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2, Ibidem, pages 357-358.
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variété des manifestations dans lesquelles elle se présente,
cette doctrine est facilement réductible à l'unité, à une idée
unique, entière, absolue, qui évolue à travers les questions
que l'écrivain aborde, et qui ne sortent guère d’un certain
FE cercle. Mais, au centre de ce cercle, il y a Dieu, l'humanité
me | et l'Eglise, qui sert de trait d'union à ces deux extrémités des
choses. L'on voit déjà les caractères du génie de Donoso Cortès et de sa philosophie.
Le premier de ces caractères, c’est la synthèse. Il y a en logique deux procédés qui s’appellent l’analyse et la synthèse: l'analyse décompose un tout en ses parties, la synthèse recompose ke tout avec ses parties d’abord dissociées. Ces deux procédés correspondent à deux facultés de l’esprit, qui sont corrélatives et ne vont pas l’une sans l’autre dans la connaissance des choses. Mais selon que l’une de ces facultés domine sur l’autre dans une intelligence, on dit de cette intelligence qu’elle est analytique ou synthétique. La synthèse révèle sa puissance; car c'est elle qui l'élève au-dessus des faits particuliers, toujours plus accessibles aux esprits moyens, et l’aide à saisir les rapports éloignés des idées et des choses, ; en même temps qu’elle la place sur la voie qui mène à la dé-
couverte des causes, ces noumènes, comme on dit aujourd'hui,
qui défient souvent les efforts des plus persévérants, et enveloppés dans leurs mystères, donnent aux superbes des leçons d'humilité dont ils ont besoin. Les synthétiseurs composent la
famille des hommes supérieurs, l'aristocratie des écoles : on
les compte dans l’histoire. L'antiquité eut les siens : Socrate
Platon, Aristote, Pythagore sont du nombre. Les scolastiques,
qui s'appellent Scot, Thomas, Bonaventure, Albert le Grand, Alexandre de Halès, construisaient leurs synthèses théologi-
ques à côte des architectes qui bâtissaient les cathédrales, synthèses de pierres harmonisées dans un plan merveilleux.
Les modernes rangent parmi cette élite Vico, Herder, Haller, de
Maistre, de Bonald, Lamennais, Cousin, Auguste Comte, Tai-
ne, Guizot, Proudhon et quelques écrivains socialistes; plus à près de nous, Blanc-Saint-Bonnet, Ernest Hello, Charles Perrin, etc. Il n’est pas à dire que ces synthétiseurs se vaillent, | moins encore que leurs synthèses doivent être placées sur
la même ligne, avec le droit à un respect égal; car il y a
| des synthèses d'erreur et des synthèses de vérité: les syn-
2 thèses allemandes, par exemple, subjectivistes, monistes, idéa-
listes, panthéistes, nihilistes, autothéistes sont de larges taches d'encre, dont tout le monde n’est pas capable, et qui ne sont. pas un titre à l'admiration de la postérité; l’absurdité élevée au sublime ne sera jamais qu’une curiosité ou une de ces. monstruosités que les naturalistes empaillent pour orner les vitrines de leurs muséums. |
La synthèse, chez Donoso Cortès, conduit à la transcendance, qui en semble inséparable et qui en est, à la rigueur, distincte. La synthèse est un mouvement de l'esprit en largeur : elle rapproche les choses éloignées en les réduisant à l'unité. La transcendance est un mouvement de l'esprit en hauteur, qui va du sensible à l’invisible, du fait particulier à l’idée. Le connaissable est à deux degrés, qu’on peut comparer à deux étages d’un palais : au premier degré, le connaissable se compose de vérités premières, accessibles aux plus humbles intelligences, parce qu’elles président à tous les actes de la vie humaine : on les désigne sous le vocable de « sens commun »; c’est la lumière qui se lève chaque matin à l’horizon et qui éclaire les pas de tout homme qui vient dans ce monde. Le second degré du connaissable renferme « les idées », c’est-à-dire les types des choses sensibles, les foyers d’où sortent les vérités secondaires, comme des rayons qui s’échappent des soleils suspendus dans l’espace. Cette sphère est réservée : un petit nombre d’esprits y pénètrent : l’oiseau fait son nid sur la branche; l’aigle à large envergure construit son aire sur les sommets et comme dans les nuées. La transcendance est le coup d'’aile du génie, qui s’élance du : phénomène sensible dans l’idéal où il se repose avec joie, parce qu'il touche l'absolu. La transcendance a ses périls : plus d’un, en cherchant l'idéal, s’est égaré dans l’idéalisme, qui n’est pas l’absolu, qui n’est pas le réel, mais une ombre, un vain nom, nomen inane, où 1il s’est asphyxié, s’il n’est pas devenu fou. Donoso Cortès était à l’abri de ce péril, parce qu'il connaissalt son point de départ — ce qui est facile — et son point d’arrivée, qui lui était fourni par la foi catholique. On dispute encore sur les «idées » de Platon, dont la nature n’est pas déterminée, car on ne sait pas si elles étaient personnelles, c’est-à-dire pensées par un Dieu personnel, ou si elles étaient purement subjectives. « Les idées », chez Donoso Cor-. tès ne flottent pas dans le vague indéfini : elles sont les pensées d'un Dieu personnel; c’est là qu’il les cherche et qu'il les
trouve. Pour lui, il n’y a ici-bas que des symboles : dans la matière, dans les âmes, dans les événements de l’histoire, dans les constitutions politiques, dans le génie et les destinées des races, il découvre des significations cachées, qu'il
dégage et. d’où il s'élève vers les idées supérieures, dont elles .
sont, en quelque sorte, la traduction, un alphabet qu'il épelle sans hésiter, et dont les lettres forment un nom sublime et adorable : Dieu. | |
Donoso Cortès est un synthétiseur transcendant. Mais il se distingue de tous les écrivains de sa race parce que sa synthèse est à base théologique : saint Augustin et Bossuet, de Maistre, de Bonald forment le groupe auquel il se rattache. Le surnaturel est le troisième caractère de son génie et de ses œuvres, son unique Critérium en philosophie, en politique et en sociologie : il ne sépare pas ce que Dieu a uni par des liens infrangibles. Tel fut l'aboutissement laborieux, maïs splendide et triomphant, de son rationalisme mitigé qui marqua la première partie de sa carrière. Répondant à quelques journaux de Madrid, qui avaient attaqué ses idées, il écrivait de Berlin, en 1849: « Je suis purement catholique, je crois et professe ce que professe et croit l'Eglise catholique, apostolique et romaine. Pour savoir ce que je dois croire et ce que je dois penser, je ne m'adresse pas aux philosophes, je m’adresse aux docteurs de l'Eglise; je ne questionne pas Îles sages, ils ne pourraient me répondre : j'interroge plutôt la femme pieuse et l'enfant, deux vases de bénédictions, parce que l’un est purifié par les larmes, et que l’autre est encore embaumé du parfum de l'innocence ». La plupart des Espagnols progressistes auxquels il s’adressait auraient pu émettre une pareille profession de foi; mais leur politique éclectique et à peu près séparatiste était la preuve qu'ils avaient un catholicisme de poche, qui leur permettait de faire la prière en famille et d’aller à la messe le dimanche, mais qu'ils laïssaient dans leur cabinet en allant aux bureaux de leur journal, ou qu'ils allaient siéger au Sénat et à la Chambre des députés. Donoso Cortès appliquait sa foi à sa vie entière, à sa philosophie, comme écrivain, à sa politique à la tribune, dans la diplomatie quand 1l était ambassadeur : « Je suis purement catholique », sans distinguer entre la vie privée et la vie publique. Ë Le