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page. Adam n’a pas pu transmettre à sa postérité des biens qu'il ne possédait plus; et l’homme naquit désormais dans l’état de nature pure, sujet à l'ignorance, à la sensualité et | aux passions déchaînées qui menacent à chaque instant sa de dignité. Si le péché originel n’a pas d’autres conséquences, les analogies qui existent entre l’ordre naturel et l’ordre sur-
naturel en rendant l'intelligence aisée: le cauchemar se dis-
sipe. Mais tel n’est pas le dogme catholique, qui enseigne que ‘dans la transmission du péché originel, il y a trois choses transmises : le malheur, la peine, et la faute : c’est cet enchaïnemen* infrangible qui constitue le mystère. Le malheur n’est pas toujours une peine, mais la peine est plus qu’un malheur : elle suppose le péché, et c’est ici que l'énigme commence et que la raison se cabre. Car le péché est un acte de la liberté, et, à ce titre, il semble qu'il est personnel et que la responsabilité reste à celui qui l’a commis. D'ailleurs, pour agir il faut être : un pur possible n'agit pas au fond du néant où il est endormi. Le problème se pose en ces termes, et l’on voit déjà que les explications fournies plus haut n’expliquent rien. Donoso Cortès présente la sienne : sera-t-il plus heureux? Il distingue dans le premier homme deux hommes, l’homme individu et l’homme espèce. L'homme individu pécha pour Son compte et il en subit les conséquences ; l’homme espèce pécha pour tout le monde, et le péché s’étendit à toute
sa postérité avec ses suites. Cette distinction est largement
développée, et selon la méthode de notre apologiste, en ta-
bleaux plutôt qu’en syllogismes serrés, quoique le syllogisme
se cache sous la draperie oratoire. « C’est une loi fondamentale et première que la diversité sort de l’unité qui la contient, afin de se constituer séparément, saui à revenir, dans sa dernière évolution, à l'unité qui l’a produite. En vertu de cette loi, l'espèce qui était en Adam, sortit par la génération, pour se constituer séparément. Mais, comme Adam était à la fois
espèce et individu, il s’ensuivit nécessairement qu’Adam fut
comme espèce ce qu'il était comme individu. Lorsque l’individu et l’espèce n'étaient qu’une même chose, Adam fut cette chose même. Lorsque l'individu et l'espèce se séparèrent pour constituer l’unité et la diversité, Adam fut ces deux choses séparées, comme il avait été auparavant ces deux mémes choses réunies. Il y eut donc un Adam individu, et un Adam espèce; le péché eut lieu avant que se fût opérée cette
distinction, avant qu'Adam eût des fils sémblables à lui. Adam pécha donc tout à la fois avec sa nature individuelle et avec sa nature collective : l’un et l’autre Adam furent pécheurs. L’Adam individu est mort, mais l’Adam collectif vit toujours, et avec sa vie il garde son péché. L’Adam collectif et la nature humaine sont une même chose; la nature humaine est donc perpétuellement coupable puisqu'elle est ie à pécheresse 1 ». M
Cette explication de la transmission du péché nl à toute la race humaine séduit d’abord, maïs ne va pas sans difficulté à la réflexion. Le dédoublement d'Adam en homme individu et en homms espèce a du vrai en ce sens qu'’Adam était un générateur destiné à produire l'espèce humaine :
il était donc une elspèce en puissance seulement, non pas
en réalité. Quand il pécha, l'espèce n'existait pas; comment at-elle péché? La distinction entre la nature et l'individu qui la possède a aussi sa nuance : la nature est une essence concrétisée par l'individu : prise séparément, qu’est-elle qu'une pure abstraction? La question des universaux: est célèbre : elle divisa l’école en trois partis : les réalistes, les conceptualistes et les nominalistes : on sait à quelles opinions ces trois termes correspondent. La querelle dure encore. La théorie de l’homme espèce a quelque affinité avec celle des universaux ; mais quelle que fût la nature de ces entités mystérieuses, on était d'accord que, reléguées dans la région la plus éthérée des abstractions, elles ne faisaient pas de petits. Ainsi la raiïson est tenue en arrêt devant le dogme catholique et né peut que s’incliner avec respect. Donoso Cortès semble de cet avis : « Nul entendement ne peut concevoir, nulle raison ne peut déterminer, nulle imagination ne peut imaginer combien fort est le lien formé par Dieu lui-même entre tous les hommes et cet homme unique, à la fois unité et collection, singulier et pluralité, individu et espèce, qui meurt et qui se survit, qui est réel et symbolique, figure et essence, corps et ombre, qui nous eut tous en lui et qui est en nous tous : énigme effrayante, offrant sous chaque nouvel aspect un nouveau mystère ». Le péché d'Adam lui inspire encore de belles réflexions : « Et de même que ni par l'imagination, ni par la raison, ni par l’entendement, l’homme ne peut sonder ce qu’il y à dans sa nature d'étrangement complexe et de mys-