Introduction, page XXVI
l'objet de notre étude, après les préliminaires, un peu copieux, qui nous ont laissé entrevoir en profil la figure du grand penseur. | ue | A A eu ti
Nous avons vu l'influence que la révolution espagnole, depuis la mort de Ferdinand VII, en 1832, jusqu’au pronunciamento de 1840, avait exercée sur sa philosophie et sur sa politique. La tempête, en l’éloignant des affaires et provisoirement de son pays, favorisa ce travail commencé et presque mené à bonne fin. C’est encore la révolution qui sera la rude école à laquelle la Providence formera le champion de son Eglise. Ici, le champ d’expérimentation s'élargit : la tempête se déchaîne dans l’Europe entière et secoue sur leur base lés plus puissantes nations. C’est la révolution de 1848 qui donne au monde ces grandes leçons par de grands bouleversements. La France, toujours à l'avant-garde des idées, bonnes ou mauvaises, donnait une fois de plus le signal : la révolution dynastique de 1880 avait eu ses contre-coups sur un rayon plus restreint; la révolution de 1848, plus sociale que dynastique, en procédant du même principe, c’est-à-dire du libéralisme, avait soulevé les masses à une plus grande profondeur, et amené une crise plus redoutable presque dans l'Europe entière. Donoso Cortès avait l'œil sur la France; comme de Maistre, dont les écrits ont le plus souvent ce pays prédestiné pour objectif, c’est là qu’il recueille les faits sur lesquels sa philosophie s'exerce; là qu'il analyse les causes, là qu'il déduit les conséquences et qu'il émet ses conjectures d’avenir. Déjà, en 1842, dans une série de lettres, adressées de Paris au Heraldo, il dessine la situation à partir de la mort du duc d'Orléans. A cette occasion, il disait : « Dans les jours de sa décadence comme dans ceux de sa plus grande puissance, la France est d’un grand poids dans la balance de la destinée des nations. Il est donc juste et naturel que les nations fassent silence et écoutent quand la France célèbre ses joies ou lorsqu'elle pleure ses catastrophes et ses malheurs ». Sous l'impression de cet événement, il expose l’état des partis ; il silhouette leurs orateurs, en parallèle avec les orateurs les plus en vue à cette époque : Olano en Espagne, O’Connel en Irlande; les journaux et la note qu'ils donnent, certaines questions à l’ordre du jour, les hommes politiques qui occupent la scène, Lamartine et ses utopies, Guizot et l’école éclectique, rien n’échappe à son observation
her aux joûré de Sa, isénitorde ». Donoso Cortès, qui pu
. travaillé aux mariages espagnols, était resté fidèle aux deux
dynasties que ces mariages avaient unies. En combattant
le libéralisme, il semble oublier que c’est lé libéralisme qui
avait élevé ces trônes en deçà et en delà des Pyrénées et qui avait trouvé sur eux son point d'appui en politique, et dans
es relations de l'Eglise et de l'Etat. Les plus fiers penseurs
ne sont pas à l’abri de ces contradictions : « Le cœur à ses raisons que la raison ne connaît pas », a dit Pascal.
La situation de la France en 1842, malgré la paix relative qui y régnait, sous le gouvernement du « roi des Français, sage parmi les sages, prudent parmi les prudents », selon notre écrivain, contenait tous les ferments d’une explosion prochaine. Une révolution en prépare une autre, par un enchaînement funeste de causes et d'effets, qui est la logique des choses: le torrent contenu un instant s’enfle de toute la résistance qu'il rencontre et, tôt ou tard, il emporte ses barrages, parce que les politiques qui surveillent son cours ne sont pas remontés jusqu’à la source du mal. 1848 était plus que le renversement d’une dynastie sortie d’une émeute dix-
huit ans auparavant : c'était le renversement de l’ordre, l’é-
meute au pouvoir, la guerre civile dans les rues de Paris. Le bruit de la catastrophe retentit avec la rapidité de la foudre dans toutes lés capitales, où elle effraya les rois, en remuant les passions de la foule, en éveillant les sectes au fond des
Loges, toujours prêtes à profiter des troubles publics pour
avancer leurs affaires. Il est intéressant d’étudier l’état d’esprit de Donoso Cortès, placé au centre des agitations européennes, à l’aide des lettres où il consignait les événements, où il formulait les jugements qu'ils provoquaient. Il écrit au milieu du fracas des ruines qui tombent, aux iueurs sinistres de l'incendie allumé un peu partout : situation favorable pour le politique philosophe qui a des notes à rédiger. Comme l'or s’épure dans la fournaise, sa doctrine, déjà si avancée, se dégage de ses dernières scories, pour devenir telle que nous l'analyserons dans ses œuvres.
Le 30 novembre 1848, à l’occasion des événements de Rome, il écrivait au El Heraldo de Madrid : « La démagogie qui HAsourt l’Europe, comme les furies AIRE. couronnée de