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verselle entre les hommes. Les pauvres et les riches, les humbles et les puissants, les malheureux et les heureux, tous sont un en lui et ne le sont qu’en lui seul, parce que lui seul est à la fois très riche et très pauvre, très puissant et très humble, au comble de la félicité et au comble du malheur... Niez Notre-Seigneur Jésus-Christ, aussitôt commencent les factions et les partis, les tumultes et les séditions, les clameurs sinistres et les désordres insensés, les rancunes implacables, les guerres sans fin, les batailles sanglantes ; les pauvres se soulèvent contre les riches, les malheureux contre les heureux, les aristocrates contre les rois, les classes inférieures contre les aristocraties et, les unes contre les autres, les masses populaires, que l’on voit transportées de fureur par des passions sauvages, se jJoindré dans leur lutte comme se joignent à
la bouche de l’abîme les torrents grossis par l’oraget ».
Le triomphe du Christ, réduisant à l’unité toutes les antithèses de l’ancienne humanité, est donc ‘un miracle. Donoso Cortès, toujours supernaturaliste, l’affirme résolument. Ce fut dans tous les temps la doctrine professée par les maîtres en théologie et par les philosophes de toutes les écoles; les
païens eux-mêmes, sans en deviner la cause, ne savaient as-
sez s'étonner du développement prodigieux que la religion du Crucifié avait obtenu à travers les peuples, quand cette religion, l’effroi des passions humaines et des intérêts en possession, rencontrait Sur son chemin des obstacles que, naturellement, elle ne devait pas surmonter. Une certaine école; à la fin du dernier siècle, s’efforca d’amoindrir le miracle, en énumérant avec complaisance les circonstances qui favorisèrent l’établissement du christianisme ; un demi-naturalisme circulait à travers cette littérature anémiée, piquée du ver rongeur du libéralisme. Elle eut son protagoniste dans Albert de Broglie, l’auteur très distingué de l'Eglise au IVe siècle, qui trouva dans Dom Guéranger un rude contradicteur. Mais Donoso Cortès l'avait réfuté la veille avec sa grande éloquence. « Comment, sans une grâce spéciale de Dieu, croire à la divinité de cet objet de mépris, de cet homme de douleur ?
comment ses paroles n’eussent-elles pas paru alors un scan-
dale et une folie? Et pourtant cet homme qui est là dans ce délaissement, dans cette mortelle agonie, assujétit le monde à sa loi, l’enlevant comme d’assaut par l'effort de quelques