencement, le milieu et la fin : Dieu au commencement comme principe, la création matérielle comme effet éloigné, l’homme entre ces deux extrémités comme trait d'union, et une sorte de médiation entre Dieu

et la création matérielle. Le mal remplit la fonction de per-

turbateur, de l’ordre il fait le désordre : un excentrique en dehors de son orbite. Le moment initial du désordre, c'est la rupture des relations harmoniques de l’homme avec Dieu; l’homme secoue le joug de l’obéissance en s’insurgeant contre son créateur : c’est le point d'appui du monde qui est ébranlé, c’est le premier anneau de la chaîne qui est brisé.

Ce contre-coup retentit sur toute l’économie de la création en | vertu de l’unité qui en relie toutes les variétés, parce que,

reliées très étroitement entre elles, elles partagent la même destinée : elles gravitent ensemble dans une belle harmonie

autour de leur centre qui est Dieu; en se détachant de ce cen-.

tre, elles roulent ensemble dans une même ruine, comme les branches d’un arbre déraciné par la tempête, comme les pierres d'un édifice qui a cessé de s'appuyer sur ses fondements. Le désordre retentit d'abord dans l’homme, plus près de Dieu, auteur du mal, et qui doit le premier en supporter les conséquences. Il est lui-même un petit monde, résumé de tous les mondes, touchant à Dieu par un bout, à la nature par un autre, esprit et corps à la fois. Entre ses facultés, il y avait aussi coordination : l’âme douée d'intelligence et de volonté présidait à tous les mouvements du corps qui lui obéissait. Le jour où l’homme cessa d’obéir à Dieu, le désordre pénétra dans tout son être; l'harmonie se brisa entre ses facultés et son Corps : l’orgueil de l’esprit engendra la concupiscence du corps : après le mal, le châtiment.

La grande perturbation produite par le péché ne s arrêta pas à l’homme : la terre fut maudite à cause de lui et en son nom. Cette malédiction, qui a quelque chose de mystérieux, s'explique par la loi de l'unité déjà énoncée, qui relie tous

ie

les éléments du monde na des relations logiques qui se tirent de leur nature même, et mettent les inférieurs à la merci des supérieurs, selon cet axiome de Sens commun : l’accessoire suit le principal. Donoso Cortès expose cette pensée avec ampleur et magnificence : « Les choses physiques ne peuvent être considérées comme douées d’une existence indépendante, comme existantes en soi, par soi et pour soi, mais uniquement comme manifestation des choses spirituelles, les seules qui aïent en elles-mêmes la raison de leur existence. Dieu, pur esprit, étant le principe et la fin de toutes choses, il est clair que toutes les choses, dans leur principe et dans leur fin, sont spirituelles. Cela reconnu, ou les choses physiques sont de vaines apparences et n'existent pas, ou, si leur existence est réelle, elles existent par Dieu et pour Dieu, ce qui revient à dire qu’elles existent par l'esprit et pour l'esprit; d’où l’on est obligé de conclure que toute perturbation, quelle qu’elle soit, dans les régions spirituelles, doit forcément produire une perturbation analogue dans les régions matérielles. Comment concevoir, en effet, que les choses matérielles puissent demeurer dans leur ordre et leur repos, lorsqu'il y a perturbation dans l’ordre supérieur où elles ont leur fin et leur principei? »

Chacun a lu dans Le Paradis perdu, le tableau superbe. que Milton a tracé du deuil de la nature à la chute du premier homme, quand la lumière s’obscurcit, que les fleurs ne donnen! plus leur parfum, que le chant des oiseaux cesse dans les nids suspendus aux branches des arbres. Donoso Crotès fait suivre son exposition philosophique de la description de la malédiction dont la terre fut frappée quand l’homme se fut révolté contre Dieu. « Donc la perturbation produite par le péché a été générale et elle devait l'être; elle a été elle devait être commune aux hautes et aux basses régions, à toutes les régions des esprits et à celles de tous les corps. Dieu, jusque-là, n'avait manifesté que son amour : le péché apparaît, Dieu laisse éclater la colère de sa justice; et les séraphins se voilent de leurs ailes; et la terre se couvre de ronces et d’épines ; et elle voit ses plantes se dessécher, ses arbres vieillir, ses herbes perdre leurs sucs bienfaisants, ses sources corrompre la suavité de leurs eaux: son sein donne

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