Ilidem, page
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de légalité, qui ne sont que des palliatifs et lui procurent des
répits entre deux révolutions. L’étroitesse de sa raison l’em-
pêche d’apercevoir que la prospérité sociale s’appuie sur la morale et la morale sur la religion, et qu’en dehors de cette base l'édifice gouvernemental est en l'air, retenu quelque temps par les ficelles de la politique, qu’on appelle l’art de gouverner; mais ces ficelles cassent entre ses doigts, tout s'écroule et 1l reste enseveli dans les décombres. Il recommence le lendemain ; et si la fortune lui accorde quinze ans de vie, il se tient pour satisfait.
Donoso Cortès a dessiné au burin la physionomie de cette triste école qui, aujourd’hui, gouverne le monde, avec Îles interrègnes que la révolution lui ménage périodiquement. « De toutes les écoles, l’école libérale est la plus stérile, parce qu’elle est la moins savante et la plus égoïste. Comme on vient dele voir, elle ne sait absolument rien ni sur la nature du mal, ni sur la nature du bien: elle à à peine une notion de Dieu; elle n’en a aucune de l’homme. Impuissante pour le bien, parce qu’elle manque de toute affirmation dogmatique; impuissante pour le mal, parce qu’elle a horreur de toute négation intrépide et absolue, elle est condamnée sans le savoir à aller se jeter, avec le vaisseau qui porte sa fortune, ou dans le port du catholicisme ou sur les écueils socialistes. . Cette école ne domine que quand la société ke dissout; le moment de sa domination est ce moment transitoire et fugitif où le monde ne sait s’il choisira Barabbas ou Jésus, et demeure en suspens entre une affirmation dogmatique et une négation suprême. La société, alors, se laisse volontiers gouverner par une école qui jamais n'ose dire : J’affirme, qui n'ose pas non plus dire : Je mie, mais ‘œui répond toujours : Je distingue. L'intérêt suprême de cette école est que le Jour des négations radicales ou des affirmations souveraines n'arrive pas; et, pour l'empêcher d'arriver, elle a recours à la discussion, vrai moyen de confondre toutes les notions et de propager le scepticisme. Elle voit très bien qu’un peuple qui entend des sophistes soutenir perpétuellement sur toutes choses le pour et le contre finit par ne plus savoir à quoi s’en tenir sur rien, et par se demander si réellement la vérité et l'erreur, le juste et l’injuste, le honteux et l'’honnête sont choses contraires, ou si ce ne serait pas plutôt une même chose considérée à des points de vue divers. Si longues que
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puissent paraître, dans la vie des peuples, les époques de transition et d'angoisse où règne ainsi l’école dont je parle, elles sont toujours de courte durée. L'homme est né pour agir et la discussion perpétuelle, incompatible avec l’action, est trop contraire à la nature humaine. Un jour arrive où le peuple, poussé par tous ses instincts, se répand sur les places publiques et dans les rues, demandant résolument ou Barabbas ou Jésus et roulant dans la poussière la chaire des sophistes 1 ».
Le socialisme est la seconde grande erreur que Donoso Cortès réfute. Il commence par en tracer la physiologie, ou fes traits caractéristiques par opposition au libéralisme. S'il ne l’aime pas comme doctrine, il le préfère pour son tempérament. Il dit de lui qu'il a une théologie, ce qui, dans sa pensée, signifie qu'il va droit vers les problèmes essentiels, et qu'il jette la sonde dans leur profondeur, avec une audace qui serait une qualité, si les solutions qu'il présente n'étaient pas monstrueuses; c’est, en effet, la théologie de la destruction qu’elle professe. « Les écoles socialistes ont une grande supériorité sur l'école libérale, et par la nature des problèmes qu'elles se proposent de résoudre, et par la manière de les poser et de les résoudre. Leurs maîtres se montrent familiarisés jusqu’à un certain point avec les hautes spéculations, qui ont pour objet Dieu et sa nature, l’homme et sa constitution, la société et ses institutions, l’univers et ses lois. Ce penchant à tout généraliser, à considérer les choses dans leur ensemble, à observer les dissonances et les harmonies générales, leur donne une plus grande aptitude à manier la dialectique rationaliste, et leur permet de se retrouver dans Île labyrinthe où elle les conduit. Si, dans la grande lutte ‘qui tient le monde en suspens, il n’y avait d’autres combattants que les socialistes et les libéraux, la bataille ne serait pas longue ni la victoire douteuse? ». : :
Une autre supériorité du socialisme consiste dans la vigoureuse logique avec laquelle il va du principe posé à ses dernières conséquences, jusqu’au bout, sans s'arrêter devant les abîmes, préférant s'y précipiter que reculer. La forme oratoire, qui est assez souvent celle de Donoso Cortès, laisse un certain vague dans cette partie de son exposition : on peut cepen-