Ibidem, pages
Es
voyons quelle est la pensée de notre apologiste, et la magnificence dont il entoure son exposition. N'oublions pas ce que lui-même rappelle ici, la théorie si souvent reproduite dans le cours de son Traité, à savoir, que la création est un symbole qui exprime au dehors toute la richesse cachée des attributs de Dieu. Citons in extenso pour ne pas gâter la page magistrale : « La beauté de la création consiste en ce que chaque chose est en soi comme un reflet de quelqu’une des perfections divines; de sorte que toutes réunies sont comme une fidèle image de sa beauté souveraine. Depuis le soleil, qui remplit les espaces de l’éclat de ses feux, jusqu’à l’humble lis
oublié dans la vallée; depuis les fonds les plus bas de la vallée, :
qui se couronne de lis, jusque dans les lointaines hauteurs où resplendissent les astres, toutes les créatures, chacune à sa manière, se racontent les unes aux autres les merveilles du Seigneur, attestent par leur propre nature et leur propre existence ses ineffables perfections, et chantent dans un cantique sans fin ses excellences et ses gloires. Les cieux chantent sa toute-puissance, les mers sa grandeur, la terre sa fécondité; les nuées aux formes gigantesques figurent l’escabeau où pose son pied; l'éclair est sa volonté, le tonnerre sa voix, la foudre sa parole, il est dans le silence sublime des abîmes, dans la sublime fureur des ouragans. C’est lui qui nous donne nos formes et nos couleurs, disent les fleurs des champs. C’est lui, disent les cieux, qui a semé d’'astres étincelants nos voûtes
lumineuses. Et les étoiles disent : Nous sommes des parcelles
tombées de la broderie qui orne son manteau. Et l'ange et l'homme : Il a passé devant nous et en nous, dans le fond de notre être est demeurée gravée l'image de sa beauté ». Cette énumération, malgré sa richesse, n'épuise pas les attributs de Dieu; le cantique de la création n'est pas une symphonie complète : les reflets divins ne sont pas pleinement reproduits. Dieu n’est pas seulement admirable et parfait par sa
beauté, par sa grâce, par sa bonté, par sa sagesse, par sa.
toute-puissance ; il est encore infiniment juste et infiniment miséricordieux. Pour que sa justice vengeresse se manifeste, il faut un coupable obstiné dans son orgueil; pour que sa miséricorde s'exerce, il faut qu’un être faible qui s’est égaré pleure son péché et demande grâce. Le grand coupable sans repentance, c’est l’ange ; l’être tombé par faiblesse et séduction, c'est l’homme : ces deux chutes étaient nécessaires pour que
En
les attributs de Dieu ne restassent pas sans objet, cachés
dans le Po de sa vie intime et sans expression au de-
hors.
Ce qui était nécessaire est arrivé, non pas par fatalité, mais par l’usage de la liberté, qui laisse l’ange et l’homme responsables et par son jeu procure la gloire de Dieu. L’antilogie n’est qu'’apparente, la consonance ne contient aucune dissonance; si c’est un mystère, ses profondeurs sont lumineu-
ses. Voici la conclusion : « Lorsque les êtres intelligents et
libres prévariquèrent, de nouvelles et plus éclatantes splendeurs manifestèrent, au sein de la création, les infinies per-
fections de Dieu. L'univers en général fut le reflet le plus
parfait de sa toute-puissance; le paradis terrestre fut spécialemeni le reflet de sa grâce, le ciel spécialement celui de sa miséricorde, l'enfer uniquement celui de sa justice; la
terre, placée entre ces deux pôles de la création, refléta sa justice et en même temps sa miséricorde. Lorsque, par suite
de la prévarication de l’ange et de la prévarication de l’homme, il n’y eut plus en Dieu de perfection qui n’eût été ma-
pifestée extérieurement, en quelque manière, excepté celle
qui devait avoir sa manifestation plus tard sur le Calvaire, les choses se trouvèrent dans l’ordre ! ». Théolosie hardie, OTthodoxe quand même, et qui demeure la splendide trouvaille du génie de Donoso Cortès.
À l& suite de cette belle exposition de la doctrine catholique, il recherche les solutions que le libéralisme et le socialisme donnent. aux questions fondamentales qui y sont contenues, et qui sont inévitables, puisque l’ordre du monde en dépend.
Son procédé est toujours le même, qu'il s'agisse d'affirmer la
vérité ou de réfuter l'erreur: toujours en synthèse, par voie de transcendance et de surnaturalisme. Mille écrivains ont
traité du libéralisme et du socialisme avant et après Donoso
Cortès ; tous ont pris ces erreurs par les côtés extrinsèques, à des points de vue de détail, non sans importance néanmoins, tels que le point de vue familial, politique, économique. Lui élargit le cadre : il les considère dans l'harmonie générale des chosex divines et humaines, et il démontre que les solutions de ces écoles n’en sont pas; car elles n’ont saisi ni les raisons qui expliquent la coexistence du bien et du mal dans le