Ikidem, pages
liberte qu’elles possèdent est comme l’échappement par lequel elles s’éloignent de Dieu, leur principe et leur fin : l’unité semble anéantie et l'harmonie brisée. Il faut que les rebelles rentrent dans l’ordre, ou bien Dieu est vaincu. Mais, en Jâchant la bride à la liberté, Dieu lui avait tracé la ligne qu'elle ne dépasserait pas, comme il dit aux flots de la mer : vous irez jusque-là et vous n’irez pas plus loin. Dieu s'était réserve non seulement le moyen d'arrêter les écarts ide la liberté, mais de la ramener tremblante ou repentante à ses pieds, en l’écrasant sous les coups d’une justice inexorable, ou en l'attirant doucement par les caresses de son amour. Aïnsi l'unité se reconstitue, les variétés sont à nouveau ramenées à leur point de départ, d’où elles ne s’étarent pas séparées radicalement : le bien sort du mal et l’ordre du désordre. La liberté était nécessaire pour la gloire de Dieu et l'exercice de sa liberté créatrice; Dieu ne pouvait pas abdiquer ses droits : il demeure Dieu; elle était nécessaire pour élever l'ange et l'homme à une dignité plus haute et les faire coopérer à leur gloire en acquérant des mérites. Ainsi se concilient les inconciliables en apparence. Le plan divin de la création, malgré ses profondeurs mystérieuses, se déploie avec magnificence devant les regards du philosophe et du chrétien.
Les apologistes ont tous écrit sur l’accord de la puissance de Dieu avec la liberté de l’homme; ils ont exprimé leurs pensées sous différentes formes, identiques au fond. Bossuet a dit ce mot célèbre : « L'homme s’agite et Dieu le mène ». De Maistre représente l’homme retenu, dans ses mouvements libres, par un fil flexible, qui peut s’allonger non pas se rompre, autour du trône de Dieu. Le même écrivain emploie la comparaison des mouvements de la terre, mouvement de rotation sur son axe, mouvement de translation autour du soleil. On connaît la définition géométrique de Pascal : « Dieu est un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part ». Donoso Cortès semble s'être inspiré de ce der-
mer passage quand, étudiant le grand problème, il écrit :.
« La création est comme un cercle. Sous un point de vue, Dieu en est la circonférence, sous un autre ‘point de vue, il en esi le centre. Comme centre, il l’attire, comme circonférence, 1! la contient. Hors de ce contenant universel, il n’y a
rien; tout obéit à cette attraction irrésistible. La liberté des êtres intelligents et libres consiste à pouvoir s'éloigner